Culture

Littérature marocaine francophone
Qui est le pionnier?

Par L'Economiste | Edition N°:3529 Le 13/05/2011 | Partager
Sefrioui ou Chatt… la polémique bat son plein
Une requête officielle envisagée

«Mosaïques ternies», le livre de Abdelkader Chatt, écrit en 1930 et publié aux éditions Wallada, semble être sans conteste le premier roman marocain d’expression française mis à la disposition du public

LES universités marocaines semblent ébranlées par un débat crucial. Qui est l’auteur du premier roman marocain d’expression française? Les historiens de cette littérature ainsi que le ministère de l’Enseignement considéraient jusqu’à peu que c’était Ahmed Sefrioui le pionnier, avec son recueil de nouvelles «Le Chapelet d’ambre» (1949, Editions du Seuil). Né en 1915, Ahmed Sefrioui était programmé à ce titre dans les classes de baccalauréat. Il est notamment l’auteur du roman «La Boîte à merveille», écrit en 1952 et publié en 1954. Une œuvre majeure pour toute la littérature maghrébine d’expression française.
Pourtant, de sérieuses interrogations ont été soulevées lors d’une journée de conférence organisée, le 27 avril, par le Forum culturel de Tanger en partenariat avec l’Université du Nord Abdelmalek Essaâdi. Mettant à profit une réédition inespérée d’un vieux roman oublié par les historiens marocains, des écrivains et des chercheurs ont découvert, abasourdis, qu’il a existé dès 1932 un auteur francophone publié en France: Abdelkader Chatt.
Pour Ahmed El Ftouh, le président du Forum de Tanger, «Abdelkader Chatt annonce le mouvement littéraire qui va éclore durant les années 50». Il ajoute: «son roman “Mosaïques ternies” écrit en 1930 et publié en 1932, préfigure de la tendance romanesque qui s’affirmera en Algérie avec Mohamed Dib, Mouloud Maamri et au Maroc avec Sefriou et d’autres». «Mosaïques ternies» est à la fois un récit historique et social sur le Maroc des années 1920-1930 et un récit éblouissant d’enfance et de confession biographique.
Pour la première fois, un écrivain maghrébin allait s’exprimer dans la langue du colonisateur. Il fut considéré très vite comme le «Duhamel du Maroc» par ses contemporains car «le roman de Chatt ressemble par le style et les thèmes abordés à la Chronique des Pasquiers entamé par Georges Duhamel la même année», explique le chercheur Mokhtar Chaoui, qui a étudié son œuvre.
Abdelkader Chatt est né en 1904 à Tanger. Dans son «dictionnaire des écrivains marocains», paru en 2005, Salim Jay lui consacre une page croquante qui le consacre comme un grand auteur dans le paysage littéraire du Maghreb. L’écrivain annonça la belle aventure francophone maghrébine, qui allait donner à partir des années 1950 : Benjelloun, Khatibi, Kateb Yacine, Boudjedra…
Quant à la suite à donner à leurs actions, il est prévu de proposer le romancier comme sujet de mémoire et de thèse aux étudiants en littérature. Par ailleurs, une requête officielle sera adressée au ministère pour solliciter une reconnaissance moins terne à l’histoire de cet incontournable pionnier.

Zineb SATORI

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