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Economie

Réforme de l’Education nationale
200 fautes dans un manuel de français

Par L'Economiste | Edition N°:1662 Le 15/12/2003 | Partager

. Il est destiné aux élèves de quatrième année primaire. Les professeurs désarmés«LE chemin des lettres» est le nouveau manuel de français programmé dans les écoles de la circonscription de Settat pour les élèves de la quatrième année de l’enseignement primaire. En deuxième page figurent les noms d’auteurs. Le manuel a été conçu par deux formateurs, Adbelhak Bel Lkhdar et Soumaya El Harmassi, et trois inspecteurs en chef de l’enseignement primaire: Lmaâti El Akkari, Mostafa Rassy, Hayat Benaïssa. L’ouvrag est édité par Sochepress et imprimé par G. Canale & C. (Milan, Italie).L’auteur de ces lignes a hésité à citer ces personnes parce que ce ne sont peut-être pas les seules à avoir participé à l’élaboration de ce livre. Un professeur de français, Kandoussi Aomar, s’est amusé à décortiquer ce manuel. Près de 200 fautes ont été soigneusement répertoriées, listées. Le compte-rendu a été transmis à l’Académie de Settat. “Ce manuel a suscité l’indignation des encadreurs et des enseignants: ils ne savent pas comment le gérer et l’adapter à la réalité du quotidien de la classe (…) du fait du mauvais choix des supports et des erreurs de tout genre”. Les instituteurs sont unanimes: les élèves de 4e année (CM1 dans le cycle français) sont encore au stade du déchiffrage des lettres latines. Ils ont donc beaucoup de difficultés à aborder le programme tel que le propose cet ouvrage, trop compliqué pour leur niveau. Mais la difficulté ne s’arrête pas là. Le manuel comporte quantités de fautes de grammaire et d’orthographe qui auraient pu être rectifiées avec un simple logiciel de correction. Une trentaine de minutes auraient été suffisantes pour en corriger l’essentiel.En outre, le livre comporte des erreurs d’expression et des idiomes directement traduits de l’arabe qui, évidemment, n’ont pas exactement le même sens en français, qui lui a ses propres idiomes. Ceci donne à penser que les rédacteurs n’ont qu’une maîtrise approximative de la langue qu’ils espèrent enseigner à travers cet ouvrage. Faire relire et corriger les épreuves (terme technique pour désigner la première sortie sur papier avant l’impression proprement dite) par un correcteur professionnel n’aurait pas demandé plus d’une ou deux journées de travail. L’urgence fréquemment invoquée pour expliquer les approximations des manuels scolaires ne peut donc pas justifier le niveau de négligence que l’on rencontre dans cet ouvrage.Pourtant, le graphisme du livre, ses couleurs, ses illustrations dans leur réalisation comme dans leur choix, sont très soignés et montrent un vrai souci d’intéresser les enfants de cet âge. Comment se fait-il que le texte n’ait pas bénéficié de la même attention?Aussi, à la lumière des investigations de notre confrère Assabah (qui a mené une enquête parallèle à celle de L’Economiste), le problème dépasserait celui de la négligence. “Toutes les Académies ont élaboré une circulaire précisant qu’il ne fallait éliminer aucun livre de la liste”, assure un inspecteur de l’enseignement primaire qui ne veut être cité que sous couvert d’anonymat! L’inspecteur ajoute qu’il existe sept livres de français, destinés aux élèves de quatrième année de l’enseignement primaire, programmés dans toutes les délégations du Royaume. “Les inspecteurs n’ont pas la possibilité de choisir les manuels sur la base de normes didactiques et linguistiques. En fait, les commissions pédagogiques ont un rôle de distribution et non de sélection”, affirme-t-il. Quelle mission alors?…”Il faut faire plaisir à tout le monde…” est la seule réponse que nous ayons pu avoir de cette source. Ce qui est sûr, c’est que les choses ne sont pas aussi transparentes comme le veut l’esprit de la réforme.Nous ne savons pas si d’autres nouveaux manuels comportent autant d’erreurs. Les 65 nouveaux livres couvrent actuellement 28 matières. Pour septembre 2006, le ministère veut faire bénéficier les six millions d’élèves de nouveaux livres. L’enquête que prévoit de lancer le ministère pour la chasse aux livres comportant des erreurs est cruciale. Elle permettra de faire un bilan et d’apporter les ajustements nécessaires. Des questions devront être posées. Comment ces erreurs et fautes ont-elles traversé tous les niveaux de contrôle, est la plus importante. Mais aussi, quels enjeux se cachent réellement derrière ces cafouillages? Pourquoi le professeur qui a relevé les fautes et averti l’Académie n’a-t-il reçu aucune réponse? Y a-t-il eu d’autres personnes qui se sont émues de ce livre? Qu’ont-elles fait?Y répondre signifie d’abord assumer ses responsabilités, ensuite corriger un processus pas très bien verrouillé. Mais aussi appliquer cette fameuse transparence qui jusqu’à présent ne dépasse guère les discours. Et le corps professoral a lui aussi sa part de responsabilité. Faut-il attendre que le ministère le prenne par la main pour l’impliquer? Cette mentalité d’assisté est tout aussi néfaste pour l’élève qu’un manuel truffé de fautes. Cette réforme a avant tout besoin d’implication et d’honnêteté. Et “celui qui ne fait rien n’est pas loin de mal faire” dit à juste titre le proverbe.


Avis d’expert

Soumaya El Bied est linguiste de formation, spécialiste en grammaire et pédagogie, et a à son actif plus de dix ans d’expérience dans le monde de l’édition et de la linguistique. C’est aussi la chef du service fabrication de L’Economiste. Nous lui avons soumis ledit manuel. Son expertise révèle que ce livre a été conçu par des personnes qui ne maîtrisent pas la langue dans le fond comme dans la forme, -contenu/contenant (grammaire, syntaxe, lexique). Les fautes de grammaire sont flagrantes. A chaque niveau, l’analyste décèle le phénomène de l’interférence entre les deux systèmes linguistiques que sont l’arabe et le français. On retrouve ledit phénomène chez les gens qui ne sont pas purement francophones; soit ils sont arabophones, soit bilingues, n’ayant appris le français que tardivement. “Le système linguistique de la langue maternelle est déjà bien ancré avant l’apprentissage de la seconde langue”. Dans ce manuel, on retrouve à plusieurs reprises des mécanismes de traduction littérale. En fait, on pense arabe et on écrit français.Selon l’experte, c’est manifestement un manuel qui a été saisi par un opérateur de saisie méconnaissant le b.a.-ba de la langue. “Et c’est surtout un ouvrage qui n’a pas été corrigé après la première saisie”, note Soumaya El Bied.Mouna KADIRI

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