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Port de CasablancaClochards, vagabonds, voleurs, clandestins... Qui dit mieux?

Par L'Economiste | Edition N°:2080 Le 05/08/2005 | Partager

. Près de 4.500 candidats à l’émigration clandestine, en 2005 . De vieux conteneurs leur servent de cachettes . Les caméras de surveillance ne marchent pas L’affaire du vol des détonateurs au port de Casablanca, commis dans la nuit du 23 au 24 juillet, a fait couler beaucoup d’encre. Malgré sa banalité anecdotique, ce vol a quand même le mérite d’avoir fait ressurgir le problème de l’insécurité dans l’enceinte du port ainsi que le désordre qui y règne. Selon les témoignages de plusieurs transitaires, la sécurité au port laisse à désirer et les vols sont assez fréquents. L’accès n’est pas une tâche difficile pour les voleurs et les candidats à l’émigration clandestine. Des statistiques de la police ont établi qu’au premier semestre 2005, le nombre des candidats à l’émigration clandestine à partir du port de Casablanca, présentés au parquet, s’élève à 4.466 individus dont 2.503 mineurs. Et ce chiffre reste très en deçà de la réalité, vu que plusieurs candidats sont relâchés, sans être présentés au parquet, sans compter aussi ceux qui n’ont pas encore été arrêtés par les services de la police.En effet, lors d’une visite au port, lundi 1er août, les journalistes de L’Economiste ont pu constater, sur place, l’incroyable facilité avec laquelle des jeunes accèdent au port. A 15 h, une dizaine de jeunes franchissent le mur, au vu et au su de tout le monde. En plein jour, ils entrent et sortent à leur guise. Apparemment bien habitués à cet exercice, ils avaient même le courage de narguer le journaliste-photographe. Les cordes, à l’aide desquelles ces intrus commettent leurs actes, restent tout le temps accrochées aux murs, preuve d’une “nonchalance” exagérée de la part des services de sécurité. Le soir, elles servent aux candidats à l’émigration clandestine et aux voleurs.Quelques dizaines de mètres plus loin, d’autres jeunes franchissent le mur sans précipitation, malgré la présence de plusieurs personnes à proximité. D’une allure sûre, ils se faufilent entre les remorques sans se soucier du panneau qui indique que cette zone est surveillée par des caméras. En effet, au sommet d’un poteau, une caméra est bel et bien apparente. Mais, fonctionne-t-elle? Y a-t-il vraiment quelqu’un pour assurer la surveillance? De toute manière, aucune caméra n’a pu enregistrer le vol des détonateurs.Plus loin, les traces de trous creusés le long de la grande muraille du port sont toujours visibles. La largeur du mur est pourtant impressionnante. Pour creuser de telles brèches, les auteurs ont visiblement pris leur temps. Leur matériel devait sûrement être lourd. Comment avaient-ils échappé à la vigilance des agents portuaires?Selon un haut responsable de la sûreté de Casablanca, la situation au port est alarmante. C’est un refuge pour les clochards, les vagabonds et les voleurs. S’ajoute à cela le phénomène des candidats à l’émigration clandestine, qui prend de l’ampleur année après année. “C’est la débandade” souligne le responsable. Selon ce dernier, l’organisation laisse beaucoup à désirer. “Nous ne savons pas qui fait quoi au sein du port” ajoute-t-il. Aussi, le port est un “cimetière” de vieux conteneurs. Plusieurs sont abandonnés dans différents endroits du port. La plupart sont défoncés. “Ils représentent des cachettes idéales pour les voleurs et la marchandise dérobée” souligne un agent de police. Pourtant, le port de Casablanca a déjà adopté le code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires, dit Code ISPS, élaboré par l’Organisation maritime internationale (OMI). Pour être en conformité avec les nouvelles règles de ce code, l’Odep avait consenti d’importants investissements qui s’élèvent à près de 230 millions de DH, notamment l’acquisition de scanners et la construction de 5,4 km de clôtures dans le port de Casablanca. Des comités de sûreté, présidés par les commandants de port, ont été érigés pour la mise en œuvre de plans rendant les ports nationaux et leurs installations conformes aux nouvelles normes internationales de sécurité et de sûreté. Qu’en est-il de l’application réelle de ce code au port de Casablanca? Comment des actes de vols y sont perpétrés? Et les centaines de candidats à l’émigration clandestine qui y ont élu domicile?En outre, des témoignages concordants lèvent le voile sur d’autres pratiques criminelles. Les vols de marchandises sont souvent commis avec la complicité d’agents travaillant au port. Le haut responsable de la police confirme ces faits. D’ailleurs, un inspecteur des douanes s’interroge, avec une certaine malice, comment les voleurs sont au courant de la nature exacte de la marchandise d’un conteneur se trouvant au milieu d’une centaine d’autres? Comment les voleurs peuvent-ils localiser ces conteneurs? Plus grave: comment peuvent-ils faire sortir la marchandise du port au nez de tous les services? La réponse est évidente: la complicité de certains gardiens véreux leur est indispensable. Pour le responsable de la police, le port doit absolument se réorganiser. Après l’incident du vol des détonateurs, le chef du district du port a été relevé de ses fonctions. Le système sécuritaire sera renforcé au sein du port et des mesures draconiennes seront prises pour palier à cette carence, indique le responsable. Dorénavant, au port de Casablanca, on va parler de l’avant et de l’après vol des détonateurs, avance-t-on.


Quai Tariq

Le quai Tariq est le plus prisé et le plus fréquenté par les clandestins. Les navires qui y accostent et leurs destinations les intéressent plus que d’autres. Selon un responsable, c’est le plus grand point noir du port de Casablanca. C’est un poste où les bateaux dits “Ro-ro” accostent. Ce sont des navires qui embarquent des remorques. Les chances des candidats d’embarquer dans des remorques sont “meilleures et plus confortables” par rapport aux conteneurs. Les mardis et samedis sont les jours de prédilection pour les candidats. Pour cause, les destinations sont Marseille et Cadix.


Flash-back

Destinés à la société Cadex (Compagnie africaine des explosifs), sise à Tit Mellil, 5.000 détonateurs ont été dérobés dans un conteneur, au port de Casablanca, durant la nuit du 23 au 24 juillet. La mauvaise nouvelle a fait l’effet d’une bombe parmi la presse et la population. Les commentaires fusaient de toute part. Selon les services de la préfecture des arrondissements de Casablanca-Anfa, il s’agit seulement de deux cartons contenant des détonateurs électriques et des têtes d’amorces. Précision rassurante, ces derniers ne sont pas montés et donc ne pourront être utilisés. Mercredi 27 juillet, l’ensemble des détonateurs ont été retrouvés par la police et les auteurs ont été arrêtés. Selon les autorités, il s’agit de candidats à l’émigration clandestine.


Que dit la loi?

«Afin de permettre aux autorités locales civiles et militaires du lieu de dépôt de prendre, en temps voulu, toutes les dispositions utiles, le Bureau des douanes, dès qu’il reçoit la déclaration du capitaine du navire, adresse un avis à ces autorités. De son côté, l’importateur doit se mettre immédiatement en rapport avec ces autorités et provoquer leurs instructions”. “Au cas où ces explosifs ne sont pas immédiatement enlevés par l’importateur, la douane les fait transporter au lieu affecté par le Makhzen au dépôt des explosifs…” stipulent les articles 17 et 18 du Dahir du 14 janvier 1914, réglementant l’importation, la circulation et la vente des explosifs au Maroc.Cependant, un responsable au port de Casablanca confirme que la manipulation des produits dangereux au port est soumise seulement à des pratiques courantes. Dans des cas similaires à celui des détonateurs, le transitaire aurait dû mettre sa marchandise devant le commissariat du port et aviser, à ce moment, les agents de police. “C’est là où le transitaire a peut-être péché” souligne le responsable. Pour les sources proches du transitaire, les autorités étaient avisées à l’avance. “C’était suffisant” avait-on estimé.Mohamed AKISRA

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