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Economie

Pauvreté
Le coût de la déprotection des céréales

Par L'Economiste | Edition N°:1944 Le 25/01/2005 | Partager

. Perte moyenne de pouvoir de consommation: 5,7%. Les projections de la Banque Mondiale On en parle depuis longtemps, mais rien encore sur le terrain: la libéralisation du secteur céréalier. Le Maroc est aujourd’hui au pied du mur, libre-échange oblige. Les cultures céréalières occupent près de 70% de la surface agricole utile et emploient 80% des ruraux (50% de la population active). Le secteur agricole devra se tourner vers des productions à plus forte valeur ajoutée et dépendant moins du climat. Or, les plus pauvres et les populations vulnérables se trouvent en zone rurale et parmi ces petits agriculteurs. La libéralisation est sur la table des gouvernements depuis 20 ans, sachant qu’elle est inévitable. Seulement, aucun d’eux n’a pu ou su prendre la responsabilité politique de cette réforme très sensible, car selon les projections des experts, celle-ci rendrait plus pauvres les plus pauvres, et en zone rurale essentiellement. Les filets de protection sociale prendront probablement plus de temps à se mettre en place que cette déprotection. «L’analyse et le débat politiques ont oeuvré au cours des 20 dernières années, à la recherche de solutions appropriées, mais ils n’ont pas permis de trouver un terrain d’entente qui permette d’avancer», selon la Banque Mondiale dans son dernier rapport. «L’impact potentiel de la déprotection des céréales sur les ménages a (…) souvent servi de prétexte au ralentissement des réformes», précisent les auteurs du rapport. Mais aussi l’impératif de la stabilité sociale dans les campagnes. Mais l’accord de libre-échange Maroc-Etats-Unis change la donne du tout au tout et va contraindre à des changements «déchirants». Il prévoit, pour le maïs et l’orge, une exonération totale des droits de douane au terme d’une période transitoire de 15 ans. Les céréales de consommation humaine seront importées en fonction de quotas fixés selon les besoins annuels. C’est le principal accord-catalyseur de la réforme. Avec l’Union européenne, la négociation par rendez-vous et par produit devait permettre au Maroc de se préparer. Il n’en a rien été. . Petits agriculteurs en dangerAvec les Etats-Unis, c’est différent. Dans quinze ans, les barrières tombent, et malgré les assurances de nos négociateurs, il sera difficile de faire accepter aux Américains un changement d’échéancier pour «la préparation» ou pour «menace grave sur le monde agricole».Actuellement, les producteurs de céréales au Maroc sont protégés par des droits de douane sur les importations allant jusqu’à 100%. La politique encourage les agriculteurs à cultiver le blé alors que ses prix de revient sont élevés. Ces coûts sont en partie compensés par le système de subventions accordées aux minoteries et aux consommateurs. «Les prix au détail du blé tendre sont ainsi largement diminués, mais restent plus élevés si le blé était importé libre de droits», dit la BM. Qui rappelle là l’exception de la politique agricole marocaine.Une nouvelle politique de suppression de ces barrières tarifaires bénéficiera aux consommateurs qui paieront encore moins cher farine et pain. Mais celle-ci pénalisera les producteurs locaux qui ne pourront pas se mettre en concurrence internationale: les coûts de production seront élevés (culture demandant beaucoup d’eau pour un pays qui dispose de peu de ressources hydriques). Les producteurs seront à court terme défavorisés. A moyen terme, il faudra s’assurer de leur conversion vers des cultures plus productives. Et ce sera tout le défi pour les petits producteurs qui vivotent de quelques ares de terres. Car en fait, les petits agriculteurs pauvres ne sont que des «consommateurs nets»: ils consomment des céréales plus qu’ils ne produisent. Selon les projections de la BM, la déprotection céréalière engendre un gain net pour les consommateurs et une perte nette pour les producteurs. La déprotection totale (ce qui est prévu dans l’ALE Maroc-USA au bout de 15 ans) se traduit par une baisse de 2,1% de la consommation moyenne. La perte moyenne de pouvoir de consommation des ménages conséquente d’une déprotection totale est de 5,7%. . Retard sur retard…Près de 16% de l’ensemble des ménages sont des producteurs nets (ils produisent plus qu’ils ne consomment). «Ces ménages sont frappés par la baisse des prix des céréales résultant du démantèlement douanier». Il y a 36% de producteurs nets en milieu rural. Les ruraux réservent aux céréales une part 2 fois plus importante de leur budget que les ménages urbains.La majorité (60%) des populations rurales pauvres sera avantagée par la déprotection étant donné que ces populations consomment plus de céréales qu’elles n’en produisent. «Cela est toutefois trompeur car les pertes (valeur) des producteurs nets appartenant à la population rurale pauvre dépassent les gains des consommateurs nets pauvres». L’impact global sur le niveau de vie est négatif. Ces ménages ruraux pauvres, qui se situent déjà à un niveau de consommation extrêmement bas, en perdront encore 10 à 20% du fait d’une déprotection totale. Si la baisse des droits de douane se limite à 30%, les ménages ruraux pauvres des régions les plus touchées ne perdront que 4 à 7% de leur pouvoir de consommation, prévoit l’institution de Bretton Woods.La politique de protection sociale est déterminante pour accompagner la déprotection des céréales. Mais aujourd’hui, le retard sur les deux plans est tel que l’on se demande qui des deux réformes accompagnera l’autre…Les chantiers ne peuvent aller l’un sans l’autre et la seule nouveauté chaque année est l’urgence d’une réforme qu’on dit urgente depuis 20 ans. Il faut rappeler au passage que l’assurance-maladie obligatoire ne concerne pour l’instant pas les petits agriculteurs.


Un taux de pauvreté qui augmenterait

«Si la déprotection ne s’accompagne pas des politiques sociales appropriées pour les pauvres et les vulnérables, la pauvreté globale augmenterait (quel que soit le seuil de pauvreté)». L’impact sur la pauvreté se manifesterait presque exclusivement en milieu rural. Les populations vivant en pauvreté extrême passeraient de 6,6 à11,7% en zones rurales. Le nombre de ménages vulnérables augmenterait de 56,8 à 60,5%. Le taux de pauvreté dans l’ensemble du pays progresserait de 19,6 à 22,1%. «Bien plus, les pauvres n’y trouvent non plus aucune compensation en tant que consommateurs», dit la BM. . Les pauvres de Tanger, Fès, Chaouia prioritairesEn ville, le gain net de consommation est de 1,3% à Tanger-Tétouan, suivi de près par Tensift Al Haouz et Fes Boulemane. Les zones rurales où les pertes moyennes sont les plus importantes se trouvent à Tadla Azilal, Meknès Tafilalet et Fès Boulemane (à près de 11%). Tanger-Tétouan, Fès-Boulemane et la Chaouia-Ourdigha subissent les pertes les plus importantes pour les ménages ruraux si l’on regarde l’impact de la déprotection sur les 20% les plus pauvres (consommation par habitant). «Les pauvres de ces régions sont particulièrement vulnérables à une déprotection totale et devraient sans aucun doute être prioritaires en terme de protection sociale», insiste la BM. . Céréales: Très faible productivitéLa réduction de la pauvreté passe par la modernisation du secteur agricole. La croissance du PIB étant étroitement liée à la croissance agricole, la situation devrait rester inchangée à moyen terme. L’agriculture représente près de 15%. Près des deux tiers des pauvres (et 47% de la population) vivent dans les régions rurales et gagnent leur vie dans l’agriculture. La croissance économique est le reflet exact de la croissance agricole. Elles sont toutes deux soumises à de grandes fluctuations de la production. Au cours de la dernière décennie, l’agriculture nationale n’a eu en moyenne aucune croissance et «s’est caractérisée par une variabilité croissante et une viabilité incertaine. La valeur ajoutée du secteur a été stagnante sur plus d’une décennie», indique la BM. La production affectée par des sécheresses fréquentes, les agriculteurs se sont tournés vers les cultures des céréales sur des terres marginales. Le ralentissement de la productivité est important pour les céréales. Si les protections (ou mesures incitatives) devaient encourager le développement des céréales, elles ont «dévié les ressources et les incitations de l’investissement et de la production de cultures à valeurs plus élevées pour lesquelles le Maroc a plus d’avantages économiques et techniques que d’autres», rappelle la Banque Mondiale. C’est-à-dire que malgré les mesures de défiscalisation importantes et des mesures généreuses pour encourager l’investissement, les rendements sont demeurés faibles et les résultats médiocres.Le problème, c’est que beaucoup de plans de développement agricoles qui ont été lancés dans les années 90 ont l’issue incertaine. Comme le plan oléicole qui devait consacrer la filière de l’olive, le plan n’a pas réalisé la moitié des objectifs assignés sur la période. La réorientation vers des secteurs productifs ne concernera vraisemblablement que les projets à investissements lourds. Comme ceux demandés pour l’exploitation des terres de la Sodea-Sogeta donnés en concession.M.Kd

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