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Culture

Manifeste du 11 janvierBoubker El Kadiri: «C’était un mardi…»

Par L'Economiste | Edition N°:1936 Le 12/01/2005 | Partager

. “A l’époque, les relations humaines comptaient beaucoup”. Connivence entre le Palais et les nationalistes. Y a-t-il des oubliés dans les évènements du 11 janvier?A 91 ans, Haj Boubker El Kadiri a de la suite dans les idées. Il est vrai qu’il n’entend plus très bien, mais il raconte l’histoire de l’Indépendance avec une clarté étonnante. La mémoire le trahit sur quelques détails, quelques dates, quelques noms... Qu’importe! L’essentiel est là, émouvant. Cette fluidité narrative est due, semble-t-il, à l’exercice continu de la communication. Haj Boubker est le plus médiatisé des signataires du Manifeste de l’Indépendance (enfin, de ceux qui sont toujours vivants): il a écrit ses Mémoires en deux tomes, accordé, il y a quelques années, une série d’entretiens à Al Ahdath Al Maghribia (entretiens rassemblés par la suite dans un recueil). Et dans un autre livre, il décrit ses relations avec certains leaders nationalistes. Malgré son âge, Haj Boubker est très attentif à son entourage. Il se préoccupe du confort de son invité, se lève pour allumer la lumière et insiste sur les mots pour bien se faire comprendre. Cet esprit didactique, il le doit peut-être à son ancienne profession d’enseignant. Il veut éviter “toute déformation de l’Histoire”.“Risque de déformation de l’Histoire”… La phrase revient souvent. Mais de quelle histoire s’agit-il? La sienne, telle qu’il l’a racontée dans ses Mémoires (qui avait suscité une polémique), ou celle de feu Mohammed Hassan El Ouazzani, cet “autre zaïm” de l’action nationale (il aurait été le concurrent de Allal El Fassi), dont le “retrait inattendu” du Comité d’action marocaine dans les années 30 avait créé “un séisme”. Dans ses Mémoires, Haj Boubker El Kadiri a remis en question plusieurs récits d’El Ouazzani, à qui il reproche son style “enflammé”. Les questions de personnes ont eu leur part dans cette histoire et dans l’Histoire.Le clivage le plus connu est celui entre les élites formées selon le système arabe et islamique et celles formées à l’occidentale. Les années 30 et 40, qui ont connu le basculement de la pensée réformatrice vers l’idée de l’Indépendance, sont une période riche en événements. Les relations entre les personnalités de l’époque, acteurs politiques, monarchie, protectorat et autres intervenants étrangers ont été déterminantes. . Rencontres secrètesHaj Boubker parle ainsi avec euphorie de la participation de Mohammed V à l’élaboration du Manifeste et les rencontres secrètes, facilitées par certains membres du mouvement national. Ces “relais avec le Palais, qui n’ont pas apposé leur signature sur le Manifeste, devaient rester dans l’anonymat pour servir la cause nationale” (3 ou 4 selon El Kadiri). A part Mohamed El Fassi, déjà sorti de l’ombre, les autres risquent de faire partie des “oubliés” de l’Histoire si on ne les réhabilite pas. Ils étaient derrière la célèbre “connivence” entre Feu Mohammed V et les nationalistes. Ce mardi 11 janvier 1944, raconte El Kadiri, l’audience royale accordée aux nationalistes a été programmée de telle sorte qu’elle coïncide avec la visite du représentant de la Résidence Générale Française. “La délégation, présidée par Ahmed Balafrej, est restée une heure avec Mohammed V, jamais le représentant français n’avait attendu aussi longtemps avant d’être reçu par le Roi”, se souvient El Kadiri dans ses Mémoires. Une autre délégation, présidée par Mohamed Zeghari, a remis le Manifeste le matin même à la Résidence Générale, “le jeune Mehdi Ben Barka était, lui, chargé de rencontrer les ambassadeurs des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne”.“Je n’étais pas parti avec eux car nous craignions une riposte immédiate des Français, il fallait garder la maison”, témoigne l’ancien leader. Au sens figuré, c’était la maison nationaliste (qui sera appelée Istiqlal) qu’il fallait protéger. Concrètement, c’est dans la maison de Mohamed Lyazidi à Diour Jamaâ à Rabat où les amis de lutte se sont retrouvés après leur mission. Des pétitions de soutien allaient affluer de tout le Maroc. La France attendra plusieurs jours avant de réagir. Pour s’assurer, semble-t-il, que les Etats-Unis n’étaient pas associés au “coup”. Le Maroc voulait tirer profit de son statut de premier pays ayant reconnu l’indépendance des USA et de la tenue en son sein de la conférence d’Anfa pour légitimer internationalement ses revendications. Le 29 janvier, Ahmed Balafrej est capturé. Un jour après, c’est le tour de Boubker El Kadiri (il va passer deux ans en prison). D’autres ont été radiés de leurs fonctions dans l’Administration. Cette période connaîtra de grandes manifestations populaires.Avec tous les nationalistes, El Kadiri affirme avoir gardé de bons contacts: Abdellah Ibrahim, chef du premier gouvernement marocain, Mehdi Ben Barka, le plus jeune signataire du Manifeste et Abderrahim Bouabid, qu’il a eu comme élève et qu’il considérait comme “son petit frère”. Des collègues de lutte qui, quelques années après le Manifeste, allaient “voler de leurs propres ailes”. Une autre phase de l’Histoire du Maroc avait commencé. C’était la périlleuse période de la lutte armée puis de l’éclatement du mouvement national.


Mohammed V et Roosevelt

Dans ses Mémoires, El Kadiri raconte que le Sultan était certain que les alliés allaient gagner la guerre et il faisait tout pour se rapprocher des USA. Le narrateur mentionne des contacts secrets entre Mohammed V et Franklin Roosevelt où le Sultan voulait, une fois la guerre terminée, se remettre aux mains des Etats-Unis. Roosevelt aurait “diplomatiquement” rejeté la demande. Peut-être les alliés n’ont-ils pas voulu ouvrir ce dossier tant que la guerre n’était par finie… et après ils l’ont un peu… oublié!


Les 65 signataires

Selon Boubker El Kadiri, ils sont 65 à avoir signé le Manifeste du 11 janvier, mais tous les historiens ne sont pas d’accord.Ahmed Mekouar, El Hassan Bouayad, El Hachmi El Filali, Ahmed Balafrej, El Hassan Benjelloun, Abdelaziz Ben Driss, Mohamed Soudi, Ahmed Ben Della, El Aïssaoui El Mestassi, Abdelkbir Ben Mehdi El Fassi, Ahmed Benchekroun El Meknassi, Bouchta El Jamaï, Mohamed Ben Abderrahmane Saâdani, Mohamed Ben Jilani Bennani, Abdeslam El Mestari, Abdellah Benbrahim, Mohamed Lyazidi, Boubker El Kadiri, Mohamed Ghazi, Kacem Ben Abdeljalil, Mohamed El Bouâmrani, Abderrahim Bouabid, Tahar Ben El Fqih Abi Bakr Zniber, Messaoud Echiguer, Omar Ben Abdeljalil, Ahmed Lyazidi, Abdellah Regragui, Abdeljalil El Kabbaj, Ahmed Cherkaoui, Mehdi Ben Barka, Boubker Sbihi, Abdelkrim Benjelloun, Abdelwahab El Fassi, Seddick Benlarbi, Kacem Zhairi, Mohamed El Bakkali, Ahmed El Mandjra, Abdelkader Hassan, Jilani Bennani, El Hafiane Cherkaoui, Si Brick Ben Ahmed, El Houssine Benabdellah El Warzazi, Mohamed El Fassi, Mohamed Ben El Khadr, Malika El Fassi, Mohamed Diouri, Mohamed El Hamdaoui, Bennacer Ben Haj Larbi, Mohamed Benazzou, Haj Othmane Jorio, Mohamed Zeghari, Ahmed El Hamiani, Ahmed Bahnini, Mohamed El Ghzaoui, Abdelhadi Sqali, Omar Benchemssi, Abdelkbir Fassi Fehri Ben Hfid, Driss M’hammedi, Ahmed Ben Bouchta, Abdelhamid Ben Moulay Ahmed, Abdellah Benomar, Omar Ou Benasser, Mohamed Benlarbi Alami, Mohamed El Jazouli, Haj Mohamed Rifaï, Mohamed El Fatimi El Fassi.


Un salafiste modéré

IL se défend vivement de ressembler “aux salafistes d’aujourd’hui”. Arabe du côté de son père, berbère du côté de sa mère, Haj Boubker dit avoir été “secoué” par le Manifeste berbère de 1930. Le père de Haj Boubker est un Kadiri de Salé et sa mère descend des Beni M’rin (Mérinides), dynastie qui régna au Maroc pendant deux siècles.Elevé dans un milieu conservateur, Boubker El Kadiri a commencé très jeune son engagement nationaliste. La multiplication des missionnaires catholiques et les “tentatives de séparation entre les Berbères et les Arabes ont attisé sa fibre religieuse”. Il se dit “salafiste modéré et progressiste”. A cette époque, les zaouiyas ont élargi leur influence, renforcées par les idées panarabistes venant du Machrek. Tout renvoie à l’aspect conservateur de cette figure de l’Histoire marocaine: ses conversations en arabe, son habit traditionnel et même le décor de sa résidence de Salé, qui se trouve en face du centre scientifique de l’Association Bouregrag.


Plus d’archives, moins de politique

L'historien et ancien militant de gauche, Mustapha Bouaziz, réagit vite à la question de la «réhabilitation de l’Histoire». «Vous abordez un sujet qui me tient à cœur», dit-il en souriant. Car, semble-t-il, notre avenir attend que soit écrite l’Histoire par des hommes qui ne rendront des comptes qu’à la communauté scientifique.Au Maroc, on commence à bouger, à douter, à sortir du placard ses thèses, à se regrouper pour retravailler l’Histoire. L’évolution ne fait d’ailleurs qu’annoncer la montagne de travail qui attend les chercheurs. «La mémoire collective est façonnée par le pouvoir politique et social. La mémoire historique n’est structurée que par le pouvoir de la science. Une objectivité relative n’est établie que par la communauté scientifique, relativement indépendante de tous les autres pouvoirs», explique avec insistance le professeur d’histoire.Dans tous les pays, dit-il, il n’y a pas d’adéquation entre la mémoire collective et la mémoire historique. «Il y a toujours une distance. Dans les pays démocratiques, cette distance est constamment réduite. Ainsi, par exemple en France, le passé colonial est totalement étudié par la mémoire historique. Mais dans la mémoire collective française, il y a encore des zones d’ombre. La société en elle-même n’est pas prête à y voir clair. Comme le cas des tortures en Algérie que l’Histoire a établies comme des faits». Mais les mass medias, le discours quotidien, la politique occultent encore ce sujet. Et dans les pays non démocratiques, en général totalitaires et dictatoriaux, «la distance est grande, très grande. Parfois au point d’en arriver à éliminer la mémoire historique et laisser la mémoire collective façonner l’Histoire (comme cela est le cas pour certaines dictatures en Afrique ou au Moyen-Orient, où la glorification des héros choisis par l’Etat occupe une part importante de l’Histoire). Selon Bouaziz, au Maroc actuellement, «on essaie d’amorcer un processus de réhabilitation de tous les acteurs historiques dans la mémoire collective et d’ouvrir la possibilité à une formation de la mémoire historique». Et notamment, en facilitant l’accès aux archives et en allégeant le contrôle politique sur la production historique. «En un mot, en laissant aux historiens la liberté totale pour qu’ils ne soient comptables de leurs écrits qu’auprès de la communauté scientifique», insiste l’historien qui sait de quoi il parle.Nadia LAMLILI

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