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Culture

Lutte d’idéologies, lutte de pouvoir: Quelle place pour l’islam populaire?
Par Hakim EL GHISSASSI

Par L'Economiste | Edition N°:1922 Le 22/12/2004 | Partager

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) brille par ses divergences et ses déclarations retentissantes. Le linge sale est exposé après chaque réunion, comme s’il n’y avait plus un moment pour le recul et la réflexion. A chaque fois qu’un ministre présente son projet pour l’organisation du culte musulman, les mêmes voix s’élèvent pour «dénoncer», pour «manifester leurs désaccords» dans l’attente de ratifier ce qui a été proposé et ce qui a été dénoncé. C’tait le cas avec Jean-Pierre Chevènement quand il a lancé la consultation, avec Nicolas Sarkozy quand il a choisi de négocier avec les principales fédérations; c’est le cas aujourd’hui avec Dominique de Villepin, qui propose la création d’une fondation pour les œuvres musulmanes, sans parler des tentatives de Pierre Joxe avec le Corif, de Charles Pasqua ou encore celle, plus timide, de Jean-Louis Debré.. Le citoyen musulman, cinquième roue du carrosseLes expressions des responsables religieux musulmans n’arrivent pas à sortir des luttes idéologiques et des luttes de pouvoir. Le citoyen de confession musulmane est le dernier vers lequel on se dirige si l’on juge servir la cause. On lui présente ce qu’on croit bon pour lui et on lui demande de clouer le bec, sinon il sera traité de déviant ou de malveillant. A ce jour, hormis les manifestations de propagande et d’endoctrinement, aucune organisation ou institution musulmane n’a discuté de ses projets et de ses choix avec les personnes qui disent le représenter. Dans nos villes, nous vivons sur le rythme de la démocratie participative, les musulmans qui en demandent sont loin de l’appliquer sur leurs propres structures. Il y va de la notoriété du CFCM et des organisations musulmanes de donner une autre image que celle de la division, de la discorde et de l’autoritarisme. En quoi la création d’une fondation des œuvres musulmanes ne plat-elle pas?On nous dira qu’on ne veut pas d’une «nationalisation» des mosquées. Les porteurs de cette vision sont encore sur le schéma de l’islamisation de la société et sur les schémas interventionnistes des pays d’origine. Pour noyer le poisson, on propose une loi pour l’exonération de la TVA relative à la construction des mosquées. Des dispositifs financiers transparents existent dans ce sens, mais ils ne sont ni expliqués, ni exploités. C’est l’exemple des sociétés civiles immobilières (SCI) qui permettent de récupérer la TVA et de résoudre ainsi le problème.Accepter de parler de l’islam de France, qu’est-ce que cela veut dire si ce n’est se fondre dans le système d’organisation français et accepter les dynamiques de gestion du culte? Quant à la définition du culte, son rituel et son dogme, ils sont propres à ses adhérents, l’Etat n’a aucune légitimité d’intervention pour les dicter, c’est le principe fondateur de la séparation entre les Eglises et l’Etat.Les mosquées de France sont dans leur grande majorité des mosquées indépendantes et autonomes, même celles qui s’affilient à l’UOIF ou à la Mosquée de Paris. Elles s’affilient car on leur fait miroiter une aide pour la construction de leurs édifices ou on leur promet de mettre à leur disposition des imams ou encore de les soutenir dans leurs démarches. La voix de ces lieux de culte n’est pas entendue, car le processus électoral du Conseil a dopé et surreprésenté les grandes fédérations.Ceux qui bénéficient du marché de la viande halal ne sont que  trois. Ce sont les trois mosquées accréditées pour la délivrance des cartes de sacrificateur (Mosquées de Paris, Evry et Lyon). Elles saisisent cette opportunité pour se déclarer comme organisme de contrôle de la licité de la viande. Partant de là, elles ont acquis la haute main sur les associations spécialisées et les industries impliquées dans ce dossier, ou encore sur les organisations musulmanes ayant une grande visibilité dans le monde arabe et musulman. Les mosquées et les lieux de prière sont en dehors de ce secteur. La fondation ne sera-t-elle pas un moyen de solidarité avec ces lieux discriminés. Avant de parler de la discrimination vécue, luttons contre les discriminations au sein de notre groupe!Une fondation équitable, impartiale et autonome, qui ne fait pas le jeu des grandes fédérations, est souhaitée par la grande majorité des musulmans. Cette fondation devra représenter toutes les forces vives des musulmans de France, qu’ils soient religieux ou pas. Car l’enjeu dépasse celui des lieux de culte, c’est l’image de l’islam et des musulmans qui, depuis le 11 septembre 2001, est mise en jeu, on ne fait plus de distinction entre un pratiquant et non- pratiquant.La plupart des lieux de culte sont pour une fondation des œuvres musulmanes, ils sont pour une participation active de la part des pouvoirs publics, pour une meilleure visibilité de l’islam de France. Ce sont ces mosquées qui pâtissent de la discrimination dans les finances. Seules les organisations les plus structurées profitent de l’argent des pays d’origine ou étrangers, quand il existe.L’implication des pouvoirs publics peut être une garantie de bon fonctionnement. Cela ne veut pas dire se limiter à une seule fondation, ceux qui veulent en créer d’autres qu’ils les créent mais que le chemin ne soit pas barré à ceux qui n’y seront pas affiliés.En quoi aujourd’hui le CFCM est inachevé? L’agitation que connaît le CFCM, soit lors de prises de position, foulard, otages, détermination du début et fin du Ramadan, détermination de la date de l’Ad-el-Kebir… provient en grande partie de l’absence de commission ad hoc liée au CFCM, il n’y a pas une commission théologique indépendante, autonome et de référence, il n’y a pas de commission scientifique et de recherche indépendante capable de donner des réponses objectives, il n’y a pas des commissions sociales capables d’accompagner l’évolution de la société… en gros, il y a une absence criante au sein du CFCM de sociétés savantes et d’experts. Ce sont des structures qui manquent au CFCM, leur création permettra à d’autres forces de trouver leur place au sein de cette institution. Elles permettront également au CFCM de ne pas donner des avis à chaud mais de laisser le temps pour le recul et la réflexion. C’est l’enjeu principal du CFCM qui, après une naissance forcée, piétine dans sa crise d’adolescence, sa maturité ne tardera pas si l’intérêt du pays est placé en premier.

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