×
  • L'Editorial
  • régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    eleconomiste

    eleconomiste
    Culture

    Les coulisses de la terreurSeptième partie: Les filières de l’argent,une structure en «rhizome»

    Par L'Economiste | Edition N°:2083 Le 10/08/2005 | Partager

    Le système de financement et de commandement du terrorisme ne ressemble pas à ce que nous avons l’habitude de rencontrer: de bonne foi, une personne ou une institution charitable fait un don, qui va transiter de main en main jusqu’à se retrouver dans une madrassa pakistanaise qui elle s’en servira pour financer la formation «militaire» d’un groupe «d’étudiants». Certes, l’argent peut transiter par des intermédiaires spécialisés sans laisser de trace, mais l’essentiel peut aussi rester dans les circuits licites, notamment caritatifs.Très rapidement après le 11 septembre, les services américains s’organisent pour repérer les filières financières et faire geler les transferts de fonds, quand ils arrivent à les cerner.Pour superviser les enquêtes financières hors du territoire national, l’une des premières décisions post-11 septembre a été de créer le Foreign Terrorist Asset Tracking Center (PTATC, Centre de recherche des avoirs terroristes à l’étranger), une structure interagences censée regrouper les experts du PBI, de la CIA, des services d’écoute (National Security Agency), des services douaniers et d’autres agences de l’Armée. La première tâche du PTATC est d’éplucher les comptes bancaires, les versements et les dépenses des dix-neuf pirates kamikazes.Par ailleurs, s’appuyant principalement sur le centre, le département du Trésor lance l’opération “Green Quest” dès le 23 octobre 2001. Au cours des quatre premiers mois de l’opération, près de 14,6 millions de dollars d’avoirs bancaires sont provisoirement gelés à l’étranger. Pourtant, la suite des investigations ramène invariablement soit en Arabie saoudite, soit aux Etats-Unis, et parfois même au coeur de la technostructure financière américaine.Un an après, à la suite des différentes résolutions des Nations unies contraignant tous les Etats à priver les réseaux terroristes de soutien financier et logistique, l’enquête a permis de confirmer ce que les services de renseignement occidentaux savaient déjà depuis plus d’une dizaine d’années: les ramifications du financement du terrorisme tissent une toile planétaire, dont les principaux centres d’impulsion se trouvent dans les pays occidentaux.Avant les attentats du 11 septembre 2001, les services secrets français s’étaient déjà intéressés à la question. Ils avaient identifié plus de 500 personnes qui s’occupaient de ces réseaux et 400 institutions qui y versaient de l’argent, parfois «beaucoup d’argent».Un système qui déjoue les surveillancesLes soubassements financiers révèlent la nature organique, dont rend idéalement compte le concept de “rhizome” de Gilles Deleuze et Félix Guattari (leur investigation remonte déjà aux années 70!).Le rhizome peut prendre des formes extrêmement diverses. Ces formes s’agencent selon des principes de connexion et d’hétérogénéité: “A la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque. ( ...) Il n’est pas fait d’unités, mais de dimensions ou plutôt de directions mouvantes. Il n’a pas de commencement ni de fin, mais toujours un milieu, par lequel il pousse et déborde”.Aux systèmes de pouvoirs centrés et pyramidaux,ont cédé la place à des systèmes sans centre défini, des «réseaux d’automates finis, où la communication se fait d’un voisin à un voisin quelconque, où les tiges ou canaux ne préexistent pas, où les individus sont tous interchangeables, se définissent seulement par un état à tel moment, de telle façon que les opérations locales se coordonnent et que le résultat final global se synchronise indépendamment d’une instance centrale”.Ainsi, “contre les systèmes centrés (même polycentrés), à communication hiérarchique et liaisons préétablies, le rhizome est un système a-centré, non hiérarchique et non signifiant, sans commandant, sans mémoire organisatrice ou automate central, uniquement défini par une circulation d’états (...): toutes sortes de devenirs”.Cette structure en rhizome déjoue toute lecture univoque et pyramidale. Elle nous confronte à un ordre enchaînant les événements les uns aux autres en fonction de stratégies ponctuelles, plurielles, privilégiant la vitesse de l’opportunité et de l’instant présent à une vision hiérarchisée et stratégique du monde et des êtres. Dans cette pure logique événementielle, qui semble façonner le champ politique tel que le conçoivent les partisans de Ben Laden, s’inscrit la causalité terroriste. Il s’agit ici de privilégier le passage à l’acte, comme s’il pouvait à lui seul, et par lui-même, suffire au projet politique idéal de la Oumma, la communauté ultime rassemblant tous les fidèles du monde.Mondialisation avant la lettre, la dérégulation financière abolit les frontières entre les activités commerciales et financières légales, soumises à des cadrages fiscaux précis, et ce que les experts appellent l’économie informelle. De cette absence d’ordre monétaire international date l’émergence des grandes structures du crime organisé, ou tout au moins leur configuration financière. Plus rien désormais ne s’oppose à ce que les cartels de la drogue et du trafic d’armes, les mafias et autres triades injectent, en toute impunité, leurs bénéfices colossaux dans les rouages d’une finance internationale incontrôlée et incontrôlable. Dans ce contexte, pour comprendre comment Oussama Ben Laden a inventé le «terrorisme coté en Bourse», il faut situer quelques agencements de sa mouvance «rhizomorphique», en partant de son milieu, comme il se doit.


    Des résultats bien minces

    Malgré l’adoption en janvier 2002 de la résolution 1390, étendant au monde entier le gel des avoirs financiers suspects, “seulement quelque 10 millions de dollars ont été bloqués”, relève en septembre 2002 le rapport du Groupe de surveillance d’Al Qaida créé par l’ONU. Le même document estime que les soutiens financiers de la mouvance Ben Laden en Afrique du Nord, au Proche-Orient et en Asie continuaient de gérer quelque 30 millions de dollars d’investissements pour le compte du réseau terroriste, certaines estimations allant même jusqu’à 300 millions de dollars! Ces avoirs se trouveraient notamment investis à l’île Maurice, à Singapour, en Malaisie, aux Philippines et au Panama, sans parler de comptes ouverts par des prête-noms dans de grandes banques de Dubaï, Hongkong, Genève, Vienne, Londres et New York. “Des efforts plus importants doivent être faits pour identifier et fermer les sociétés et entités qui apportent leur appui à Al Qaida”, préconise le rapport onusien.


    Le réseau caritatif

    La diplomatie musulmane des Saoud s’exprime à travers le financement d’institutions caritatives dont les activités se situent toujours entre l’humanitaire, l’action religieuse et l’action politique. L’énumération d’une liste exhaustive serait aussi fastidieuse qu’inutile. Mentionnons seulement les principaux.L’Association mondiale de la jeunesse musulmane et l’Organisation du secours islamique international (International Islamic Relief Organization -IIRO), dont les publications sont particulièrement agressives vis-à-vis des autres religions, notamment du christianisme. L’IIRO, dirigée longtemps par Mohammed Jamal Khalifa, l’un des beaux-frères d’Oussama Ben Laden, est installée à Jeddah. Principalement financée par l’impôt islamique, cette association caritative a été expulsée des Philippines pour avoir soutenu Abu Sayyaf, organisation islamiste armée opérant dans le sud de l’archipel. Elle organise des collectes et distribue des fonds qu’elle reçoit de la Rabitat Alam Islami, la Ligue islamique mondiale, forte d’un budget de 5 milliards de dollars et présente dans 90 pays. Un temps domiciliée au 3, Worcester Street à Oxford (à la même adresse se trouve au moins une autre ONG du même type, IDF, international development foundation), l’IIRO avait un bureau à Birmingham ainsi qu’une antenne à Montreuil près de Paris. Elle dispose de plusieurs branches en Europe, notamment en France, en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suède. Finançant de nombreux missionnaires à l’étranger, elle assure par leur intermédiaire des relations suivies avec la plupart, sinon la totalité des groupes islamistes connus. Organisation subsidiaire de la Ligue islamique mondiale, l’IIRO s’est beaucoup impliquée en Bosnie. Les moyens matériels et financiers dont ses “missionnaires” sont largement pourvus, incitent à se demander s’ils n’ont pas pour vocation, et peut-être pour objectif premier, d’acquérir les faveurs ou la neutralité des pays démunis où ils sont envoyés, face aux agissements iraniens et à la concurrence de l’expansionnisme chiite.La Rabitat, fondée en 1963, a pour vocation de défendre les minorités islamiques dans les pays non musulmans. C’est une machine d’influence très structurée: un secrétaire général -toujours saoudien et bénéficiant d’un statut diplomatique- exerce les pleins pouvoirs et centralise toutes les activités à La Mecque. Il nomme les conseils régionaux islamiques, présents sur chaque continent. Celui d’Europe a son siège à Londres.La Mercy International Relief Organization (ou Agency), bannie du Kenya après l’attentat de 1998 contre l’ambassade américaine de Naïrobi, dispose d’un siège international à Detroit (Etats-Unis) et de plusieurs bureaux régionaux aux Pays-Bas, en Suisse, en Bosnie, ainsi qu’en Albanie.La Saar Foundation, créée par Souleiman Abdoul al-Aziz al-Rajhi, fils de l’une des familles les plus fortunées de la monarchie saoudienne, est la principale ONG de la péninsule, installée en Virginie du Nord. Pour l’année 2000, elle a reçu plus de 2 milliards de dollars de donations.Basée en Arabie saoudite, la Fondation islamique al-Haramein dispose de bureaux en Bosnie, en Somalie et dans une quarantaine d’autres pays. En 2000, elle avait distribué quelque 75 millions de dollars en aides dans plus d’une cinquantaine de pays musulmans. Certaines de ses représentations auraient servi de couverture à des trafics d’armes à destination de factions armées de la mouvance Ben Laden, notamment au Yémen et en Somalie. Cette association est placée sous le contrôle direct du ministre saoudien des Affaires islamiques Saleh al-Cheikh.Plusieurs de ces ONG sont dans le collimateur des enquêteurs du FBI, notamment Al-Rachid Trust, basée au Pakistan et aux Etats-Unis. Son activité officielle est la collecte de fonds dans 57 pays arabo-musulmans pour les orphelins et veuves d’ Afghanistan. Cette organisation publiait Dharb-e-Momin, un bulletin de liaison des Talibans, et partageait de nombreux locaux avec le Jaïsh-e-Muhammad, un groupe lié à la mouvance Ben Laden, suspecté d’être à l’origine d’ attentats durant l’été et l’automne 2002 au Pakistan.Deux autres ONG saoudiennes, officiellement spécialisées dans l’aide aux victimes de la guerre de Bosnie, Wafa Humanitarian Organization, installée à Kandahar en Afghanistan, et surtout Al-Kifah qui a pignon sur rue en plein coeur de Brooklyn, ont, en fait, servi de refuge aux commanditaires et exécutants du premier attentat contre le World Trade Center en février 1993. Ces associations sont parfaitement connues des services de renseignement américains depuis le début des années 90. La plupart d’entre elles fonctionnent selon une idéologie assez particulière: “La bienfaisance doit servir l’expansion de la communauté, et non pas alimenter ceux qui la mettent en danger”. Cette conception de l’aide peut s’affirmer par différents moyens, des plus pacifiques aux plus radicaux, et même s’assimiler au jihad.Richard Labévière

    • SUIVEZ-NOUS:

    1. CONTACT

      +212 522 95 36 00
      [email protected]
      [email protected]
      [email protected]
      [email protected]
      [email protected]

      70, Bd Al Massira Khadra
      Casablanca, Maroc

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc