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Les coulisses de la terreur
Treizième partie: En politique, plus c’est gros mieux ça passe!

Par L'Economiste | Edition N°:2089 Le 18/08/2005 | Partager

Les Etats-Unis ont un système politique très efficace. Il joue sur les oppositions intérieures entre les différents niveaux administratifs, entre les groupes d’intérêt, entre les partis politiques… C’est ce qui leur permet d’être presque toujours en ligne avec les puissants des intérêts de la nation, quitte à changer d’alliés autant de fois que nécessaire. C’est ce qui explique qu’ils n’aient aucune fidélité, aucune morale en la matière, alors que leur message idéologique est très moralisateur. Pour eux, il n’y a pas de contradiction… L’exemple le plus saisissant est celui des mensonges sur les armes de destruction massive irakiennes et sur les liens entre Saddam Hussein et Ben Laden. -----------------------------------A ce jour, aucun lien n’a pu être établi entre le régime de Saddam Hussein et la mouvance terroriste d’Oussama Ben Laden. A ce jour, après des années d’investigations de l’ONU et trois ans d’occupation militaire, aucune arme de destruction massive n’a été découverte en Irak.Dans les trois premières semaines de combat, l’invasion de l’Irak a fait, selon les estimations les plus sérieuses, plus de 10.000 morts et blessés, civils pour la plupart, dont beaucoup de femmes et d’enfants. . La plus grande imposture du XXIe siècle!Autant d’Irakiens qui ne verront pas la libération promise par les Etats-Unis et leurs alliés. Le bilan toujours provisoire de cette guerre, qui aurait pu être évitée, contraste singulièrement avec la mise en images de la prise de Bagdad: c’était de pures mises en scène. Tout le monde s’en souvient. Les équipes de télévision (“embarquées” dans les unités de l’armée américano-britannique) montrent la chute de la statue de Saddam Hussein. Autour du char qui abat le monument, la foule clairsemée ne dépasse pas cinq cents personnes, comptant principalement la garde prétorienne d’Ahmed Chalabi, l’opposant à Saddam Hussein chéri de Washington. Et il faut toute la grossière impudence du chef du Pentagone Donald Rumsfeld, pour comparer cette chute à celle du mur de Berlin.Menée au nom de la lutte contre le terrorisme et pour détruire un arsenal d’armes de destruction massive, la guerre américano-britannique contre l’Irak restera dans l’histoire comme l’une des plus grandes impostures du XXIe siècle. Cela semblait vital pour l’entreprise de légitimation internationale de la guerre: Washington et Londres semblaient «obligés» de découvrir les fameuses armes de destruction massive qui avaient fourni la principale justification de leur guerre. Selon les responsables américains et britanniques, ces stocks d’armes menaçaient non seule-ment les Etats-Unis eux-mêmes, mais aussi la paix et la stabilité de la planète entière. Il est par conséquent de la plus haute importance de mettre la main sur cet «arsenal maléfique». En réalité, les mensonges vont succéder aux mensonges dans ce dossier. . Contourner l’ONUCette stratégie est d’autant plus lourde de conséquences qu’elle s’inscrit dans le cadre des débats menés par le Conseil de sécurité des Nations unies, en charge du désarmement de l’Irak depuis plus de dix ans, précisé-ment depuis la fin de la première guerre contre l’Irak en février 1991. Le président américain s’est finalement résolu à écouter la vieille garde républicaine, Henry Kis-singer en tête, qui était choquée de voir que des institutions vouées au règlement pacifique des conflits, soient traitées avec autant de légèreté et de mépris. Le discours présidentiel du 12 septembre 2002 devant la 57e Assemblée générale de l’ONU évite soigneusement d’exiger le changement pur et simple de régime en Irak, pour s’en remettre au Conseil de sécurité des Nations unies. Il affirme que son pays travaillera avec le Conseil à une nouvelle résolution en forme d’ultimatum pour imposer à Bagdad le retour des inspecteurs internationaux en désarmement.En réalité, là encore, il s’agit de paralyser l’ONU pour la contourner et en particulier l’expertise internationale des inspecteurs en désarmement de la Cocovinu, empêchés de poursuivre leur mission pourtant cadrée par la résolution 1441, adoptée le 8 novembre 2002 à l’unanimité du Conseil de sécurité. . Un si beau raisonnementDu matériel irakien a été illégalement transféré par avion aux Etats-Unis vers des laboratoires du Pentagone, et un nombre impressionnant d’inspecteurs américano-britanniques, mille trois cents, pas moins, reprennent, sur le terrain irakien, les inspec-tions que 1’ONU avait été empêchée de poursuivre avec des moyens dérisoires.Même approche avec les prétendues «connexions terroristes» entre Saddam Hussein et Al Qaida.A défaut de trouver et de démontrer de tels liens, il suffit de les proclamer. Simpliste, le système d’amal-game à l’oeuvre n’en est pas moins très efficace. On peut découper le syllogisme sur lequel repose le raisonnement de la manière suivante: - premièrement, Bagdad abrite toutes sortes de gens; - deuxièmement, ces gens nourrissent des intentions hostiles à l’égard des Etats-Unis; - troisièmement, ces gens sont forcément des terroristes. Par conséquent, Bagdad abrite des terroristes. Condoleezza Rice a été la championne de cet amalgame.Accusée de n’avoir rien pu prouver, l’équipe Bush se défend: “Nous examinons toutes les connexions qui existent, et il y a des indications sur des contacts entre le régime irakien et des membres d’AI Qaida”.Ce n’était déjà plus nécessaire. En effet, dans les vitrines des magasins des grandes villes américaines, on voit fleurir des écriteaux portant la mention “We have been attacked first” (on a été attaqués en premier). Et les autorités continuent d’accréditer le fait que la menace provient du Proche-Orient pris dans sa globalité, sinon du monde arabo-musulman en général.En Grande-Bretagne, le processus est le même. Un hebdomadaire important et respecté se fait avoir: The Sunday Telegraph annonce en novembre 2002 un dossier qui «contiendra la première preuve définitive que le président irakien Saddam Hussein a permis aux principaux chefs d’Al Qaida de s’entraîner sur son territoire”. Et l’article cite une ver-sion provisoire d’un rapport, précisant comment deux dirigeants présumés d’Al Qaida, Abu Zubair et Rafid Fatah, se sont entraînés dans des camps terroristes en Irak et sont encore en relation avec Bagdad.En fait, le rapport des services secrets britanniques s’avère être la copie d’un ancien mémoire d’étudiant, réalisé près de 10 ans auparavant, sur la base de coupures de presse. Plus c’est gros, mieux ça passe!


Il y a patrimoine et… patrimoine!

oins diffusé que la chute de la statue de Saddam, le pillage du Musée national fait quand même partie de ces images que l’on n’oubliera pas, et ce grâce aux journalistes qui étaient sur place. L’Irak fut le berceau des premières civilisations urbaines, dont l’his-toire commence à Sumer. Ce patrimoine de l’humanité, logé dans le Musée national d’Irak, n’a pas été protégé, alors qu’un char, quelques hommes et surtout un peu de volonté y auraient suffi. L’armée américaine s’est montrée beaucoup plus empressée d’oc-cuper le ministère de la Production pétrolière, et de sécuriser ses plans d’exploitation et ses archives carto-graphiques.Cet ordre de priorité ne s’invente pas et éclaire d’un jour cru l’impératif besoin de légitimité internationale qui doit servir à couvrir d’un voile vertueux l’attribution des contrats de la reconstruction à des sociétés comme Halliburton ou Bechtel, aux liens directs et personnels avec l’entourage du président Bush.. Coup préventif contre les journalistesJuste deux jours avant la chute de Badgad, l’hôtel Palestine, qui abritait la presse internationale, a été délibérément pris pour cible par un char américain. Non loin de là, le bureau de la chaîne indépendante Al-Jazeera a subi le même sort, et plusieurs reporters y trouvèrent la mort.Selon différentes sources militaires, il s’agissait de «dissuader les preneurs d’images indépendants de couvrir les opérations des forces spéciales qui mènent la chasse aux dignitaires du régime dans les faubourgs de Bagdad». Cette chasse est éminemment politique, puisque la coalition américano-britannique souhaitait mettre sur pied un procès de type Nuremberg afin de juger les complices de Saddam Hussein. Leurs effigies ont été imprimées sur un jeu de cartes à jouer distribué à l’ensemble de la troupe. Est-il besoin de s’appesantir sur le sommet de vulgarité et de mépris atteint par cette opération de communication? Mené en négation de la Cour pénale internationale (CPI) par un tribunal ad hoc nommé par les forces d’occupation, ce procès ainsi que celui de Saddam Hussein constituent une tentative de légitimation judicaire de la guerre.. Un petit homme stupideJusqu’au printemps 2003, date de l’invasion de l’Irak, Washington fait systématiquement acte de scepticisme à l’encontre de l’AIEA, de l’ONU… Le secrétaire d’Etat à la Défense déclare: “Cela va être dur, très dur pour les inspecteurs de trouver quelque chose”. Et Donald Rumsfeld d’ajouter que “le régime irakien a dispersé ses armes illégales en les enterrant profondément” (sic). Désormais, le chef des inspecteurs de 1’ONU, Hans Blix, et celui de l’Agence internationale de l’énergie atomique Mohammed el Baradeï sont souvent seuls face à la pression américaine. On assiste à une véritable campagne de dénigrement contre Hans Blix et les inspecteurs de 1’ONU. Le Washington Times, qu’il ne faut pas confondre avec le Washington Post, traite Hans Blix de «petit homme particulièrement stupide». Vexés, l’administration de l’ONU et son secrétaire général Kofi Annan favoriseront la publication in extenso du rapport de Blix, mais c’était trop tard. De plus, contenant essentiellement des observations techniques, le livre n’est pas aisément lisible. La publication ne servira donc à rien, sauf à convaincre les gens déjà convaincus que Washington avait inventé toute l’histoire des armes de destruction massive.------------------------------. Demain: Les dessous de la marche vers la guerre

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