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    Economie

    Le cancer, affrontons-le!
    Quand le tabou bloque les médias

    Par L'Economiste | Edition N°:1798 Le 25/06/2004 | Partager

    . Des femmes témoignent et répondent aux journalistes. Les germanophones intarissables, les francophones aphones!. Une urgence dans des pays comme le Maroc: briser le silence«QUAND je vois des jeunes femmes comme vous (ndrl: beaucoup de journalistes étaient des jeunes femmes), je ne peux m’empêcher de leur dire que cela n’arrive pas qu’aux autres. Le cancer fait peut-être peur, mais il faut s’informer, et prévenir ce qui, un jour ou l’autre, risque fort de vous arriver». Vêtue d’un élégant tailleur couleur caramel, cette Hongroise de trente-huit ans aux cheveux bruns a eu à se battre pendant neuf ans contre le cancer du sein. Pour le détecter, il lui a fallu une année entière... Elle avait alors 29 ans et l’origine de son cancer était une infection mal soignée de son sein. Eva est venue à cette journée de l’oncologie d’Aventis, avec deux autres femmes, l’une Allemande et l’autre Française, pour raconter leurs combats, leurs sentiments, leurs douleurs face au cancer; une maladie qu’elles «ne souhaitent pas même à leur pire ennemi». Les témoignages étaient des leçons de courage et de combativité «Passé le choc de la nouvelle, on en arrive à un point où l’on se dit: je veux vivre! Et là vous vous battez vraiment, vous cherchez tous les moyens pour vous en sortir», raconte la quinquagénaire allemande, dont le visage raconte à lui tout seul les épreuves de chimiothérapie et de vulnérabilité, compagnons invétérés de ce mal qui se répand à une allure effarante (cf. article page XX). Le regard et la voix fermes, la posture digne, ces femmes ne cesseront de dire et répéter chacune à sa manière: «Il faut en parler, il faut s’informer et briser les tabous qui entourent le cancer». La lutte c’est d’abord un processus mental, expliquent-elles. «Il faut s’informer et prévenir, en parler encore et encore. Non pas pour le banaliser, mais pour avoir le courage de l’affronter». Briser le tabou qui entoure ce mal est donc la première étape. Au Maroc, comme au Liban, il y a encore du chemin à faire…Peut-être à commencer par les médias. L’atelier dans le cadre duquel ces femmes sont venues était destiné aux journalistes, regroupés par affinités linguistiques, pour des raisons de facilité de traduction: les francophones entre eux, les germanophones, les hispanophones… La centaine de journalistes étaient donc regroupés en cinq groupes différents. Le but était non seulement d’écouter ces «patientes» selon les termes des responsables du laboratoire pharmaceutique, mais aussi de leur poser des questions. «N’ayez pas peur, elles sont là pour répondre à vos questions. Vous avez une opportunité unique. N’hésitez pas», recommande le modérateur de l’atelier …Mais voilà, pas une syllabe n’est sortie de la bouche de la quinzaine de journalistes francophones. Un silence pesant. Les dames venues témoigner attendaient, fixaient du regard cette horde de journalistes, d’habitude friands de réponses. Mais là, rien…Le silence était trop lourd, et l’émotion a vite fait le tour de table. «Tant pis», nous dira-t-on auprès d’Aventis. Tandis que juste avant, les médias germanophones ont dépassé le temps imparti et n’auraient pas tari de questions à en croire l’un d’entre eux…. Pudeur face aux dramesCe qui devait être une simple répartition pratique de journalistes a dévoilé les différents niveaux de tabous qui entourent le cancer, selon les régions et les systèmes de représentation. «Chez nous au Liban, il est difficile de poser des questions aussi crûment à une personne ayant eu un cancer. La voir étaler sa douleur ainsi n’est pas vraiment dans nos habitudes. Le cancer, c’est encore un tabou et puis il y a une espèce de pudeur vis-à-vis des drames des gens», explique après coup une consœur libanaise. A la fin des témoignages de ces femmes, les questions s’amassent, mais uniquement dans la tête. Elles ne franchiront pas le pas de la parole et s’entasseront pour former une grosse boule bloquée dans la gorge. Comment lui demander quelle infection Eva a eue exactement? Comment elle a fait pour ne pas baisser les bras? Pourquoi a-t-elle eu un cancer si jeune? Ce qu’elle ressentait lors d’une chimiothérapie…Comment lui demander d’étaler sa vulnérabilité ainsi…Mais le gros point d’interrogation suite à ce silence, reste: pourquoi un groupe entier de journalistes s’est vu dans l’incapacité de proférer une seule parole envers ces femmes? Quelques membres de ce groupe avaient besoin d’en parler après l’atelier. Un sentiment de culpabilité régnait chez certains: Pourquoi n’est-on pas arrivé à poser des questions? «Nous sommes piégés par notre culture», analyse un journaliste arabe. Ce qui est sûr, c’est que de tels face-à-face au Maroc sont très rares. Et s’ils existent, ils ne sont pas répercutés par les médias. Une Française d’Aventis, interpellée par la polémique, compatira: «Je comprends tout à fait votre sentiment. Ma mère était atteinte d’un cancer et je sais ce que c’est. Je n’ai pas eu le courage de vous accompagner à cet atelier».Le tabou est bel et bien là. Les régions comme le Liban, ou le Maroc entourent encore ses malades du voile de la pudeur. Mais loin de les aider, il risque fort de les étouffer. Aucune autre solution n’existe pour vaincre ce mal sinon celle d’en parler d’abord et le plus naturellement possible. Et pour cela, les autres nations ne connaissent pas d’autre moyen efficace que les grandes campagnes de sensibilisation de longue durée. C’est de l’ordre de la santé publique et pas uniquement celui d’un combat associatif qui fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il a. M. Kd

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