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    La République islamique de George Bush ou la loi des conséquences imprévues

    Par L'Economiste | Edition N°:2083 Le 10/08/2005 | Partager

    Francis Ghilès est membre de l’Institut européen de la Méditerranée (Iemed). Situé en Espagne, l’Iemed est une sorte de think thank qui agit en tant qu’observatoire des politiques méditerranéennes.Ghilès a été durant de longues années le spécialiste du Maghreb pour le quotidien britannique Financial Times. Il a donné et donne de nombreuses conférences et analyses sur le monde arabe et la Méditerranée La politique officielle américaine poursuit en Iraq son bonhomme de chemin. Le retour à la souveraineté nationale s’est déroulé le 28 juin 2004, des élections législatives ont eu lieu en janvier; enfin, un nouveau gouvernement est entré en fonction en avril. Pour le 15 août, la semaine prochaine, on attend une nouvelle constitution qui sera suivie d’un référendum sur celle-ci et des élections législatives qui décideront du parlement «définitif» en quelque sorte, avant la fin de l’année. Penser comme le fait l’Administration américaine qu’un texte de constitution pourra être rédigé d’ici la date butoir paraît quelque peu ubuesque, mais ceci n’a rien de vraiment étonnant puisque nous sommes au royaume d’Ubu.La politique irakienne «fiction», celle qui est officielle à Washington, a de moins en moins de liens avec les réalités sur le terrain. Le peuple n’a guère rallié le gouvernement après les élections de janvier dernier, l’insurrection (essentiellement menée par des Arabes sunnites) fait de plus en plus de ravages, notamment en ciblant systématiquement les chiites, leurs enfants et femmes notamment; former la nouvelle armée irakienne n’est guère chose aisée. En tout état de cause, les unités opérationnelles sont majoritairement composées de Kurdes. Le pays est de moins en moins sûr; les classes moyennes et professionnelles fuient tous les jours la région centrale du pays, devenue un enfer.Le 2 juin dernier, le Président Jalal Talabani, le premier chef de l’Etat élu démocratiquement en Iraq, assistait à l’inauguration de l’Assemblée nationale kurde à Erbil, au nord du pays. L’absence du drapeau irakien à cette cérémonie fut remarquée. La représentante de l’ambassade américaine à Kirkuk, Ann Bodine, félicita les nouveaux parlementaires pour leur dévotion à la construction d’un Irak “democratique, fédéral, pluriel et uni”. Les parlementaires dans leur serment d’allégeance se contentèrent de jurer leur loyauté à la région du Kurdistan, omettant toute référence à l’Irak! Le représentant des services de sécurité iranien à Erbil fut, quant à lui, lapidaire: Agha Panayi dit: “Ceci est un grand jour; partout en Irak, ceux que nous avons soutenus sont au pouvoir”. Il aurait pu ajouter un grand merci à George Bush.La partition de l’Irak est commencéeQuand Bush parle du succès de sa politique en Irak à ses compatriotes, il omet de dire qu’il a, en effet, transféré le pouvoir des Arabes sunnites aux Kurdes (20% de la population). Certes, les Kurdes sont sunnites aussi, mais qui détestent les Arabes de les avoir cruellement opprimés et pas seulement à l’époque de Saddam Hussein et aux chiites qui constituent 55-60% de la population du pays. Un cinquième du pétrole irakien se trouve en zone kurde, 80% en zone chiite, c’est-à-dire au sud. Néanmoins, l’idée continue de prévaloir à Washington que les Irakiens forment un peuple qui a une identité commune, des buts communs, un désir de vivre ensemble. Or, rien n’est plus éloigné de la vérité.L’insurrection est bien arabe et sunnite, mais elle n’a, à terme, aucune chance de l’emporter, même à Bagdad dont la majorité de la population est chiite. L’armée de Saddam Hussein était dirigée par des officiers arabes sunnites, les soldats étant composés de chiites et de Kurdes. Aujourd’hui, les unités opérationnelles sont Kurdes et si le gouvernement d’Erbil les appelle dans le nord, elles quitteront Bagdad immédiatement. Quant aux chiites, devant les assassinats dont ils sont l’objet quotidiennement, ils forment des milices de plus en plus puissantes qui commencent à mener la guerre chez les Arabes sunnites. Aucun ministre kurde ne songerait à voir des gardes du corps autres que kurdes, il en va de même des autres groupes. Le chef d’Al Qaida en Irak, Al-Zarkaoui, n’a jamais caché, qu’à ses yeux, les «chiites étaient des mécréants»: les tuer donc envoie les meurtriers au Paradis. Cette dimension antichiite d’Al Qaida est souvent oubliée: il est curieux que George Bush mène un combat à la fois contre Al Qaida et l’Iran, c’est une politique parfaitement confuse.Al-Zarkaoui a aussi des échanges avec la direction du Groupe salafiste pour la Prédication algérien, qui a encore conduit une opération meurtrière en Mauritanie en juin dernier, avant le coup d’Etat. Al-Zarkaoui légitime le combat mené par le GSPC algérien au nom d’un «islam pur contre des ennemis communs». Ce groupe cherche à développer son action sur le plan régional mais aussi à financer sa cause en lui donnant une dimension internationale (voir l’enlèvement des touristes allemands et autrichiens dans le sud algérien au début de 2003).La charia déjà en applicationDes deux grands partis politiques, le SCIRI d’Abdel Aziz Al Hakim et la Daâwa du Premier ministre Ibrahim Jaâfari, le premier est plus proche de l’Iran et a de loin la milice la plus importante (milice dont l’ancien chef est aujourd’hui ministre de l’Intérieur d’Irak). Tous deux souhaitent que l’Irak devienne un Etat islamique et appliquent déjà des règles strictes de la charia dans le sud qu’ils contrôlent complètement. Ces deux partis font une promotion active d’un système politique à l’iranienne et des intérêts iraniens. Ils estiment que l’Irak devrait s’engager à payer des millions de dollars de réparations à l’Iran pour la guerre menée par Saddam Hussein avec le plein appui des pays occidentaux, arabes et de l’ancienne URSS contre le puissant voisin dans les années 80. Ils ont été jusqu’à présenter des excuses à l’Iran pour cette guerre.Il est pour le moins curieux que le Président Bush ne se montre guère concerné par l’influence grandissante d’un pays qu’il abhorre en Irak - il menace sans cesse la Syrie pour ce qu’elle fait ou ne fait pas en Irak, mais ne mentionne jamais l’Iran dont la présence à Bagdad est désormais une des plus belles victoires pour un pays que Washington méprise et tente encore d’isoler sur la scène internationale. Les chiites irakiens n’oublient pas, eux, que Bush père les a encouragés à se soulever contre Saddam Hussein à la fin de la première guerre d’Irak en 1992, pour les abandonner ensuite à leur triste sort: 300.000 personnes périrent dans cette boucherie.Le nouveau président de la région kurde, Massod Barzani, décréta très rapidement après son intronisation à Erbil, que les 50.000 peshmergas (troupes kurdes de la région) étaient très spécifiquement “interdites” de déploiement autrement que dans la région kurde et que des troupes irakiennes non kurdes seraient elles “interdites” d’accès dans le Kurdistan.Une nouvelle constitution irakienne verra peut-être le jour le 15 août, peut-être que la constitution provisoire sera reconduite pour un temps. Mais George Bush et ses conseillers doivent être les seuls qui pensent qu’ils sont sérieusement en train de construire, selon les paroles ubuesques d’Ann Bodine «un Irak démocratique, fédéral, pluriel et uni».La guerre en Irak n’a pas “lancé” le combat total contre l’Occident, elle l’a simplement relancé de façon spectaculaire. Elle l’a relancé aussi contre certains pays musulmans comme le Maroc et l’Egype. Des dizaines de morts chaque jour, une exaltation constante du martyre - en Iran, un quart de siècle de régime de charia et de mollahs a fait perdre aux gens le goût du martyre, la fuite de la classe moyenne déjà décimée par la dictature de Saddam Hussein, les guerres et les sanctions imposées au pays, tout cela donne à l’Irak aujourd’hui un rôle-clé dans ce djihad mondial. George Bush a donc présidé à la fondation de ce qui risque fort d’être un Etat islamique, a relancé le djihad de façon spectaculaire et a sans doute déstabilisé la région pour longtemps. Un adage anglais parle de -“the law of unintended consequences”- la loi des conséquences imprévues.Par Francis GHILES

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