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Incubateurs universitairesClé de l’innovation pour affronter l’ouvertureEntretien avec Bouchaïb Mernari, responsable du Centre universitaire Doukkala Incubation

Par L'Economiste | Edition N°:1945 Le 26/01/2005 | Partager

Dans une économie mondialisée, la survie de nos entreprises passe par l’acquisition de positions de marché basées sur des produits innovants. Or la majorité des entreprises marocaines actuelles n’investissent pas suffisamment dans la “recherche et le développement”. Les entreprises trop “protégées” doivent maintenant faire face, avec le démantèlement progressif des barrières douanières et tarifaires, à l’offre qui explose de tous les côtés. Une interview de Bouchaïb Mernari, doyen de la Faculté des Sciences de l’université Chouaïb Doukkali d’El Jadida et responsable du Centre universitaire Doukkala Incubation éclaire sur le sujet..L’Economiste: Pourriez-vous nous préciser ce qu’est un incubateur?-Bouchaïb Mernari: Effectivement, il importe de définir ce que recouvrent habituellement les termes d’incubateur, mais aussi de pépinière d’entreprises et de technopoles, car on confond souvent ces structures qui ont chacune ses spécificités. Un incubateur d’entreprises est une structure de détection et de promotion de projets d’entreprises innovantes et d’accompagnement (mise à disposition de locaux, services d’assistance juridique et technique) à la réalisation du projet de création jusqu’à ce que cette création devienne effective. .Et la pépinière d’entreprises?- La pépinière d’entreprises est une structure d’hébergement et d’accompagnement d’entreprises récemment créées qui favorise l’augmentation du taux de survie de ces jeunes entités en les faisant bénéficier de la mise en commun de réseaux d’experts et de moyens (locaux, services, documentation juridique et technique). Elle peut donc prendre le relais des entreprises issues de l’incubateur. Mais la différence, c’est qu’elle héberge des entreprises qui ne sont pas nécessairement innovantes. Dans les déclinaisons des pépinières d’entreprises, nous pouvons mettre d’autres structures tels les technoparks, les hôtels d’entreprises… qui en sont des variantes pour des entreprises déjà existantes. Quant aux technopoles, elles sont des concentrations dans une aire géographique donnée d’organismes d’enseignement supérieur, de structures de recherche et d’un tissu d’entreprises spécialisées (hébergées ou non dans des pépinières) dans un ou plusieurs “pôles de compétences”. Ces derniers développent entre eux des interactions, qui par un phénomène d’“innovation en grappes”, contribuent à augmenter l’attractivité et le développement de cette aire géographique..Quel est donc l’enjeu des incubateurs au Maroc?- Le développement du Maroc doit, dans le cadre de la mondialisation, s’appuyer sur des techniques de pointe. Et dans ce cadre, les incubateurs, seules structures en liaison avec la recherche universitaire, devraient permettre de faire émerger ces nouvelles entreprises de haute technologie. Dans une économie mondialisée, la survie de nos entreprises passe par l’acquisition de positions de marché basées sur des produits innovants. Or la majorité des entreprises marocaines actuelles n’investit pas suffisamment en “Recherche et Développement” qui devrait être la source de ces nouveaux produits, base de leur future richesse. Dans ces conditions, la création de produits innovants -source de développement structurel du pays- ne peut se faire que par l’entrée de nouveaux intervenants apporteurs de technologies innovantes. Dans ce cadre, les laboratoires universitaires devraient en être une des sources, après avoir été “incubés”. Les “incubateurs universitaires” occupent donc une position-clé pour accroître la capacité d’innovation et de création de richesses dans le pays par et grâce à la recherche. D’ailleurs, la Charte nationale de l’enseignement en a fait une priorité. .Comment expliquez-vous le faible niveau d’innovation des entreprises?- Les raisons en sont essentiellement culturelles. Trop longtemps protégées par des barrières douanières et des barrières non tarifaires, nos entreprises se sont installées dans des économies “de rente” où l’on écoulait la production sur un marché peu concurrencé alors que maintenant l’offre explose de tous côtés. Il est fondamental de noter que le potentiel de création de richesses d’une nouvelle entreprise est directement corrélé au niveau d’innovation dont elle est porteuse. Si une nouvelle entreprise n’apporte pas d’innovation, elle ne peut relever le défi de la concurrence que par une stratégie marketing offensive basée sur le thème “pareil à mon concurrent mais moins cher”. L’exemple du textile-habillement en est une parfaite illustration: certaines de nos entreprises ferment alors que dans le domaine des “textiles techniques” le marché mondial croît de 6% par an! Mais qui dit “textiles techniques” dit “innovation”. Nous aussi, universitaires, nous n’avons pas fait par le passé suffisamment d’efforts pour aller convaincre les milieux industriels, pour leur faire connaître notre potentiel de recherche. Si nous voulons que le Maroc s’insère dans cette économie mondialisée, c’est un “changement culturel” qu’il est nécessaire d’entreprendre. Ce changement culturel ne peut se réaliser que par un dialogue et une synergie réelle entre l’entreprise et l’université, l’une ayant la maîtrise des processus économiques, l’autre celle des processus innovants. .Que fait donc votre incubateur pour aider à la création de ces entreprises innovantes?- Dès 1999, la Faculté des Sciences d’El Jadida avait organisé les premières journées thématiques “Formation universitaire et création d’entreprises”. Aussi, dès que la législation l’a permis, j’ai soumis au ministère, en 2001, le projet de création d’un incubateur, qui a été accepté. A l’heure actuelle, quatre projets ont été acceptés: un est en cours d’incubation, les autres sont en attente de financement. En effet, incuber des projets coûte de l’argent, et c’est ce qui nous fait défaut. Pour l’instant, nous ne bénéficions d’aucun fonds universitaire sauf la mise à disposition d’une pièce et le salaire d’un administratif. Seuls des fonds provenant de notre ministère (CNRST) et de la coopération française (Fonds de solidarité prioritaire) permettent de financer les études des divers projets.Les premiers pas des incubateurs marocains ne sont pas, pour le moment, suffisamment concluants. La cause majeure en est une approche faiblement professionnelle, car l’incubation est un “métier” et sûrement l’un des plus difficiles qui soit. Par ailleurs, les ressources financières qui sont nécessaires n’ont jamais été mises à disposition des quelques structures qui ont fait acte de foi en s’y engageant. On vient de déposer le “Business plan” du Centre universitaire Doukkala incubation (CUDI), service implanté à la Faculté des Sciences de l’université Chouaïb Doukkali, pour la période 2005-2010. On veut lui donner un nouveau souffle avec un panel de services qui va de la sensibilisation des étudiants, des chercheurs et des responsables de laboratoires jusqu’à un “vrai” accompagnement du processus de création d’entreprises et de là à la porte du Centre régional d’investissement.. Faut-il donc beaucoup d’argent pour incuber de nouvelles entreprises?- Eh, oui! Prenez l’exemple des 31 incubateurs universitaires français: l’Etat leur a attribué 24,6 millions d’euros sur 3 ans avec un objectif de 865 projets et autant de fonds sont venus des régions. Soit un soutien moyen de l’Etat par projet “incubé” de 28.203 euros plus le même montant provenant de la Région. L’argent qui est investi dans les projets incubés l’est sous forme d’avances remboursables. Dans la technopole de Grenoble, par exemple, sur les 35 sociétés créées après incubation, la moitié font un bon chiffre d’affaires. Au bout de deux ans d’existence, les entreprises sont solvables et commencent à rembourser. Ce ne sont donc pas des “fonds perdus”. Les autorités de la région de Grenoble l’ont bien compris puisque les incubateurs et les entreprises incubées ont fait de Grenoble une technopole de niveau international.Nous n’en demandons pas tant, mais derrière les discours, il faut que les hommes de terrain aient les moyens pour assurer une politique d’innovation qui permettra au Maroc d’affronter la mondialisation.Propos recueillis par Mohamed RAMDANI


Quel avenir?

«Créer son entreprise est une culture presque inexistante dan notre pays, l’aspiration au fonctionnariat est fortement ancrées dans toutes les couches de la population et en particulier chez nos étudiants universitaires«, indique d’emblée Bouchaïb Mernari. Selon lui, l’esprit “innovant” des entreprises est très peu développé. «Le financement de l’incubation par les pouvoirs publics est pour l’heure assez faible». Les fonds d’amorçage qui permettent le financement d’une entreprise en création, poursuit-il, sont quasiment inexistants, seule la loi 53-00 permet une levée de fonds jusqu’à 1.000.000 de DH, mais avec un apport de 15% que les porteurs de projets universitaires ne peuvent pratiquement jamais réunir sur des projets innovants donc risqués. «Le tapage fait sur les perspectives de développement économique basé sur les entreprises NTIC marocaines cache une réalité moins brillante: nous sommes consommateurs de technologies NTIC venues d’ailleurs pour lesquelles nous devons “exporter” le coût des licences de logiciels conçus à l’étranger (sauf brillantes exceptions dans la monétique en particulier)», souligne Mernari. Et d’ajouter: «Nos entreprises, dites NTIC, “mettent en place” ces logiciels, et même si c’est fort honorable, ce n’est pas cela qui crée une industrie nationale du logiciel». Quant aux call centers, indique-t-il, «ce n’est que l’équivalent informatisé de nos usines de confection, avec une main-d’œuvre francophone ou hispanophone dont le seul intérêt pour nos donneurs d’ordre est d’être moins coûteuse que leurs homologues qui opèrent dans les 2.200 call centers installés en France». Malgré tout cela, «il faut reconnaître que nos laboratoires recèlent de grands potentiels. Avec une formation et un encadrement fort, nos jeunes ont toutes les capacités pour devenir des créateurs de richesses, sinon comment expliquer que tant de Marocains résidents à l’étranger soient devenus de si brillants entrepreneurs. C’est notre contexte culturel qu’il faut changer et également libérer les énergies d’innovation. Il y va de notre survie économique face aux “poids lourds” qui viennent de monter sur le ring de l’économie mondialisées.

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