Politique

Imams et rabbins font la paix

Par L'Economiste | Edition N°:1932 Le 05/01/2005 | Partager

. Congrès mondial à Bruxelles pour rétablir le dialogue religieux. Réactualisation des textes et formation des hommes de religionIl a fini par se tenir ce congrès mondial des imams et rabbins. Non pas au Maroc comme c’était dit et redit, mais à Bruxelles. Le fait qu’il se tienne est, en soi, une nouvelle étonnante. Pour éviter un énième report au Maroc, en raison de la protestation des islamistes et du contexte explosif au Proche-Orient, les organisateurs ont préféré le transférer en Europe.Maintenant, la conjoncture politique est plus calme avec les préparatifs pour la succession de Yasser Arafat et la détente annoncée dans les relations israélo-palestiniennes. A Bruxelles donc et jusqu’à jeudi 6 janvier, une centaine d’imams et de rabbins vont «braver la tempête» pour rétablir le dialogue entre l’Islam et le Judaïsme. René-Samuel Sirat, l’ancien Grand rabbin de France, et cheikh Talal Sedir, imam d’Hébron et représentant de l’Autorité palestinienne pour les affaires interreligieuses sont les deux figures marquantes. Le Maroc est représenté par André Azoulay, conseiller de SM le Roi, Rachid Belmokhtar, président de l’Université Al Akhawayne (qui devait abriter la manifestation au départ), Ahmed Toufik, ministre des Affaires islamiques et le rabbin Benziri. L’objectif de tout ce beau monde est de rétablir la paix. L’histoire des relations entre les deux religions, comme le note l’association organisatrice «Hommes de Paroles», a été malencontreusement déformée par les conflits politiques, engendrant des ressentiments de part et d’autre, des crispations identitaires, et des préjugés préjudiciables. «Il est absurde de continuer à soigner les maladies dues à l’eau polluée sans désinfecter l’eau du puits», avait récemment déclaré Alain Michel, patron de l’association. Laquelle association a été à l’origine d’une manifestation similaire en 2003 en Suisse. . Une interprétation éclairéeTenu sous le haut patronage de SM le Roi Mohammed VI et le Roi Albert II de Belgique, ce Congrès est un événement exceptionnel. De lourds sujets théologiques seront abordés: l’histoire des deux religions, ce qui les rassemble, ce qui les différencie, et surtout les foyers de tension qui empêchent la compréhension et le respect mutuel. On notera cet atelier pertinent qui traitera les textes, sources de division et essaiera de leur donner «une interprétation éclairée et re-contextualisée». Si ce travail de mise à jour est mené jusqu’au bout, il constituera un tournant dans l’histoire des deux religions. Peut-être aussi un retour aux véritables principes. La multiplication des prédicateurs, dont certains se sont érigés en muftis, la kyrielle d’interprétations et les ripostes démesurées qu’elles ont engendrées ont souvent et malheureusement porté atteinte à l’esprit des Textes. Peut-être faut-il penser à former les hommes de religion à l’ampleur de leur mission et à manier sagement cette arme «à double tranchant» qu’ils détiennent? C’est là un autre thème-phare du Congrès. Ce qui s’est passé en France avec l’histoire du foulard islamique, la polémique sur le droit du mari de frapper ou non sa femme, ont montré l’urgence d’une redéfinition des concepts dans un contexte de migration. Sur cette question, le Congrès connaîtra des témoignages. Mais finalement, pourquoi toute cette hostilité interreligieuse? D’autant que «l’Histoire montre de nombreuses similitudes entre les musulmans et les juifs», lit-on dans une note du groupe de réflexion judéo-musulman de l’Académie interreligieuse Elijah. Les deux religions partagent un sens des devoirs religieux, de l’obligation et de la responsabilité envers Dieu. Et beaucoup plus que la religion, les peuples arabe (composé essentiellement de musulmans) et juif ont une mémoire commune, qui remonterait, selon certains récits, au prophète Abraham. Il fut un temps où les peuples de la Judée et de la péninsule arabique coexistaient en toute harmonie.Une histoire glorieuse avec nos cousins juifs? Pas tout le temps. Entre l’Islam et le Judaïsme, il n’y a pas que ces alliances humaines historiques. Dans le Congrès de Bruxelles, il sera question aussi des différences, foyers de crispations, de conflits et d’intégrisme. Universalité des religions? déformation des Ecritures (littéralement en arabe Tahrif)? A vrai dire, il s’agit d’un débat qui «cristallise les passions». Mais il reste un passage obligé pour instaurer «la reconnaissance de la diversité religieuse». C’est pourquoi, tout le défi pour les religieux est de se détacher de leurs émotions, du background culturel, du contexte politique…L’essentiel dans cette rencontre, comme le soulignent d’ailleurs les participants, est la concrétisation «de l’harmonie religieuse». Comment transmettre ce message aux communautés? Quels pas concrets faut-il franchir pour établir cette compréhension de l’héritage judéo-musulman? Difficile d’y répondre vu l’absence, dans cette rencontre, de certaines «figures charismatiques» dans le monde musulman comme Youssef El Qaradawi dont le pouvoir sur les groupes islamistes, médias aidant, est incommensurable ou de Sayed Tantaoui, Mufti d’Al Azhar.


N’est pas mufti qui veut

Les Imams et Rabbins ont été appelés par SM le Roi à être les chantres de la protection des droits des Palestiniens, côte à côte avec les Israéliens. Dans un discours lu par le ministre des Affaires islamiques Ahmed Taoufik, SM le Roi a dénoncé des «facteurs de parasitage qui ont été relevés à travers l’Histoire, citant parmi ceux-ci «la propension de certains, dépourvus des qualifications et des compétences nécessaires, à monter au créneau pour s’ériger en commandeurs et autres chefs de file, usurpant effrontément le nom de Dieu et les paroles du Livre et exploitant la ferveur religieuse des peuples pour les précipiter dans les ravins que l’on connaît». Par conséquent, a affirmé le Souverain, «le devoir le plus pressant qui s’impose à tous aujourd’hui est d’oeuvrer sans désemparer pour affranchir le nom de Dieu et les paroles divines de l’étau où les enserrent les contempteurs du bien».«Aujourd’hui, plus que jamais, a souligné SM le Roi, il est impérieux que nous refassions nôtres, le nom et les paroles de Dieu et que nous leur rendions leur parure et la charge sémantique authentique qui était la leur initialement et qui est porteuse de valeurs d’écoute mutuelle, de dialogue, d’élévation morale et spirituelle et d’épanouissement».Nadia LAMLILI

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