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    Economie

    Gouvernance, ce qu’ils en pensent

    Par L'Economiste | Edition N°:2081 Le 08/08/2005 | Partager

    . Des choix de modernité irréversibles et structurants impliquent une gouvernance performante . Attention à l’instrumentalisation du concept!. Le concubinage de la liberté d’expression et de l’impunité bloque la «bonne gouvernance»La question de la gouvernance ou la «bonne gouvernance» est bien plus épineuse qu’il ne semble. En tout cas, le sujet intéresse beaucoup de monde et chacun a sa perception de la gouvernance. Ce qui ressort de la perception de la gouvernance de ce panel d’acteurs du développement interrogés, c’est que tout le monde doit en premier lieu se mettre d’accord sur le concept qui reste fuyant. Ensuite, par rapport à son utilité, deux intervenants se posent la question de l’idéologie de la gouvernance qui entre en contradiction avec les principes démocratiques. Et c’est normal, puisque comme l’explique le Professeur de droit Abdelmounaïm Dilami, nous sommes à une époque où il y a une idéologie dominante qui impose ses normes. Le Secréataire d’Etat à la Jeunesse, Mohamed El Gahs, rejoint l’analyse du juriste dans le sens où il estime que c’est un concept distillé partout dans le monde et qui émane d’une idéologie ultralibérale et ne laisse pas d’autres options de gouverner: «si vous n’êtes pas dans ce concept de «bonne gouvernance», cela implique que vous êtes dans la «mauvaise gouvernance». Grosso modo, il semble que tous soient d’accord sur une chose par rapport au Maroc aujourd’hui: le Royaume a opté pour des choix irréversibles de modernisation, qui sont bien plus structurants que le concept de la gouvernance en lui-même. Pour le président de la Fédération des PME-PMI, c’est l’économie de marché qui régulera et donnera la «bonne gouvernance». Pour la Conseillère du Premier ministre Driss Jettou, Nezha Lahrichi, il faut s’inscrire dans la durée pour compter sur le changement des mentalités.Autre atout du système de gouvernance actuel: sa capacité à assurer la sécurité, la cohérence et la cohésion des Marocains, qui sont autant de préalables pour un vrai décollage. Maintenant, comme le pays est en transition réelle, la perception «floue» du pouvoir est expliquée par cette mutation et l’installation lente mais sûre de nouveaux repères de l’Etat et d’une nouvelle manière d’exercer le pouvoir public. Le sentiment d’impunité qui prévaut encore aujourd’hui, selon l’ancien secrétaire général de Transparency Maroc, Bachir Rachdi, est un grand facteur de blocage et ne permet pas d’avoir confiance au système, notamment dans le domaine de la Justice.D’autres expliqueront que les prérogatives et les responsabilités ne sont pas explicitées ni très claires. Et il y a aussi les pouvoirs discrétionnaires qui ne sont pas correctement encadrés, et qui sans garde-fous font courir le risque de voir naître des foyers de corruption ou tout au moins de la mauvaise gestion de la chose publique, poursuit Rachdi.. SM le Roi Mohammed VI: «La voie pour une citoyenneté constructive»Pour le Souverain, qui a consacré de longs développements dans son dernier discours du Trône sur le sujet, «la bonne gouvernance représente le mécanisme idoine pour favoriser l’émergence de la citoyenneté dans son acception la plus parfaite». A son sens, le succès attendu de toutes les réformes réalisées notamment au niveau de l’Etat et dans le domaine économique, «reste tributaire de l’usage que nous ferons de la bonne gouvernance».Pour cela, il est nécessaire de poursuivre la réforme de la Justice, «en toute responsabilité et avec toute la rigueur requise». Tout comme il insiste sur l’accélération du processus de modernisation de l’administration «pour qu’elle fasse du service public et de la proximité du citoyen sa préoccupation majeure». Et autre élément de bonne gouvernance, la lutte anticorruption. «Nous considérons aussi que tout abus de pouvoir ou trafic d’influence est un crime contre la Patrie, non moins répréhensible qu’une atteinte à ses valeurs sacrées». C’est «la voie à suivre pour donner corps à une citoyenneté marocaine constructive».. Hassan Chami, président de la CGEM: La bonne gouvernance, c’est la capacité à réagir ensemble La bonne gouvernance, c’est la capacité de réaction des gouvernants à mettre en place dans les plus brefs délais les conditions d’une meilleure intégration économique.Cette rapidité de réaction doit s’intégrer dans un cadre institutionnel qui favorise l’initiative privée et qui donne une prévisibilité à l’action menée sur le plan économique. S’il n’y a pas de prévisibilité sur les conséquences de votre action, vous êtes freiné dans cette action.La bonne gouvernance c’est la capacité à réagir ensemble.Le point fort du système actuel.Depuis le gouvernement d’alternance, le Maroc s’est engagé dans la voie d’une clarification à l’intérieur de la société et dans la voie de donner à chacun sa chance. Mais nous n’allons pas assez vite parce que tous les chantiers sont ouverts, c’est notre point faible. Je crois que le système de gouvernance que nous avons mis en place est long et complexe.. Nezha Lahrichi, Conseillère auprès du Premier ministre: Intégrer le temps long des évolutions mentales Si on se réfère à la décision publique, l’objectif ultime de la «bonne gouvernance» est la recherche du bien-être du citoyen et le respect de sa dignité.Au Maroc, elle s’exprime à travers deux éléments essentiels: une volonté et une démarche.Volonté à travers les multiples réformes engagées (politiques et économiques sociales et juridiques).Démarche à travers la concertation, et la participation des partenaires sociaux, économiques et de la société civile.Pour illustrer la démarche, l’esprit qui anime actuellement la mise en œuvre de l’INDH constitue une évolution fondamentale du processus décisionnel dans notre pays, dans la mesure où les projets seront définis par les populations. Une façon de donner un contenu concret à la démarche participative.Mais les résultats d’une bonne gouvernance ne peuvent être palpables dans l’immédiat car le processus du changement est long quelle que soit la volonté d’aller vers la modernité. Il faut intégrer le temps long des évolutions mentales et sociales. Les forces de résistance au changement sont à vaincre. Elles se traduisent par des difficultés d’appliquer les lois adoptées, de gérer la régulation, d’assurer la cohérence des actions publiques. D’où le retard d’impulser des comportements citoyens et des appréciations optimistes. . Mohamed El Gahs, secrétaire d’Etat à la Jeunesse: Notre premier atout: le Roi Points forts du système actuel : notre premier atout c’est le Roi, car nous avons à la fois sur le plan de la cohérence de la stabilité, une référence, un socle identitaire fédérateur et en même temps, catalyseur.Il va falloir autour et avec ce socle construire.Deuxième atout : une nation unie qui a un désir collectif d’avancer et d’inventer autre chose.L’autre atout : nous avons très tôt, et de manière courageuse, choisi le pluralisme et la diversité.Points faibles: les instruments sont encore en décalage par rapport à l’ambition des desseins. De l’administration aux entreprises, la manière de gérer la chose publique et privée, d’organiser le débat national, de concevoir le fondement même de tout cela, en dit long. Ces instruments sont encore très en deçà de ce que devrait être leur efficacité pour pouvoir réussir ce grand dessein.. Fouad Ali Al Himma, ministre délégué à l’Intérieur: Pas de dysfonctionnement dans le pouvoir Un jour avant le discours du Trône, le ministre délégué à l’Intérieur s’était exprimé sur le sujet. Ses propos avaient été nettement plus catégoriques que le discours royal. Il avait déclaré : «Le processus de prise de décision ne connaît aucun dysfonctionnement». Il estime que «le mal réside dans la partie qui exploite, ce qui est normal dans ce processus, pour le transformer en cacophonie, en verbiage, et en feuilletons pour vendre du papier».Contacté par L’Economiste, il n’avait pas répondu à nos questions pour actualiser son point de vue. . Bachir Rachdi, ex-SG de Transparency Maroc: Si l’expression est libérée, l’impunité est encore là Au Maroc, je pense que nous n’avons pas une définition suffisamment claire des responsabilités et prérogatives de chacun. Et le manque de visibilité fait que le fait de rendre compte (ce qu’on a fait et pas fait) devient presque inaccessible. Ce point faible se manifeste depuis le plus haut de l’Etat jusqu’à des échelles proches des racines. Nous restons dans un système où les pouvoirs discrétionnaires continuent d’être importants et ne sont pas encadrés. Il y a beaucoup de possibilités d’abus et les relations entre détenteurs de pouvoirs et destinataires du service ne sont pas équilibrées. Cela crée souvent des conditions de foyer de corruption, au minimum de mauvaise gestion de la chose publique. Nous avons tout intérêt à faire évoluer nos procédures pour les rendre plus fluides et simples et en même temps mettre les garde-fous pour éviter les exploitations de la position dominante.Points forts: l’expression est libérée, c’est un élément qui me semble important pour lancer les débats sur la gouvernance. La possibilité de critiquer, même quand ce n’est pas constructif met la question sur la place publique.Mais, il faut que le débat soit bien exploité, sinon il peut devenir négatif car, il banalise le sujet et l’on s’installe dans le mauvais chemin.L’ère de l’impunité doit être dépassée, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.Pour sortir de cela, il faut vraiment que cela devienne clair et irréversible. Nous avons besoin d’un système de justice qui gagne en crédibilité et redonne confiance aux justiciables. . Abdelmounaïm Dilami, professeur de droit: Gouvernance et démocratie, pas tout à fait le même sens La gouvernance est quelque part un concept idéologique qui remet en cause les principes démocratiques. Car il sous-tend qu’il existe des méthodes de gestion objectives et scientifiques d’une société, indépendamment de toute notion de classe ou intérêt de groupes de personnes. Cela s’explique à une époque où il n’y a pas des grandes options idéologiques et où il en existe une dominante. La notion de «bonne gouvernance» est en contradiction avec la notion de souveraineté populaire.Le Maroc a fait des choix fondamentaux pour moderniser la société marocaine et non pas uniquement l’Etat:- les rapports au sein des familles;- les rapports citoyens-pouvoir;- les rapports citoyens/citoyens;Ces réformes structurantes intègrent la notion de bonne gouvernance et c’est tant mieux. Le débat en société et les consultations ont commencé, ce qui n’est pas négligeable. Nous sommes bien partis. La perception d’un pouvoir flou émane de la transition et des mutations qui sont en train de se produire au sein de l’Etat. La dictature, c’est imposer son pouvoir par la force, et la démocratie c’est légitimer son pouvoir par l’influence. Le passage d’un système à un autre donne l’impression que c’est flou.. Hammad Kessal, président de la Fédération des PME-PMI: L’économie fabrique ses normes Nous sommes en train de construire une économie de marché laquelle va elle-même engendrer sa propre gouvernance comme elle l’a fait dans des pays comme les Etats-Unis dans les années 50, et la France dans les années 80.Nous transitons d’une économie basée sur la rente et la protection à une économie fondée sur la loi et les normes. Or, la construction de cette économie nécessite l’application des quatre piliers de la gouvernance. Points forts : L’Etat de droit en cours de construction dans un processus irrévocable.Points faibles: Nous n’avons pas encore libéré nos esprits d’un certain nombre de pratiques, comme celle par exemple de rejeter la responsabilité toujours sur l’autre, sans assumer.Certains partenaires ne jouent pas encore le jeu (ndlr: les syndicats). M. Kd.

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