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    Feuilleton de L’étéLes coulisses de la terreurCinquième partie: Comment réussir la manipulation suprême?

    Par L'Economiste | Edition N°:2081 Le 08/08/2005 | Partager

    Pour un musulman, le terrorisme «islamique» est un grand mystère et quand il est perpétré par des kamikazes, les gens de foi sont encore plus déroutés: ni l’assassinat, ni le suicide ne cadrent avec le schéma religieux. Pourtant, ces kamikazes se réclament de l’islam. Comment est-ce possible? De nombreuses explications sont avancées, celle de Labévière, qui a longuement observé ce phénomène, passe par un mécanisme sectaire d’isolement des personnes. C’est une manière de voir… Mais il faudra noter qu’à Madrid et à Londres, ce n’est pas exactement ce mécanisme qui a été à l’œuvre, puisque les auteurs étaient au contraire intégrées à la vie locale, avaient depuis longtemps la nationalité espagnole ou britannique… obtenue parfois en arguant des persécutions politiques que les terroristes auraient subies dans leur pays d’origine. Dans les années 90, les Egyptiens comme les Marocains ont tenté d’attirer l’attention des pays d’accueil sur ce problème, mais en vain.Furieux d’avoir été donné par ses propres chefs, le Français Djamel Beghal, arrêté à Abu Dhabi (cf. Partie IV) parle, parle, parle… Tout y passe: les réseaux, les planques, les projets… Du moins ce qu’il sait, car aujourd’hui, les spécialistes du renseignement sont persuadé qu Beghal n’a été trahi que pour servir de leurre permettant de masquer les derniers préparatifs des attentats du 11 septembre 2001.Toujours est-il que Beghal parle…. Des manœuvres marocainesL’Espagne n’a jamais constitué une base active de l’islamisme européen, selon Djamel Beghal. En revanche, il y existe différentes filières clandestines qui assurent l’entrée en Europe via le Maroc. Plusieurs sociétés de manoeuvres agricoles assurent la mise au vert des «frères” qui connaissent des problèmes dans d’autres pays européens. En Allemagne, le BKA (Bureau fédéral de la criminalité) a pris la mesure de la tâche depuis que Rabah Kébir, le chef de l’IEFE -l’instance exécutive du Front islamique du salut-, s’est installé à Bonn après avoir obtenu l’asile politique. Aux Pays-Bas, l’arrestation de Jérôme Cortailler a réveillé les autorités de leur sommeil dogmatique, tout empreint d’un sens aigu de la tolérance né au siècle d’or.“Dans notre pays, au moins dix musulmans radicaux recrutent de jeunes coreligionnaires néerlandais pour le combat islamiste”, titre sur toute la largeur de sa Une le Volkskrant du 10 décembre 2002, presque un an et demi après les premiers aveux de Beghal. “On prépare quelques dizaines de jeunes, surtout d’origine marocaine, au jihad”. C’est ce qu’affirme l’AIVD, Service général de renseignement et de sécurité, dans son rapport “Rekrute- ring in Nederland voor de jihad -van incident naar trend” (recrutement aux Pays-Bas pour le jihad: de l’incident à la tendance) remis la veille au Premier ministre. Le service observe “l’enracinement insidieux d’un courant islamiste radical et violent dans la société néerlandaise”. Les Pays-Bas se trouvent au premier chaînon d’un processus qui peut déboucher sur la violence et le terrorisme, déclare à La Haye le chef de l’AIVD, Van Hulst.. Le rapport des services néerlandais“Des musulmans radicaux essaient d’empêcher la participation à part entière des musulmans à la vie néerlandaise. Ils le font en appliquant une stratégie de provocation. Ils cherchent à couper les musulmans de la société néerlandaise en démonisant globalement ce qu’ils appellent l’Occident et son mode de vie décadent. Parmi les Néerlandais, on attise l’hostilité envers les musulmans en confondant délibérément islamisme et islam”, affirme le rapport. “Cette évolution caractérise la totalité des pays européens”, relève encore Van Hulst, qui conclut: “ll n’y a pas, pour l’instant, de menace concrète d’attentat visant les Pays-Bas”.S’agissant toujours du recrutement détaillé par le rapport de l’AIVD, l’éditorialiste du NRC-Handelsblad estime qu’il est “un symptôme de l’apartheid volontaire pratiqué au sein des communautés allochtones, contre lequel certaines voix se sont élevées depuis une dizaine d’années déjà. Le fait qu’on ne puisse manifestement plus considérer ce processus d’extrême repli sur soi souvent chez des jeunes qui possèdent la nationalité néerlandaise et maîtrisent mieux le néerlandais que l’arabe -comme un incident marginal-, ne laisse rien présager de bon. C’est à juste titre que le gouvernement -d’ailleurs pas pour la première fois- appelle les organisations musulmanes des Pays-Bas à prendre clairement position contre l’extrémisme, dans leur propre milieu. Cette attitude, quoique nécessaire, ne représente pourtant qu’un aspect du problème. L’AIVD signale aussi un manque d’acceptation, sinon un rejet des minorités par la population locale, comme développant le terreau des logiques d’exclusion propices aux agents recruteurs. Il est inévitable, par conséquent, qu’ on soit amené à poser des questions embarrassantes concernant la politique néerlandaise d’intégration. Ces questions concernent, en premier lieu, la jungle de dispositions spéciales à l’usage des minorités, y compris une véritable industrie de l’intégration. On pense au réseau d’organisations et de consultants que ce système génère et entretient”.Le journal néerlandais du soir juge, cependant, “trop simpliste de renoncer à cette politique spécifique des minorités, comme plusieurs responsables politiques l’ont suggéré. Indépendamment de la liberté fondamentale d’association, les organisations musulmanes sont nécessaires pour atteindre les gens avant que les recruteurs ne le fassent”, conclut le NRC-Handelsblad. Le débat est loin d’être clos et traverse, peu ou prou, l’ensemble des pays européens. . Le recyclage des AlgériensMais l’affaire Beghal, comme d’autres enquêtes ayant mené au démantèlement de réseaux islamistes en Europe, liés la plupart du temps à des organisations algériennes en déshérence, aboutit à un constat relativement rassurant, à savoir l’absence de réseaux Ben Laden opérationnels en Europe.Recyclant des guerriers perdus de la cause islamiste algérienne, les “réseaux européens” ne s’enracinent pas dans un terreau extérieur et avec un commandement central afghano-pakistanais ramenant fatalement à Oussama Ben Laden, mais sont suscités par le prosélytisme local de recruteurs et d’agents d’influence, le plus souvent nés et formés en Europe. Certes, les potentialités de recrutement européen (dans les diasporas ou parmi les convertis) débouchent souvent dans des camps de formation militaire situés au Pakistan, en Afghanistan, voire en Tchétchénie, mais ces flux s’effectuent dans la plupart des cas à sens unique, sans générer en retour de sanctuaires durables en Europe. Ces flux à sens unique s’expliquent par des facteurs spécifiquement locaux, comme l’illustre l’exemple néerlandais.Par leurs prêches antioccidentaux et leurs consignes de non-intégration, nombre d’imams attachés à des mosquées d’Europe travaillent méthodiquement et avec assiduité à la diffusion d’une violence symbolique: s’ils prennent garde de ne pas excéder les cadres formels des lois en vigueur, ils visent très clairement, à terme, le passage à l’acte de la part de jeunes en rupture d’emploi ou, plus sérieusement encore, de cadres familiaux et identitaires.En Belgique, cette problématique de la responsabilité des prédicateurs locaux a rebondi avec une acuité particulière le 23 mai 2003, lors de l’ouverture du procès de 23 islamistes dont certains ont participé à l’assassinat du “Lion du Panchir”, Ahmed Shah Massoud, le héros de la résistance afghane qui s’est illustré contre les Soviétiques, puis contre les Talibans. Ce dernier a été tué par deux faux journalistes, deux jours avant les attentats du Il septembre 2001. L’un des deux avait été formé dans une mosquée de Bruxelles.


    La déshérence du GIA

    Les aveux vengeurs de Djamel Beghal provoquent l’ouverture d’une série d’enquêtes dans plusieurs pays européens: France, Belgique, Grande-Bretagne en particulier. Ces enquêtes mettent en cause des réseaux en déshérence, anciennement liés aux GIA algériens, ou des convertis, le plus souvent purs produits de l’islamisme européen. Djamel Beghal livre la totalité de ce qui ressemble à un vrai réseau, à commencer par l’identité du chauffeur de la camionnette, qui devait mourir en déclenchant la charge meurtrière: Nizar Trabelsi. Ce Tunisien de 31 ans, né à Sfax, est un ancien joueur professionnel de football qui, de relégation en relégation, a progressivement basculé dans la toxicomanie et le trafic de stupéfiants. Après avoir vécu d’expédients entre l’Allemagne et la France, il finit par s’établir en Belgique où il découvre la vraie foi et se marie avec une Marocaine arrivant de Corse. Trabelsi se retrouve lui aussi en Afghanistan dans un camp d’entraînement au jihad. C’est en fin de formation qu’il fait la connaissance de Beghal.En perquisitionnant son domicile, la police belge découvre une mitraillette Uzi et différents imprimés expliquant la marche à suivre pour confectionner trois types d’explosifs: peroxyde d’azote, nitroglycérine et nitrate d’ammonium. Dans un restaurant égyptien que fréquente l’ancien footballeur, les policiers font également main basse sur 60 kilos de soufre et 50 kilos d’acétone, ingrédients figurant sur les fiches techniques découvertes à son domicile. Ce sont tous des ingrédients de fabrication d’explosifs.Avant le loi sur le terrorisme, votée en France à la suite des vague d’attentats du GIA en 1995, il fallait attendre que l’attentat soit commis pour qualifier les délits et présenter les auteurs au juge. Depuis, le texte introduit une sorte de délit d’intention quand suffisamment «d’éléments probants» sont réunis, sans attendre l’attentat. Une évolution strictement identique a eu lieu au Maroc: les parlementaires ne voulaient pas d’une loi rendant délictueuse l’intention, jusqu’aux attentats du 16 mai 2003; alors le texte a été voté en quelques jours.Richard Labévière

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