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Feuilleton de L’étéLes coulisses de la terreurHuitième partie: Les affaires de la famille Ben Laden

Par L'Economiste | Edition N°:2084 Le 11/08/2005 | Partager

On dit parfois que Oussama Ben Laden est l’inventeur du «terrorisme coté en bourse» pour décrire le côté moderne de sa propre organisation financière, indépendamment des réseaux de collecte de fonds (examinés dans notre édition d’hier). Sur le plan des affaires, Oussama Ben Laden est (était?) un remarquable financier, si c’est bien lui qui s’occupait directement de sa fortune. On notera que malgré les directives d’embargo, de déclaration… en vigueur depuis 1994, bien des établissements occidentaux ont largement travaillé avec le groupe d’Oussama.Oussama Ben Laden, le plus célèbre des Ben Laden, est l’un des nombreux héritiers de la fortune accumulée par son père, Mohamed Awad Ben Laden, décédé en 1967, fondateur du Saudi Ben Laden Group (SBG), dont le siège est à Jeddah. Entreprise de bâtiments et travaux publics considérée comme le conglomérat le plus puissant du royaume, le SBG détenait le monopole de la construction d’édifices religieux en Arabie saoudite. Il possédait et possède encore des intérêts dans le pétrole, les télécoms, l’électricité et l’électronique. Il représente dans le royaume de grandes marques comme Audi ou Porsche et dispose de nombreuses filiales offshore. Le SBG a bénéficié de contrats pour la réalisation des infrastructures de cadre de vie, attribués par l’Etat saoudien à la suite du boom pétrolier de la fin des années 70. Parmi les grands travaux effectués par le groupe, on peut signaler l’extension des mosquées de La Mecque et de Médine, ou la construction des routes reliant Jeddah à Médine et La Mecque à Taïf.Tout un réseau de sociétésL’héritier direct du patrimoine familial et président actuel du SBG, est le frère aîné d’Oussama, Bakr Ben Laden. De nationalité saoudienne, né le 10 mai 1948 à La Mecque, Bakr est associé au Libanais Souren Sarkissian, qui assume la présidence de plusieurs sociétés du groupe. Pour l’année 2000, le SBG a réalisé un chiffre d’affaires de 2,5 milliards de rials saoudiens, soit environ 5,7 milliards de DH. Ses résultats sont en constante progression et s’expliquent par une habile diversification de ses activités et par ses nombreuses filiales: Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Canada, Chypre, Egypte, France, Allemagne, Italie, Malaisie et Suisse.Le SBG a aujourd’hui des intérêts dans la téléphonie privée, la climatisation, la restauration industrielle, l’ingénierie pétrolière…Malgré les difficultés occasionnées au royaume saoudien par Oussama, le groupe familial continue de voir affluer les commandes de l’Etat saoudien, commandes négociées directement avec l’entourage du roi Fahd, disparu tout récemment. Ces commandes passent sans être avalisées par le ministère des Finances et sont aussitôt payées rubis sur l’ongle. Une pratique si inhabituelle dans le pays qu’elle a fini par défrayer la chronique des milieux d’affaires du Golfe, habitués à des délais de paiement beaucoup plus… tranquilles!Un avocat multicartesC’est en Suisse qu’est basée la partie financière du groupe. La Saudi Investment Company (SICO) est un holding présidé par Yeslam Ben Laden, le frère de Bakr et demi-frère d’Oussama. Né à La Mecque le 19 octobre 1950, le président de la Sico est installé à Genève depuis le début des années 70. Il a été marié à Carmen Dufour, une Suissesse dont la soeur Béatrice siégeait au conseil d’administration de la Sico. Selon la Police fédérale helvétique, la fortune personnelle de Yeslam est évaluée entre 100 et 300 millions de francs suisses (soit 700 millions et 2,1 milliards de DH). La Sico déclare que ses activités concernent «la gestion de fortune et les services en matière de placements et d’investissements». Le conseil d’administration de la société se composait, en 2003, de Charles Rochat (vice-président), El Hanafi Tilouine (également impliqué dans la gestion de la Russel Wood Limited, alliée à la puissante Saudi Investment Co) et l’avocat d’affaires Baudoin Dunand, qui travaille aussi pour l’important groupe libanais William Kazan. Spécialiste des activités financières offshore, cet avocat a créé pour la Sico plusieurs dizaines de sociétés offshore installées notamment aux Bahamas, à Curaçao, dans les îles Vierges et les îles Caïmans. Il siège au sein de plusieurs conseils d’administration de sociétés suisses, notamment la Fitex SA domiciliée à Genève et dirigée par la famille libyenne El Fitouri -société notoirement connue comme couverture des services spéciaux libyens en Europe dans les années 80!Yeslam Ben Laden est également président d’Avcon Business Jet Geneva SA, une société spécialisée dans le transport aérien. Il est gérant de la SCI «Les Rippes», sise à Grilly Divonne-les-Bains. On le rencontre aussi comme l’un des conseillers du prince saoudien Mishaal Ben Abdelaziz al-Saoud. Ce prince avait défrayé la chronique internationale dans les années 90 pour avoir fait enfermer un homme d’affaires français avec qui il était en litige! Frère du roi Fadh, le Prince Misshaal était promis à une brillante carrière -ministre de la Défense, puis gouverneur de La Mecque- mais a été écarté par la famille pour des raisons inconnues. Estimée à quelque 300 millions de dollars (2,5 milliards de DH), la part personnelle d’héritage d’Oussama serait, selon les autorités saoudiennes, bloquée sur un compte. En réalité, selon différentes sources bancaires autorisées, cette somme aurait été débloquée dès septembre 1994, l’année où Oussama a été -officiellement- déchu de sa nationalité saoudienne. Le compte a été libéré pour la famille, avant de lui être rétrocédé par son frère aîné Bakr Ben Laden.A partir de cette fortune, Oussama a remonté un réseau de sociétés, notamment à partir du Soudan, jusqu’à ce que Tourabi, le leadeur intégriste soudanais, se débarrasse de ce compagnon envahissant.Oussama bénéficie également d’une aide financière substantielle, mais difficilement quantifiable, de particuliers installés dans la plupart des Etats du Golfe, qui jouent depuis longtemps un rôle trouble dans le soutien de la mouvance et de ses objectifs. Le milliardaire peut aussi s’appuyer sur plusieurs associations et organisations non gouvernementales (Islamic relief Organisation; Lajnat Al Dawah Al islamyia; Al Rashid Trust). Une autre de ses sources de revenus provient des trafics de drogue organisés au Yémen (qat) et en Afghanistan (opium et héroïne).Dans ce dernier pays, où le trafic de drogue est redevenu l’une des principales activités économiques, Ben Laden est associé au narcotrafiquant afghan Hâdji Abdul Bari, qui gérerait une partie de sa fortune.


Disputes familiales

A l’intérieur de la grande famille saoudienne des Ben Laden, les relations ne sont pas toujours harmonieuses. Dernièrement, Elham Ben Laden, une demi-soeur d’Oussama, s’est mise à multiplier démarches et procédures judiciaires contre plusieurs membres de la famille, pour faire reconnaître ses droits sur l’héritage de son père, décédé alors qu’elle était encore mineure. Elle cherche ainsi à faire établir l’inventaire chiffré des parts qu’elle possède dans les actifs financiers du Saudi Ben Laden Group, ainsi que dans les biens immobiliers qui composaient cette succession. Mais en Suisse, en France et au Liban, ses avocats se heurtent à l’omerta bancaire.En 1994, au moment où Oussama a été déchu de sa nationalité saoudienne, la quasi-totalité de sa famille (une cinquantaine de frères et sœurs, demi-frères et demi-soeurs) affirme ne plus entretenir de relations avec lui. Néanmoins, des écoutes téléphoniques de services de renseignement arabes et occidentaux font état, après le 11septembre 2001, de conversations téléphoniques avec sa mère. D’origine syrienne, celle- ci vit actuellement entre Beyrouth et Damas, sous la protection des services secrets de l’armée syrienne. Une “note blanche” d’un service égyptien de sécurité, un extrait des Dollars de la terreur, paru en janvier 1999, précise: “Bien que déchu de sa nationalité, Ben Laden n’en continue pas moins de rencontrer régulièrement le tout-puissant prince Turki» qui était alors chef des services secrets saoudiens, poste dont il a été limogé pour se reconvertir en ambassadeur en Grande-Bretagne, puis bientôt en ambassadeur aux Etats-Unis, l’établissement diplomatique le plus important pour les Saoudiens.


Un résident embarrassant…

LA Suisse n’est pas très regardante sur ses résidents pourvu qu’ils aient le carnet de chèque facile… mais avec la famille Ben Laden, aussi grande soit la générosité, c’est compliqué de lui être agréable. Multipliant les dons et les activités de mécénat pour s’acheter une réputation, Yeslam Ben Laden avait versé 80.000 francs suisses en décembre 2000, pour la création du “Radeau des communautés”, destiné à l’exposition nationale suisse “02”. Cette création était censée représenter «l’intégration des étrangers en Europe». L’inauguration a été annulée à cause du don de Ben Laden. Yeslam a aussi demandé la nationalité suisse. Dans un premier temps, elle fut refusée par les autorités helvétiques. Mais sa demande de naturalisation suisse a finalement été votée par le Grand Conseil genevois (Parlement cantonal) au printemps 2001.


Banques soudanaises pleines… d’intérêts

Avec la Somalie sa voisine, le Soudan fait partie des cinq pays les plus pauvres du monde. Il est de plus ravagé par des incessantes guerres civiles. Mais ses établissements bancaires ne manquent pas d’intérêts… dans les divers sens du mot. A Khartoum, Oussama Ben Laden a monté, en joint-venture avec le régime soudanais, la banque Al-Shamal. Il y a investi 50 millions de dollars. Al-Shamal Islamic Bank est détenue par la Tadamon Bank (Soudan), son actionnaire de référence. Le ministère des Affaires sociales des Emirats arabes unis détient une participation minoritaire dans la Tadamon. La Faysal Islamic Bank -dirigée par le prince Mohammad Fayçal al-Saoud, fils du roi Saoud, cousin germain du roi Fahd et directeur de la Dar al-Mal al-Islami (DMI)-, le gouvernement du Koweït (10%) et le gouvernement de Dubaï (10%) ont tous des liens de partenariat avec la Tadamon.Selon le journal Le Monde, la Faysal Islamic Bank est une filiale de la société Islamic Investment Company of the Gulf (Bahreïn), dont le holding est la Dar al-Mal al-Islami, considérée comme l’un des principaux agents du financement saoudien de l’islamisme international. Présente sur l’ensemble du territoire soudanais à travers 21 établissements, la Tadamon y dispose de plusieurs filiales, notamment dans les secteurs agricole, industriel et immobilier. Elle aurait des relations financières importantes avec nombre d’institutions occidentales. Al-Shamal Bank compte dans son réseau de correspondants occidentaux le Crédit Lyonnais-Genève. La banque islamiste entretient également des relations avec la Saudi Hollandi Bank, détenue à 40% par la banque hollandaise ABN Amro. A l’époque de la création d’Al-Shamal Bank, plusieurs institutions saoudiennes et émiratiennes y avaient pris des parts, comme la Dubai Islamic Bank, et la DMI.Richard Labévière

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