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Culture

Enfants des rues : D’abord leur apprendre l’autonomie

Par L'Economiste | Edition N°:2089 Le 18/08/2005 | Partager

. L’objectif: Réinsérer enfants et adolescents des rues . Une méthode fondée sur la reconstruction de soi. Motivation des responsables pédagogiques, même pendant l’été. Rachid est un bambin de trois ans et demi. Retrouvé seul dans la rue et signalé à la police, il est aujourd’hui le plus jeune pensionnaire du foyer de l’association Bayti. Abdou, éducateur au centre, travaille à son éveil devant un jeu de construction. Le petit souffre d’un retard de langage et communique très difficilement, mais l’éducateur ne baisse pas les bras. Au contraire, il est particulièrement soucieux de mettre en valeur ses progrès.“Bravo, le félicite-t-il, tu as réussi à construire cette maison comme je te l’ai demandé!”, puis, posément, il se retourne et explique: “Construire, voilà ce qui est primordial et qu’il faut absolument mettre en avant avec ces gosses…”Créée il y a dix ans, l’association Bayti met au service des enfants des rues un savoir théorique et une pratique de terrain confirmés. Ici, rien n’est laissé au hasard pour gagner la confiance de jeunes en perte de repères. “ Droit à l’aide non à l’assistance, à l’affection non à la pitié, à la vie non à la survie ”, tel est le mot d’ordre de l’association, qui décrit relativement bien sa philosophie.Approche forgée avec l’expérience, notamment lorsque les responsables ont été confrontés aux fugues fréquentes des pensionnaires du foyer. “ Le b.a.-ba de l’éducateur, explique Abdou, est de comprendre que la rue revêt nombre d’aspects attrayants pour le gamin en désagrégation familiale ou en échec scolaire, entre autres le gain d’argent, le plaisir de l’errance et la solidarité. Lorsque ces services apparaissent à un individu plus intéressants que ceux dont il peut bénéficier dans le système traditionnel, il s’accoutume à la rue”. Une fois cet “acte de transformation” accompli, il est très difficile pour un jeune de se réinsérer dans la société où le respect de règles de vie et la confrontation au regard des autres s’érigent en véritables problèmes. D’où la nécessité d’un travail de fond et de longue haleine sur les enfants et adolescents pris en charge. L’équipe de Bayti est répartie en groupes d’éducateurs dans plusieurs secteurs de Casablanca. Leur première mission consiste à repérer les derniers arrivants, et à prendre contact avec eux. Si les jeunes acceptent l’aide proposée, ils bénéficient de rendez-vous personnels réguliers avec les éducateurs et des activités collectives organisées par l’association dans les domaines sportif et artistique (théâtre, peinture) plusieurs fois par semaine. Bayti met également à leur service une assistante sociale chargée de favoriser leur réinsertion familialeSi les jeunes ne peuvent rentrer chez leurs parents, et qu’ils désirent reprendre leurs études, ou poursuivre une formation professionnelle, ils ont la possibilité d’accéder au foyer. Ils doivent alors défendre leur “projet de vie” devant une commission composée d’éducateurs, qui statue sur leur admission. “Ce “filtrage” est un moyen de ne pas faire de notre foyer un ghetto social dans lequel viendraient s’entasser des jeunes sans perspective d’avenir qui n’ont pas d’autre endroit où aller. Nous gardons les pensionnaires tant que cela est nécessaire, mais toujours avec un objectif : celui de leur faire recouvrer leur dignité et retrouver une place dans la société”.Un véritable parcours du combattant pour les jeunes vagabonds des rues de Casablanca, accoutumés à la prostitution, aux larcins et à l’exclusion, ou pour les petites bonnes qui n’ont jamais envisagé la vie que sous l’angle des rapports de force. C’est là que la compétence et l’implication personnelle des éducateurs deviennent des atouts primordiaux. Pendant la période d’hébergement, les jeunes sont dispersés par petits groupes dans des appartements de la ville, encadrés par des responsables pédagogiques, et se réunissent une fois par semaine au foyer principal, à Bernoussi, pour faire le bilan de leurs activités et de leur progression personnelle.L’été, période où les jeunes ne suivent pas de formation scolaire ou professionnelle, est également mis à profit grâce à l’implication des éducateurs. “ Les pensionnaires qui le peuvent retournent dans leurs familles pendant les vacances. Ceux qui restent sont par conséquent les adolescents qui n’ont aucune autre attache. Notre devoir est de rendre ces deux semaines les plus épanouissantes que possible, affirme Abdou”. Colonies à Ifrane, journées à la plage, jeux collectifs, séances de réflexion le vendredi, tous les moyens sont mis en œuvre à cet effet. Cet après-midi, Abdou devait également déposer trois pensionnaires et un éducateur à l’aéroport Mohammed V, en vue d’une rencontre entre jeunes organisée à Paris par le Secours Populaire. “Notre conception particulière de la réinsertion et son application au service des pensionnaires constituent une sorte de valeur ajoutée pour l’association, tient à souligner le responsable. Elles permettent le succès de nos efforts communs, mais aussi de mobiliser les donateurs pour la survie et le développement de Bayti”. Il est aussi frappant de constater que l’Etat, qui avait jusque-là mené une politique de quasi-répression contre les enfants des rues, notamment à travers les fameux “ camps de redressement ”, véritables viviers de la délinquance juvénile, infléchit quelque peu ses orientations sous l’influence des ONG. Le ministère de l’Education, par exemple, multiplie, aux dires des éducateurs, ses contacts avec Bayti, en vue d’importer dans ses propres services certaines des méthodes de travail de l’association. Avec un taux de chômage de 37,1% chez les jeunes, un système scolaire déficient et un exode rural massif, il semble en effet urgent de prendre une fois pour toutes ce problème en main.Amel HAFIDJournaliste stagiaire

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