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Développement et démocratie: «Il faut des groupes de presse»Entretien avec Michel Muller, Syndicat français du livre

Par L'Economiste | Edition N°:2084 Le 11/08/2005 | Partager

. Le syndicat CGT, longtemps opposé à la modernisation, y est aujourd’hui très favorable . La presse gratuite bouleversera le paysage médiatique Michel Muller était le rapporteur du groupe de travail du Conseil économique et social français pour réaliser un rapport sur “Garantir le pluralisme et l’indépendance de la presse écrite pour assurer son avenir”. Montée en puissance des journaux gratuits, concurrence des nouveaux médias, création de groupes, positionnement de la ligne éditoriale, initiative rédactionnelle… Muller passe au crible, dans un entretien exclusif avec L’Economiste, les maux de la presse écrite française… qui a tant de ressemblances avec la presse marocaine et celle de n’importe quel pays. Ses analyses sont iconoclastes, d’autant plus que la Fédération du livre s’était durant de longues années, opposée à la modernisation: “Tout le monde peut se tromper”, explique le syndicaliste, dont le niveau a de quoi faire rêver les syndicalistes et les politiciens marocains.. L’Economiste: La presse quotidienne française est actuellement en déclin: le tirage a été divisé par cinq. Pourquoi?- Michel Muller: C’est vrai, elle est en crise depuis de nombreuses années. Les pertes de lectorat viennent, à mon avis, des problèmes de positionnement, de ligne éditoriale et d’initiative rédactionnelle. De plus, les difficultés financières poussent les quotidiens entre les mains de fonds de financement qui n’ont pas la même logique. Ils pensent à restructurer pour apporter de la valeur ajoutée et revendre le plus vite possible. Par conséquent, ils n’ont pas une vision éditoriale ou une vision de la mission de la presse.. A notre grand étonnement, votre rapport au CES demande que les groupes français se constituent, ce n’était pas l’idée de la CGT…- Tout le monde peut se tromper, l’essentiel, c’est de ne pas s’obstiner. Oui, la France, et sans doute d’autres pays aussi, a besoin de groupes de presse. Nous n’en avons qu’un de solide, ce n’est pas suffisant, alors qu’il y en a plusieurs dans d’autres pays européens.. Ne pensez-vous pas que la presse gratuite grignote des parts de marché aux quotidiens payants?- Le concept des journaux gratuits bouleversera certes le paysage médiatique dans tous les pays développés. Reste que pour l’instant, ce phénomène ne date que de 2002, et ce laps de temps est insuffisant pour réaliser une étude scientifique sérieuse et savoir si, oui ou non, les gratuits prennent des lecteurs aux quotidiens classiques. Les gratuits avancent qu’ils ont gagné un lectorat jeune mais qui ne lit pas habituellement un quotidien payant. C’est peut-être vrai, maintenant reste à savoir si ces jeunes nouveaux lecteurs resteront avec les gratuits, qui sont un peu décevants sur le plan de l’information, ou bien s’ils iront vers des lectures plus consistantes. La lecture d’un journal dépend de plusieurs critères tels que la culture, le pouvoir d’achat et l’apprentissage qu’on en fait quand on est jeune. Si à 20 ans, on ne lit pas un journal, il y a des risques qu’on n’en lise jamais! Il faudrait analyser ce phénomène de gratuits, pays par pays. Ce qui est sûr, c’est que les journaux gratuits n’ont pas pris aux payants un lectorat massif, sauf peut-être en Amérique latine. En France, les journaux gratuits sont de plus en plus présents, mais ils ne sont pas perçus comme la principale cause de perte de lectorat. Que ce soit Le Monde ou Libération, les grands quotidiens n’ont pas constaté une grande migration de leur lectorat vers les gratuits. . Est-ce que la presse payante subit également des pertes en publicité? Si oui, quel rôle jouent les gratuits? - Non, les éditeurs sont redevenus tranquilles sur cette question. Même si la tendance actuelle mondiale est la stagnation, voire la baisse du chiffre d’affaires global ede la publicité dans la presse, il semblerait que les quotidiens gratuits n’en constituent pas la principale raison, puisqu’ils n’en ont pas capté, du moins pour l’instant, une partie significative. Pour preuve, leur non-rentabilité. Selon les statistiques, les supports gratuits ne pourront assurer leur rentabilité qu’en 2007-2008. . Est-ce que la pub des payants est la même que celle des gratuits?- Bonne question! Non, ce n’est pas la même. Les publicitaires font la distinction, le plus souvent, pas toujours, entre diffusion gratuite et diffusion payante. Par exemple, environ le tiers de la diffusion du Figaro est une diffusion gratuite, cela change la nature de l’espace ainsi offert.. Que faire pour lutter contre le déclin?- J’estime qu’il faut coordonner afin de mieux réguler le secteur de la presse. D’un côté, cette dernière doit reconquérir son lectorat par des contenus plus fiables et de nouveaux titres. Le tout en améliorant la formation des journalistes. De l’autre, l’Etat doit soutenir la presse écrite par des mesures de solidarité et en réorganisant la distribution. L’Etat ne doit surtout pas se contenir dans des lois limitant les parts de marché des grands groupes à tel ou tel pourcentage. Le gouvernement français en a déjà fait l’expérience en 1984 sans résultat probant. L’aide de l’Etat devrait permettre d’encourager la création de titres par la mise en place d’une société d’investissement, à l’image de ce qui a permis le renouveau du cinéma.


Former et encore former pour pouvoir innover

DANS le rapport du CES, une bonne vingtaine de pages, tout au long de l’ouvrage, soulignent et détaillent le besoin de formation des journalistes et de leur encadrement. Michel Muller y revient aussi constamment dans la conversation. Il s’agit des formations de base certes, mais aussi des formations qui entraînent l’innovation: pour la créer, pour l’accepter et pour la mettre en oeuvre.Pour lui, pas de doute, une partie de la crise vient du manque d’innovation. Il n’hésite pas à citer le diable en personne, c’est-à-dire le gratuit Metro, qui a pensé à faire un quotidien grand public (people et gossip: les stars dans leur version la plus populaire et les ragots de trottoirs) et entièrement en anglais, à l’occasion du Festival de Cannes. Pendant ce temps, les autres journaux ne pensaient qu’à faire des suppléments de haut niveau, raconte Muller. Cela faisait sans doute plaisir au rédacteur en chef… mais cela n’augmente pas le lectorat. “Il faut savoir reconnaître une vraie innovation quand elle se présente et avoir le courage de la mettre en œuvre” et pour cela, rien ne vaut des formations.


Le blog du GI’s et celui de M. Ho

VERS la fin des années 90, Internet a troublé et effrayé les patrons de presse. Le secteur avait survécu à la radio, puis à la télévision et voilà qu’un nouveau média, rapide, pas cher et ludique arrivait, prêt, disait-on, à écraser le vieux journal en papier.“Pas cher, c’est vite dit”, coupe Michel Muller, et le syndicaliste, toujours prompt à prendre la défense de ses ouailles, fait le compte de ce que coûte l’ordinateur, l’accès… “Je ne suis pas sûr que des journaux soient moins coûteux que ça”. Il n’en reste pas moins qu’Internet a effrayé. “Une meilleure organisation ferait du Net un bon allié de la presse quotidienne”, constate Muller, qui cite les multiples sites des journaux. Le papier n’a pas disparu sous les coups d’Internet.Deuxième frayeur des éditeurs: les blogs. Ce sont des sites développés par une personne ou un groupe, qui mettent leur information en ligne. “J’ai découvert et suivi quotidiennement les faits et gestes d’un GI’s en Irak, qui disait tout ce qu’il voyait et faisait sur son blog”, raconte Muller. “C’était de l’information, à la source, en direct presque, mais était-ce pour autant de la bonne information?” demande-t-il, faisant lui-même la réponse: “Non, nous avons besoin de la médiation des professionnels”.En Corée, pays suréquipé en matière de télécoms et de matériel high-tech, un blog a eu un succès foudroyant “www.ohmynews.com”, créé par un certain M. Ho: plus de 3 millions d’abonnés. C’était le modèle économique parfait: beaucoup de recettes en cash et presque pas de coûts puisque les gens eux-mêmes approvisionnaient cette minichaîne de télévision avec ce qu’ils filmaient dans la rue. Le moment était primordial: une crise politique qui voulait renverser un président populaire et populiste. Cependant, une fois la crise passée, “ohmynews” est redevenu anecdotique, mais avec un million d’abonnés, ce qui n’est pas grand-chose en Corée, a dit Ho, lors de sa conférence à Davos en janvier dernier. Un million quand même, diraient bien des éditeurs ou des producteurs de chaîne payantes de ce côté-ci de la planète!Propos recueillispar Naoufal BELGHAZI

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