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De l’utilité de l’Otan
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:2752 Le 09/04/2008 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», (Editions Complexe, 2004)Voulue par les Européens au lendemain de la guerre, l’Otan n’est plus utile. A l’époque, le vieux continent, ruiné, meurtri, exsangue, entend tout sacrifier à la paix. Il redoute une menace venue de l’Est et le retour des combats. Mais l’Europe est faible, misérable, peu sûre d’elle-même; ses Etats, sempiternellement opposés les uns aux autres, ne se font nullement confiance; elle supplie les Américains de rester. Une simple alliance des démocraties occidentales ne suffit pas. Les Européens ont besoin des Etats-Unis chez eux pour mieux prémunir l’antique continent des drames qui semblent pointer à l’horizon; ils ne veulent plus attendre trois longues années, comme ce fut le cas en 1917 ou 1942, pour que l’Amérique vienne les secourir. Comme des enfants effrayés par la nuit réclament pour s’endormir la présence à leur chevet d’une mère attentive, les Européens de l’Ouest entendent voir les armées d’outre-atlantique tenir de larges créneaux le long du Rideau de fer. Créée en 1949, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord complète l’Alliance atlantique, accord diplomatique non contraignant qui laisse aux Etats le choix théorique entre la paix et la guerre. A cette organisation militaire intégrée et permanente, l’Amérique apporte ses hommes, ses armes, jusqu’à ses nomenclatures. Ses chefs militaires assureront le commandement. Evidemment, la responsabilité des Etats membres en sera amoindrie et leur souveraineté amputée d’un attribut essentiel, la défense nationale. L’Europe devient un protectorat. Pour être défendus contre un adversaire extérieur, les Etats sont subordonnés à la puissance protectrice. De 1949 à 1990, l’Amérique a protégé l’Europe. Bien à l’abri du bouclier «Otan», les Européens ont pu, quarante années durant, reconstituer leur puissance économique et porter leur prospérité au niveau d’aujourd’hui. Leur gratitude n’est pas feinte. Merci l’Amérique! Cette époque est révolue. 20 ans après la disparition de l’URSS, l’Europe n’est plus menacée, le bouclier est sans objet. Son existence nuit à l’émergence d’une défense européenne. Inutile, militairement peu efficace, l’Otan génère de surcroît des tensions qui ne sont pas nécessaires. Que l’Otan soit inutile crève les yeux. L’Europe et l’espace nord-atlantique sont en paix, personne ne les menace. Il a fallu trouver à l’Otan d’autres terrains où ses planificateurs puissent exercer leurs talents. Grâce à Ben Laden, l’Organisation a pris sa part d’une hypothétique guerre contre le terrorisme à laquelle ses armées sont tout sauf adaptées. D’où la participation mesurée à l’affaire afghane des Etats membres. Ceux-ci voient mal pourquoi ils feraient mieux que les Anglais au XIXe siècle ou que les Soviétiques au XXe. Il est vrai que 22.000 personnels et des commandements à foison devraient suffire pour planifier des opérations d’Afghanistan menées par 48.000 hommes(1). Hélas, planifier ne suffit pas. L’efficacité impose d’agir. En la matière, l’Otan connaît des ratés. Certes, en bombardant la Serbie du 24 mars au 15 juin 1999, l’Organisation contraint Belgrade à ne plus maltraiter ses citoyens du Kosovo. Cependant, Alliance oblige, son chef, le général Clark, doit chaque soir obtenir le feu vert de certains gouvernements pour bombarder tel ou tel objectif. Le moyen de faire la guerre dans ces conditions! Aussi, instruits par l’expérience, les Etats-Unis, quand ils décident d’envahir l’Irak, se gardent d’employer l’Otan, cette coalition devenue, faute d’ennemi, inapte à la guerre.. Une ONU américaineDès 1999, l’Otan s’accroît de nouveaux membres venus du Pacte de Varsovie. Certains Etats, Allemagne, France, Espagne,… s’irritent de cette volonté américaine d’agrandir sans cesse le domaine. Les 12 membres de 1949 sont 16 en 1991, 19 huit ans plus tard, aujourd’hui 26, bientôt 28, avec l’Albanie et la Croatie. Nul besoin, en tout cas, d’agacer Moscou en conviant l’Ukraine et la Géorgie à s’asseoir à la table atlantique. La Russie s’irrite de telles prétentions. On peut le comprendre! Pour la Russie, les invasions viennent de l’ouest. Le Kremlin, sans cesse, cherche à s’en prémunir. Tout encerclement l’obsède. Du côté occidental, les Européens du centre ont l’ardeur des nouveaux convertis; soumis longtemps à la dure tutelle soviétique, voyant toujours midi à leur porte, ils craignent que le refus émis à Bucarest d’admettre sans délai dans l’Otan Kiev et Tbilissi(2), soit pour le Kremlin un signe de faiblesse. Comme si l’extension de l’Otan était un remède aux maux de la planète, comme si Washington rêvait d’une ONU américaine, dont elle assurerait tout à la fois la présidence, le secrétariat général, la direction du comité des chefs d’état-major, le commandement suprême de son armée, et dont la stratégie serait définie sous sa haute direction! Le bouclier antimissile est d’une eau semblable. La menace n’existe pas encore si elle se concrétise jamais. Certes, il vaut mieux y songer avant qu’elle voie le jour. Pour autant, faut-il installer radars et missiles aux marches de la sainte Russie, sans souci de ses hypocrites cris d’orfraie? Pourquoi ne pas attendre pour armer les sites que le risque soit avéré, comme le propose M. Poutine. Celui-ci, à Sotchi, le 6 avril 2008, a vaguement accepté l’idée d’un système antimissile tripartite, USA, Russie, Europe. Soucieux de se montrer mesuré, le même Poutine souhaite aider l’Otan, en autorisant le transport de ses troupes et de ses matériels à travers le territoire russe. Il s’engagerait peut-être aussi à ne pas reconnaître les enclaves sécessionnistes de Géorgie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. S’agissant du Kosovo, la colère du Kremlin paraît s’apaiser. La Russie veut reprendre sa place sur l’échiquier planétaire, et tenter de régler, de conserve avec les Etats-Unis et l’Europe, les problèmes stratégiques d’un monde débarrassé de toute idéologie conquérante. Pourquoi pas? Tout vaut mieux que d’humilier l’ours russe. Au lieu de redonner à l’Otan un peu de vigueur en voulant réintégrer toutes ses structures, la France devrait prôner sa dissolution. Supprimer cette organisation militaire, comme fut dissout le Pacte de Varsovie, améliorerait les rapports internationaux en rassurant Moscou. Contrainte de s’organiser sans la présence tutélaire de l’Amérique, l’Europe et sa défense s’en verraient fortifiées. Cette dissolution serait d’ailleurs assez simple. Hormis trois avions Awacs et quelques oléoducs désormais sans objet(3), l’Otan ne possède rien, hormis ses plans, ses dossiers, ses réflexions. Les bureaux sont loués, personnels et formations sont détachés par les Etats membres. Au coup de sifflet, chacun rentrerait chez soi. A charge pour l’Alliance atlantique d’inviter ses membres, tous juridiquement égaux, Union européenne, Etats-Unis d’Amérique, Canada, Turquie, Norvège, et les autres, à voler au secours du premier d’entre eux qui serait assailli par un tiers. -------------------------------------------------------(1) A l’ONU, 250 cadres, en nombre notoirement insuffisant, gèrent 80.000 Casques bleus. (2) Capitales respectives de l’Ukraine et de la Géorgie.(3) Les oléoducs de l’Otan, dont l’un commence à La Rochelle, l’autre à Anvers, étaient conçus pour alimenter ses armées en carburant venu d’Amérique du Nord…


47.300 hommes en Afghanistan

L’Otan a été fondée à Washington, le 4 mars 1949. Selon l’article 5 du traité: «Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles sera considérée comme une attaque contre toute ses parties».Outre les Etats-Unis, elle comprend la Belgique, le Canada, le Danemark, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et le Portugal. En 1952, elle s’étend à la Grèce et à la Turquie, en 1955 à la République fédérale allemande, en 1982 à l’Espagne. Bien que restant membre de l’Alliance, la France quitte l’Otan en 1966 dont le siège est transféré de Paris à Bruxelles. La Grèce s’en retire un temps en août 1974, quand la Turquie envahit Chypre (avril 1974). En 1999, les 16 accueillent trois anciens du Pacte de Varsovie, Pologne, Hongrie, République tchèque. En 2004, rejoignent Etats baltes, Slovaquie, Slovénie, Roumanie, Bulgarie, en 2008, Croatie et Albanie. Total: 28! Au 1er avril 2008, l’Otan gérait 47.300 hommes en Afghanistan, 16.300 en Bosnie, 684 en Méditerranée, 165 en Irak, 57 en Bosnie, 13 en Macédoine, 13 en Albanie…«Que l’Otan soit inutile crève les yeux. L’Europe et l’espace nord-atlantique sont en paix, personne ne les menace. Il a fallu trouver à l’Otan d’autres terrains où ses planificateurs puissent exercer leurs talents«

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