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Cette Amérique qui vote, un voyage avec Guy Sorman
Etape IV: Il y a un avant et un après «9.11» Etape IV: Il y a un avant et un après «9.11»

Par L'Economiste | Edition N°:1881 Le 22/10/2004 | Partager

Il est difficile, dit Guy Sorman, d’imaginer ce qu’a été le 11 septembre 2001 pour les Américains. Sorman est notre guide (à travers un choix de bonnes feuilles de son dernier livre) dans cette société qu’il connaît bien, et qui s’apprête à choisir son président pour 4 ans. On connaît les conséquences extérieures du” 9.11”. On connaît moins les conséquence intérieures dans la vie de tous les jours. Le “9.11” (nine eleven), ainsi qu’on le nomme aux Etats-Unis, la date des attentats coïncidant curieusement avec le numéro d’appel d’urgence, est trop proche encore, trop inexplicable pour susciter dans la nation une réponse unanime. Nul ne doute de son importance historique, mais la nation se partage en deux camps: ceux qui y voient un acte isolé et ceux qui y devinent le commencement d’une troisième guerre mondiale. . Une sérieSi c’est de simples attentats qu’il s’agit, il appartient à la police, au FBI, de traquer les terroristes; si c’est la guerre, l’armée américaine doit répondre par la guerre, comme en Afghanistan et en Irak. Comme l’idéologie s’en mêle, les libéraux penchent pour l’opération de police, et les conservateurs, pour la guerre. La thèse de l’acte isolé ne résiste cependant pas à un examen historique: le “9.11” s’inscrit bel et bien dans une série continue d’attaques terroristes contre les Américains qui a commencé en 1983 à Beyrouth, s’est poursuivie au Kenya et en Tanzanie en 1998, au Yémen en 2000 et déjà contre le World Trade Center en 1993. (…)Le “9.11” reste un événement que les non-Américains ne parviennent pas à comprendre comme les Américains. Un choc pareil, une telle douleur, tant de peur immédiate et prolongée, ne se partagent pas. Les Européens analysent le “9.11”, ils ne le ressentent pas. Cette distance inévitable ne leur permet pas de comprendre les réactions américaines à l’événement, qui leur paraissent souvent disproportionnées. Mais à quoi devraient-elles être proportionnées? Si l’on vit à New York, le regard bute sur l’absence des Tours, le vide visible; tout visiteur qui arrive par avion cherche ce vide par le hublot. Le monument commémoratif qui a été retenu, après deux ans de délibérations, sera d’ailleurs un vide, deux espaces en creux épousant l’empreinte des tours, ne signifiant rien d’autre que le manque. Qu’un avion frôle Manhattan de trop près et des millions de regards s’élèvent, l’inquiétude gagne. Dans cette ville où l’on circulait sans papiers, il n’est plus possible d’entrer dans un immeuble de bureaux sans carte d’identité ; des policiers en armes patrouillent, des chiens vous épient, des hélicoptères vous survolent, des caméras vous filment, des sirènes hurlent. Cela, qui est connu en Europe, ne le fut jamais aux Etats-Unis. L’anxiété est telle que les Américains sont à peu près tous disposés à renoncer à une part de leur liberté individuelle en échange d’un peu plus de sécurité. Rares sont les intellectuels libertaires à dénoncer l’intrusion de la police dans la vie quotidienne, la mise en fiches de toute la nation ; il s’en trouve quelques-uns pour s’inquiéter d’une menace fasciste, mais ceux-là vivent plus souvent en Californie ou dans l’Oregon que sur la côte Est. . La référence de Pearl HarbourUn ex-leader gauchiste des années 1960, Todd Gitlin, longtemps à la tête de tous les combats contre la police, s’en accommode depuis qu’il a vu les tours en feu. “Nous sommes surveillés, convient-il, mais nous avons conservé notre liberté d’expression, y compris pour dénoncer la surveillance”. Donc, les Etats-Unis ne seraient pas retournés au maccarthysme des années 1950, quand l’expression d’une sympathie communiste était bannie ou conduisait à la perte de son emploi.Le 11 septembre a-t-il tout changé, comme on l’entend dire localement, ou n’a-t-il rien changé, comme on l’entend aussi? Les attentats n’ont pas fondamentalement modifié la civilisation américaine : quelques jours après l’attentat, le président George W. Bush invitait la nation à “ résister au terrorisme en allant au base-ball, en voyageant et en chantant”. La poursuite du bonheur ne devait donc pas être interrompue par ses ennemis. Mais, en 1942, Franklin Roosevelt, cinq semaines après Pearl Harbor, mentionnant lui aussi la “poursuite du bonheur” (quatorze fois) dans un discours à la nation, s’engageait à ce que la saison de base-ball respecte son calendrier habituel. La société américaine était et reste surtout centrée sur elle-même, trop occupée à se fondre en une nation unique pour s’intéresser à des cultures lointaines. Il ne se vend pas plus de livres sur l’islam, il ne se diffuse pas plus de films importés qu’avant les attentats; les étudiants ne se précipitent pas plus vers les enseignements de langues étrangères. Dans la troisième année qui suit les attentats, on ne peut pas déceler un nouveau courant, pas plus en musique que dans les arts plastiques ou le cinéma; dans l’ensemble, les Américains, comme avant, s’intéressent à leur moi intérieur plus qu’au reste du monde.Dans l’application de la sécurité renforcée, la thèse de la continuité plus que de la rupture peut aussi se plaider. La surveillance généralisée du territoire et des étrangers étaient bien engagée depuis quelques années. Un premier attentat avait eu lieu contre le World Trade Center en 1993, le second n’aurait fait qu’accélérer la “sécurisation” des Etats-Unis. L’Etat américain est, à l’intérieur, plus faible que n’importe lequel de ses homologues européens. Il dispose de moins d’emprise sur la société civile, la guerre contre le terrorisme lui confère donc du pouvoir avec toutes les apparences de la légitimité et une caution morale. En Europe, les citoyens sont contrôlés et choyés par un Etat providence la jouissant d’une autorité sociale et économique. Aux Etats-Unis, ils sont surveillés par un Etat de sécurité publique, depuis le 11 septembre 2001. On ne sait encore s’il n’accumulera pas les défaites.


Un trouble de l’esprit et responsabilité

La théorie du complot étant un trouble de l’esprit qui ne connaît pas de frontière, il se trouve, aux Etats-Unis comme en Europe, des adeptes de cette théorie pour imaginer que la CIA s’est associée aux services secrets israéliens pour détruire le World Trade Center, faire la guerre au monde entier et supprimer les libertés aux Etats-Unis. Il n’existe pas, dans ce registre, une seule sottise entendue hors des Etats-Unis qui n’y ait été au préalable proférée. De même qu’il n’existe pas hors des Etats-Unis de variétés d’antiaméricanisme qui ne soient aussi hallucinogènes que les espèces cultivées localement. (Dans le tableau des intellectuels américains….) seuls quelques penseurs hérétiques, comme le linguiste Noam Chomsky, envisagent que les Américains seraient moralement coupables d’avoir déchaîné contre eux la colère des damnés de la terre. Dans les arts plastiques, si juste reflet de la société américaine et de sa critique, on chercherait en vain les nouveaux artistes qui auraient été ébranlés par le 11 septembre. Les musées d’art contemporain mettent en valeur tous ceux qui expriment des humeurs plus sombres, ou s’intéressent au dialogue des civilisations. Mais les créateurs que l’on pourrait qualifier de post-11 septembre sont rares, et ce sont le plus souvent des jeunes artistes immigrés, tout juste arrivés à New York.


Le grand retour de l’interventionnisme

S'il est vrai que les interventions préventives en Afghanistan et en Irak ont revêtu une ampleur inédite, ce n’est pas la première fois que l’armée américaine s’engage, avec ou sans autorisation de l’ONU, pour remplacer un régime politique par un autre à sa convenance. Au cours de son histoire, au nom des intérêts et de la sécurité des Etats-Unis, ou de la défense de la démocratie, l’armée américaine n’a en fait jamais cessé d’intervenir par des guerres préventives, soit pour conquérir des territoires, soit pour changer des régimes en Amérique centrale, aux Antilles, aux Philippines, au Viêt Nam, en Yougoslavie. Cet activisme ne fut que ralenti par la guerre froide, de crainte d’une réaction soviétique. Le 11 septembre a permis d’amplifier ces politiques jusque-là esquissées. On disputera à l’infini des motivations profondes, de la pureté des intentions, de l’efficacité, de la rupture quantitative ou qualitative qu’elles marquent, de la menace qu’elles représentent pour les libertés des Américains et celles des non-Américains, de l’équilibre juste ou injuste qu’elles expriment entre liberté et sécurité. On ne tranchera pas, parce que c’est impossible: le temps dira si le 11 septembre fut un moment de l’histoire ancienne ou le début d’une histoire nouvelle.


La «hollywoodisation» sans cesse à l’œuvre

Dans un film prisé par la gauche hollywoodienne, récompensé par un Oscar politiquement correct en 2003, et qui remporta un plus grand succès en Europe qu’aux Etats-Unis, “Bowling for Columbine” (avant qu’en 2004 il n’obtienne la Palme d’or à Cannes pour “Farenheit 9/11”, une satire de George Bush), l’humoriste Michael Moore a intenté le procès à charge, lourde charge, d’une Amérique blanche et réactionnaire incarnée par l’acteur Charlton Heston. A l’époque où le film fut réalisé, celui-ci présidait l’une des plus puissantes organisations conservatrices américaines, la National Rifle Association. La NRA milite pour la protection du deuxième amendement à la Constitution qui autorise les citoyens à détenir des armes, un héritage historique du combat des milices indépendantistes contre l’armée régulière britannique. Comme il se trouve par ailleurs que les Etats-Unis enregistrent chaque année quelque sept mille homicides, les libéraux en concluent que si les armes n’étaient pas en vente libre les crimes seraient moins nombreux. Les conservateurs considèrent à l’inverse qu’ils seraient encore plus fréquents et que la détention des armes concourt à la sécurité de la nation : un point de vue populaire aux Etats-Unis et que Charlton Heston, interrogé par Moore, confirme à l’écran. Mais, dans ce film et dans ses livres, Moore accuse la NRA et Charlton Heston, acteur fétiche des conservateurs, d’être indirectement responsables des fusillades dans les écoles, en particulier de celle qui entraîna la mort de dix élèves à Columbine, dans le Colorado, en 1999. Comment départager Michael Moore et Charlton Heston? Etape cinqConnaissez-vous le Manhattan Institute?

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