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    Economie

    Audiences-années de plomb
    Les intimidations continuent

    Par L'Economiste | Edition N°:1924 Le 24/12/2004 | Partager

    . Agaou, ex-détenu à Tazmamart, affirme être toujours persécuté. Ses compagnons seraient également l’objet l’intimidations de la part des autorités. Ahmed Herzenni, membre de la GSU, fait son mea culpa“Ces deux journées sont à marquer d’une pierre blanche pour l’ensemble des Marocains. On aura vu aboutir les efforts et les souffrances de tant d’années”, le témoignage n’est pas celui d’une des victimes appelées à la tribune mais plutôt de Salah El Ouadie, membre de l’Instance Equité et Réconciliation (IER) et ex-détenu politique. L’émotion était à son comble parmi les rangs des militants des droits de l’homme, qui sont unanimes sur le fait que l’IER a gagné son pari. “Organiser une telle manifestation sans qu’il n’y ait de dérapages signifie qu’on est assez mûr pour faire face à son passé”, note cet observateur étranger. Passé les premiers moments d’hésitation et de balbutiements qui ont caractérisé les témoignages de mardi 21 décembre, les victimes de la deuxième séance des auditions publiques ont laissé libre court à leurs émotions. Tel a été le cas de Abdallah Agaou, ex-officier des Forces Armées de l’Air, l’un des survivants du bagne de Tazmamart, condamné en août 72 par le tribunal militaire de Kénitra pour son implication dans la tentative de coup d’Etat, le 16 août de la même année.Sur un ton calme, mais qui se corsait au fur et à mesure que les souvenirs remontaient, Agaou a relaté l’effrayante réalité de ce bagne. Un bagne dont les autorités ont refusé de reconnaître l’existence pendant des années et où les détenus mouraient les uns après les autres dans l’indifférence et la négligence totales. Pour ceux qui n’auraient pas lu Cellule n°10 de Ahmed Marzouki, compagnon de fortune d’Agaou, le récit de ce dernier est tellement criant de vérité qu’on a l’impression d’y être l’espace de quelques instants et le temps prend une autre dimension. Des images d’hommes en haillons, amaigris, défilent dans nos têtes. On devine presque les odeurs nauséabondes dont les gardiens du bagne s’étaient un jour plaints auprès du directeur. «Nous subissons encore aujourd’hui des tracasseries”, a-t-il dit. Un agent d’autorité “caïd” aurait reproché, pas plus tard que lundi, à Ahmed Marzouki, d’être passé sur la chaîne Al Jazira», a affirmé Abdallah Agaou.Agaou a également fait état de l’humiliation dont ils sont l’objet depuis leur libération de la part de certains responsables locaux, ajoutant que son passé de détenu ne cesse de le traquer. «Toutes les promesses qui nous ont été faites n’ont pas été tenues. Nous nous employons, avec nos propres moyens, à réussir notre réintégration dans la société», a-t-il raconté.Ahmed Herzenni, quant à lui, ne se considère pas comme une victime mais plutôt comme un militant opposé à toute forme d’injustice, d’exploitation et d’arrogance”. La fougue de cette figure reconnue de l’extrême gauche, partisan actuellement de la Gauche socialiste unifiée (GSU), a cédé la place à la sagesse. Après avoir rappelé qu’il est devenu un opposant dans les années 60 en étant disposé à faire face à la répression, Herzenni a indiqué que ce qu’il reproche à l’Etat marocain durant cette période, ce n’est pas le seul fait de l’avoir opprimé, mais plutôt que la répression ait été disproportionnée par rapport aux actes commis. Dans «sa répression, l’Etat ne s’était pas contenté des personnes concernées, mais il est allé au-delà en s’en prenant à leurs proches et parents et dans certains cas, à leur lignage», déplore Herzenni.Evoquant la torture qu’il a subie, Herzenni note qu’il a eu sa part, qui «reste en deçà de ce que bien d’autres personnes ont enduré». «J’ai tendance à éprouver de la pitié pour les tortionnaires qui ne sauraient, en dépit de leurs méthodes, porter atteinte à la dignité des gens dignes».Il avoue, en revanche, qu’il n’était pas un «ange» et que sa culture n’était pas forcément démocratique, dans la mesure où il n’excluait pas le recours à la violence.Né en 1948, Ahmed Herzenni a été arrêté le 22 février 1972. Il est resté en détention, jusqu’au 10 mars de la même année, à Derb Moulay Chrif à Casablanca, avant d’être transféré à la prison civile Ghbila dans la même ville où il a séjourné jusqu’en août 1973. A cette date, il a été conduit à la prison centrale de Kénitra, d’où il a été libéré le 22 août 1984. Les années de plomb se conjuguent également au féminin et les séquelles ne sont pas moindres. Arrêtée en même temps que son frère et son futur mari, pour ses idées marxistes, Maria Zouini a longtemps hésité à témoigner. Cette femme dont les rêves ont été brisés par l’oppression, raconte, d’une voix calme et posée, que les tortionnaires avaient donné des prénoms masculins à six militantes incarcérées dans un centre secret de détention en 1977. Elle était surnommée Abdelmounaïm. «On subissait un harcèlement sexuel permanent et les gardiens nous menaçaient de viol», a ajouté Zouini. «Je souhaite que ce que nous avons enduré, moi et les autres militantes, ne se répète plus et ne soit jamais vécu par nos enfants», a-t-elle dit. Malgré ses souffrances, Maria Zouini était bien décidée à poursuivre ses études. Elle raconte qu’elle «rêvait de devenir médecin avant de voir son rêve s’évaporer» après son arrestation, alors qu’elle était en première année à la Faculté de médecine de Rabat.Evoquant son procès du 3 janvier 1977, Maria Zouini a affirmé qu’il a été entaché d’»irrégularités». Neuf jours plus tard, elle entame une grève de la faim avec d’autres détenues (du 12 janvier au 5 février de la même année), ce qui a coûté la vie à Saïda Mnebhi le 12 décembre 1977.Mostapha El Amrani, avec son accent du nord, nous renvoie, lui, à une époque qui a été entourée, pendant longtemps, de flou. Une période marquée par le conflit qui a opposé le Parti de l’Istiqlal à celui de la Choura, à la suite notamment de la constitution du premier gouvernement de coalition le 7 décembre 1955, sous la conduite de Bekay.Militant du Mouvement national au sein du Parti de la Choura et de l’Istiqlal, ce vieux monsieur très digne a témoigné des sévices qu’il a subis avec ses compagnons, dont la plupart sont morts sous la torture, au cours de sa détention au lendemain de l’indépendance.Après avoir séjourné dans des lieux de détention secrets à Tétouan, Al Hoceïma et à Nador, El Amrani, né en 1925, a été relaxé en 1957.. Yeux bandés Ex-membre de l’UNFP, Saleh Saâdallah a consacré son témoignage aux violations et aux sévices qu’il a subis lors de ses détentions en 1963 au centre de police de Maârif, à Derb Moulay Chrif et dans un autre lieu à Casablanca. Ainsi, après avoir été arrêté par des éléments des forces de sécurité au siège de l’UNFP lors d’une réunion présidée par Abderrahim Bouabid et Abderrahmane Youssoufi, il a indiqué avoir été conduit avec des membres du parti, les yeux bandés et les mains menottées, au centre de police de Maârif où il a passé 28 jours. Il raconte avoir été par la suite transféré à Derb Moulay Chrif où il a séjourné pendant 5 jours avant d’être libéré sans procès. Saâdallah a ajouté qu’un autre groupe parmi ses collègues a été déféré devant la justice.Les causes de son arrestation avec ses collègues étaient purement politiques. Activiste au sein de l’UNFP, il était comme ses camarades hostile à la nouvelle Constitution de l’époque.L’ancien détenu a affirmé avoir enduré, dans ces deux centres, les pires souffrances infligées dans des conditions inhumaines, en étant soumis à différentes formes de torture physique et psychique. Après onze mois de détention au Corbis de l’aéroport Anfa, le détenu a été transféré à la prison Ghbila puis au pénitencier de Aïn Borja en attendant le verdict de la chambre criminelle qui l’a innocenté le 19 avril 1977.Arrêté le 13 août 1983 à Mohammédia pour son appartenance au groupe islamiste dit «Groupe des 71», Hidou Abdallah a intitulé son témoignage «rompre avec le silence et faire parler les plaies», a rappelé le contexte de son arrestation, marqué notamment par la situation qui prévalait alors en Iran, l’intervention de l’ex-Union soviétique en Afghanistan, les développements de la question palestinienne, «les arrestations politiques, l’oppression politique et la mauvaise répartition des richesses» au Maroc.Né à Rabat un 10 novembre 1963, Abdallah Hidou avait fait l’objet d’une détention arbitraire le 13 août 1983 avec le groupe islamiste dit Groupe des 71. Il a été incarcéré pendant 6 mois au centre de détention secret de Derb Moulay Chrif avant d’être transféré en compagnie des membres du groupe à la prison de Ghbila.Il a été condamné à 20 ans de prison ferme, puis libéré le 21 juillet 1994 suite à une grâce royale, après avoir purgé 11 ans dans les prisons de Safi et Kénitra. Fédoua TOUNASSI

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