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    «Notre système de gouvernance est faible pour le changement«Entretien avec Fouad Abdelmoumni, militant associatif

    Par L'Economiste | Edition N°:2081 Le 08/08/2005 | Partager

    Fouad Abdelmoumni, militant associatif, s’intéresse de très près à la gouvernance. Il rate rarement les séminaires sur le sujet. Interrogé parmi un panel d’acteurs du développement, il estime que la gouvernance est l’un des mécanismes qui garantissent les valeurs du développement humain pour le compte de la population. Selon lui, “notre système de gouvernance a été fort dans sa capacité à sécuriser, à garantir l’ordre et la stabilité, mais il était et demeure très faible dans son aptitude à promouvoir l’adaptabilité et le changement”.. L’Economiste: Selon vous, qu’est-ce que la bonne gouvernance?- Fouad Abdelmoumni : La bonne gouvernance peut être appréhendée selon un grand nombre d’indicateurs, qui incluent, entre autres dimensions critiques, l’Etat de droit, la lutte contre la corruption, l’efficacité du secteur public, la liberté d’opinion et la démocratie. Elle devrait être notamment appréciée dans la région selon la capacité de la gouvernance publique d’assurer l’inclusivité et la responsabilisation.. Quelle est votre perception de la gouvernance au Maroc, ses points faibles et les points forts?- Aucun des index qui prétendent rendre compte de la qualité de la gouvernance n’accorde au Maroc une place honorable. La Banque mondiale relève que “... les pays à revenu intermédiaire/inférieur ont une moyenne de responsabilisation publique de l’ordre de 54%, alors que celle-ci n’atteint que... 39% au Maroc”. Pas la peine d’aller chercher d’autres index tels celui de Freedom House, de Reporters Sans Frontières ou de Transparency International, qui déclassent lourdement le Maroc par rapport aux pays à conditions matérielles comparables. L’indice de développement humain du PNUD, qui donne au Maroc un classement catastrophique, est déterminé par deux axes importants: la faiblesse réelle des ressources accumulées d’un côté, et l’incapacité à sortir le meilleur de ces ressources d’un autre côté. Cette incapacité est à l’évidence celle collective à gérer le pays d’une manière intelligente, ouverte, créative et responsabilisante. Notre système de gouvernance a été fort dans sa capacité à sécuriser, à garantir l’ordre et la stabilité, mais il était et demeure très faible dans son aptitude à promouvoir l’adaptabilité et le changement. Or, nous sommes dans une phase historique où l’environnement et les attentes des sociétés ne sont plus stables, et exigent une extrême réactivité, particulièrement de la part des pays les moins avantagés. La mal-gouvernance est un luxe que peuvent se payer les pays rentiers, pas ceux qui dépendent de leur labeur et de leur organisation pour obtenir une petite place au soleil. Dans l’environnement mondial actuel, la compétition devient de plus en plus rude, le prix du pétrole est structurellement engagé à la hausse, la productivité du travail connaît des améliorations fulgurantes sous certains cieux, et l’ouverture du village planétaire rend intolérable pour les populations la non-réalisation des promesses des indépendances (rattrapage du niveau de vie des pays industrialisés et répartition équitable des richesses). Tout cela monte cruellement les enchères, et exige que les mécanismes garantissant l’allocation la plus rationnelle des facteurs soient pleinement exploités. Ces mécanismes sont ceux recouverts par le concept de bonne gouvernance.


    Tabous, pouvoir et bourgeoisie

    Selon Abdelmoumni, “la question des tabous a pris une ampleur particulière ces dernières semaines, après que des pans de l’entreprenariat marocain ont commencé à poser implicitement la question de l’agencement du pouvoir”. Clairement, poursuit-il,la conjonction entre le pouvoir politique absolu et l’hégémonie économique de la monarchie bride le potentiel de développement du capital national et le met face à une situation de concurrence déloyale. “Le désir de remettre en cause l’absolutisme royal passe notamment par l’exigence de l’établissement de pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire réels, distincts et autonomes”, analyse le militant associatif. “La réaction violente de l’entourage royal aux propos de Hassan Chami vise à rappeler à la bourgeoisie qu’elle ne peut prétendre réfléchir par elle-même, et qu’elle est tributaire dans son existence même de la bonne volonté royale. C’est cela qui montre les limites extrêmement ténues de la bonne gouvernance au Maroc, puisqu’il dénote non seulement de l’absence d’institutions plurielles reconnues, légitimées et habilitées à se faire mutuellement contrepoids, mais de l’inanité des forces sociales, économiques et politiques qui seraient l’essence même d’une construction institutionnelle régulée”. Propos recueillis par Mouna KADIRI

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