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Affaires

“Les visions à court terme tuent le capitalisme”
Entretien avec Claude Bébéar président du Conseil de surveillance d’AXA

Par L'Economiste | Edition N°:1773 Le 21/05/2004 | Partager

Claude Bébéar est incontestablement une des figures emblématiques du capitalisme à la française pour ne pas dire international. Très écouté dans les milieux de la finance mais aussi de la politique même s’il a toujours refusé d’entamer une carrière au gouvernement pour laquelle beaucoup lui prédisaient du succès, Bébéar reste d’abord le fondateur de l’empire AXA dont il est aujourd’hui le président du Conseil de surveillance. A l’invitation du cercle d’amitié franco-marocain de Mehdi Qotbi, il était présent à Casablanca où il a animé une conférence à la BCM. Dans cette interview à l’Economiste, il explique pourquoi le capitalisme a besoin plus que jamais d’un retour vers l’éthique. Il analyse également les défis auxquels le secteur des assurances, qu’il connaît bien, est confronté à l’aune de l’après-11 septembre. - L’Economiste: On vous a souvent présenté comme étant un acteur influant, voire l’arbitre du capitalisme français à travers notamment les participations d’AXA?- Claude Bébéar: Je pense qu’il faut relativiser les choses. Il faut savoir que dans les participations d’AXA, il y a beaucoup de capitaux que nous détenons pour le compte de nos clients. Nous ne pouvons pas utiliser cet argent à des fins autres que l’intérêt de nos assurés et de nos clients. Par ailleurs, sur l’influence que l’on m’attribue dans le monde économique français, elle existe mais ce n’est jamais qu’une influence. AXA reste certes une belle réussite économique. Un certain nombre de personnalités impliquées dans l’économie française peuvent venir nous demander conseil ou demander notre avis. C’est en cela que je peux exercer une influence, pas au-delà. - Le miracle AXA est-il reproductible?- Oui tout à fait. Il existe toujours des opportunités dans le monde. Ce ne sont pas les mêmes. Ça évolue dans le temps. Je crois que le grand secret, c’est valable pour les affaires mais aussi pour la vie tout court, c’est de savoir saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent. Ce qui demande à la fois de l’audace mais aussi beaucoup de prudence. - Selon vous, AXA a-t-elle toujours de l’avenir au Maroc?- Je précise en premier lieu que nous sommes toujours associés à l’ONA. En outre, nous croyons beaucoup en ce pays. Le Maroc est peu bancarisé et l’assurance y est très peu développée. Donc il y a des capacités de croissance très importantes. De plus, c’est un pays qui est proche de la France et qui a l’avantage d’être francophone. Ce qui est un atout non négligeable pour les entreprises françaises qui souhaiteraient s’implanter au Maroc. Il y a des compétences. Et il y a probablement une carte à jouer dans le domaine des délocalisations. - Le secteur des assurances auquel votre nom a été toujours associé semble manquer de visibilité depuis le 11 septembre. A votre avis, aujourd’hui, qu’est-ce qu’il faut redouter le plus?- Je pense qu’il y a deux types de problèmes. Celui des risques et celui de l’évolution des marchés financiers. Pour le premier type, il faut savoir que les risques évoluent. C’est le cas des risques de catastrophes naturelles. Il y a par exemple la question des changements climatiques qui présente une évolution certaine des risques. Il y a aussi le risque terroriste. Mais d’un autre côté, je serais tenté d’affirmer que sans risques, il n’y aurait pas de compagnies d’assurances. Nous pouvons avoir deux interprétations. L’une négative serait de dire: il y a de plus en plus de risques, donc le métier devient de plus en plus dangereux. La seconde plus positive consiste à dire, oui il y a de plus en plus de risques. Par conséquent, en faisant preuve d’imaginations, nous avons de plus en plus besoin des assureurs. Très franchement, c’est cette seconde attitude qui est la mienne. Le second problème, c’est celui des marchés financiers. Ils sont de plus en plus volatils. Cette volatilité et cette vision court-termiste sur les marchés financiers nous posent réellement problèmes à cause des règles comptables qui nous obligent à raisonner comme si la société devait être liquidée tout de suite. Les entreprises par définition sont engagées dans le moyen et long termes, les tendances de la comptabilité actuelles, notamment le “mark to market” (NDLR: Une des méthodes de valorisations boursières qui consistent à calculer la différence entre la valeur de marché du jour du contrat et la valeur de marché de la veille) nous obligent à faire comme si nous avions liquidé les actifs et les passifs de la société immédiatement. Cela crée une très grande volatilité dans les résultats qui ne correspondent pas à la réalité économique. La réalité économique de l’assurance et les perspectives, à court, à moyen et à long termes de l’assurance dans le monde sont extrêmement positives. - Cette vision court-termiste des marchés financiers, c’est un peu ce que vous semblez avoir dénoncé dans votre ouvrage “Ils ont tué le capitalisme”?- Parfaitement. Lorsque j’ai dit “Ils ont tué le capitalisme”, il faut savoir que le “Ils” renvoient aux intervenants qui ont une vision de très court terme et qui prennent des décisions qui sont influencées par le court-terme. Je le répète, les décisions devraient toujours viser le moyen et court termes. La responsabilité incombe à tous les participants, à tous les acteurs du monde de la finance. Qu’il s’agisse des analystes financiers, des sociétés de notation, des banquiers d’affaire mais surtout des conseils d’administration et des dirigeants. Car finalement, ces derniers devraient moins tenir compte, qu’ils ne le font aujourd’hui, des avis extérieurs. Un dirigeant doit prendre une décision plus en fonction de son avis propre qu’en fonction d’avis extérieurs. -C’est tout de même un peu paradoxal de vous entendre prôner une certaine éthique en matière de capitalisme alors que vous êtes le parfait exemple des conseils d’administration croisés?-En ce qui me concerne, je ne suis présent que dans deux conseils d’administration en dehors d’AXA. Dans ce domaine-là, j’insisterai sur deux aspects. D’abord, il faut que les Conseils d’administration aient conscience de leur responsabilité. Les administrateurs doivent agir en ayant toujours en tête l’intérêt de l’entreprise. Donc les amitiés ne doivent pas jouer. Ensuite, les administrateurs doivent avoir deux caractéristiques: être compétents, avoir le temps de travailler, d’autant qu’être membre d’un groupe international prend beaucoup de temps. Ensuite, ils doivent être courageux. Ils doivent avoir le courage de dire non au management. Vous savez qu’il y a eu une grande discussion sur l’indépendance des administrateurs qui, à mon avis, est une discussion vaine et inadaptée. En réalité, l’indépendance n’a pas de sens. Ce qui est important c’est la compétence, le courage et le temps. - L’image du capitalisme a été sérieusement écornée depuis les affaires Enron ou encore Parmalat. Comment d’après-vous peut-on réguler les marchés financiers de manière plus efficace?- Je pense qu’il faut relativiser ces affaires-là. Oui, il y a eu des scandales qui ont touché de grandes sociétés et les milieux financiers américains en particulier. Mais lorsque vous comparez cela à l’ensemble de l’économie c’est peu de chose. D’une manière générale, l’économie a des comportements plus sains. Par ailleurs ces scandales largement médiatisés, à juste titre d’ailleurs, ont jeté un trouble chez les investisseurs en particulier. Ce qui est normal. Si on ne peut plus faire confiance aux comptes, aux dirigeants, c’est tout de même problématique. Il y a donc un besoin absolu de retour vers l’éthique, de prouver et pas seulement de dire au marché, que les règles sont respectées. Il y a aussi besoin de prouver que la corporate governance fonctionne et surtout qu’elle fonctionne bien. Je dois dire que depuis ces scandales que vous évoquez, il y a eu une amélioration très sensible un peu partout dans le monde. - Claude Bébéar: «La volatilité et la vision court-termiste sur les marchés financiers nous posent réellement problèmes à cause des règles comptables qui nous obligent à raisonner comme si la société devait être liquidée tout de suite”-


Au Maroc, «il y a énormément de choses à faire”

Pour Claude Bébéar, au cours des prochaines années, le capitalisme sera international. Il sera de plus en plus collectif. “L’essentiel des capitaux viendront de gestionnaires d’actifs pour le compte de tiers, qu’il s’agisse de fonds de pension de mutuelle ou de fonds de pensions”. Selon lui, le dynamisme du capitalisme, qui reste important, dépendra “essentiellement de la qualité des individus et beaucoup des entrepreneurs individuels”. Le côté entreprenarial des individus devrait probablement s’épanouir. “La sophistication de la finance donnera plus de facilité à de jeunes entrepreneurs. Donc d’un côté, vous aurez des fonds de plus en plus importants qui seront gérés par des grandes institutions et en particulier par les fonds de pension en raison du vieillissement de la population”. Ces fonds, il faudra bien les investir, insiste-t-il. Ce qui donnera, poursuit-il, la possibilité aux jeunes capitalistes de tenter leurs chances. “Cela peut être une chance pour des pays comme le Maroc où il y a énormément de choses à faire. Dans votre pays, beaucoup de personnes ont des qualités d’entrepreneurs. Donc il y aura à l’avenir plus d’opportunités qu’il n’y en a eu hier ou même aujourd’hui”.Propos recueillis par Mohamed BENABID

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