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    Culture

    «Le coiffeur», mémoires d’un détenu politique en BD

    Par L'Economiste | Edition N°:1913 Le 09/12/2004 | Partager

    . Un flash-back satirique sur les années de plomb. Mourid projette de créer une bande dessinée adaptée du «Pain nu» de Mohamed ChoukriQuand d’autres y vont par des protestations, par des séances de thérapie collective ou seulement par un silence accusateur, lui crée des bandes dessinées. Après son premier cri «On affame bien les rats», Abdelaziz Mourid récidive avec «Le coiffeur». Pour raconter son histoire, il s’est associé au dessinateur Nouiga.Politique, opposition au système, manifestations, disparitions retentissent avec lancinance à travers les dessins de Nouiga et les répliques amères de Mourid. Apparemment, l’auteur n’arrive toujours pas à oublier cette expérience douloureuse de la prison des années de plomb. Ses souvenirs, il les ressort de sa mémoire comme on le fait pour un vieil album ou un journal de jeunesse d’un grenier poussiéreux, avec joie et appréhension. Il redessine un passé emprunt d’espoir, de déception et de souffrance. A travers les personnages, Mourid réécrit l’histoire, son histoire. L’enfant qu’il était raconte, avec un certain émerveillement, la vie des hommes et des femmes qui ont croisé son chemin. Apprenti chez le coiffeur du quartier, Youssef découvre l’être humain, la politique, le théâtre, l’amour, la jalousie… enfin la vie. Son regard curieux captait les méandres des émotions et des pensées des gens de cette époque. Après des années, il retranscrit cette microsociété, en pleine gestation, tiraillée par des idées et des sentiments contradictoires et déchirée par une oppression suffocante. Les dessins de Nouiga confortent cette impression d’ébauche, d’esquisse…«Waal guerbouz !!»… Dès que vous ouvrez la B.D. cette interjection vous saute aux yeux ! L’humour y est présent dans cette rétrospective triste. Les «engueulades» amusantes entre l’instituteur socialiste «impie» et l’Haj à propos de la politique, les répliques grivoises des clients du salon aux envolées shakespeariennes de Toto, la passion démesurée que voue si Hmad à sa chère «Makina tomatiquia» … meublent l’ambiance tendue. L’ironie est un moyen de détourner les interdits et de tourner en dérision la pression. La radio, personnage essentiel et omniprésent, intervient chaque fois en faisant sa propagande burlesque. L’assassinat du «perturbateur» Cheikh Al Arab et la disparition brusque de l’instituteur qui parlait trop, vont tomber comme un couperet. C’est un rappel à l’ordre. La construction du commissariat au milieu du quartier en finit avec les dernières illusions… A cette époque, l’amour se conjugue au conditionnel. La femme du coiffeur souffre en silence à cause des infidélités de son mari, le couple qui se rencontrait chaque jour au coin de la rue sera déchiré par un mariage arrangé, le «cyclis», qui a longtemps attendu son passeport perd la raison après que sa femme, amoureuse, brûle le document de peur qu’il parte avec une autre… «Le coiffeur» est un flash-back satirique qui décrit comment s’est cristallisée la conscience politique prématurée d’un enfant dans les années 60 et 70. Un aperçu, voulu panoramique, d’une époque marquante de l’histoire marocaine. «A travers l’histoire et le thème corsé, j’ai voulu rendre majeur un genre considéré comme mineur au Maroc. Avec cette bande dessinée, je raconte des mémoires de souffrance par des images et des mots», commente Mourid. Toujours à la recherche du nouveau, il dévoile ses projets: «Je compte produire d’autres bandes dessinées, cette fois-ci ce sera l’histoire de Abdlekrim El khattabi et «le Pain nu» de Mohamed Choukri». L’écrivain semble plus paisible et audacieux. Les démons du passé exorcisés, il aspire maintenant à d’autres expériences, à d’autres aventures.Hayat KAMAL IDRISSI

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