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4ème SIEL : Le livre en français, produit culturel menacé

Par L'Economiste | Edition N°:53 Le 12/11/1992 | Partager

Les professionnels du livre cherchent les moyens d'enrayer la régression du livre francophone dans les pays du Maghreb et de résoudre les problèmes économiques et culturels qui l'accompagnent. En marge du IVème S.I.E.L se sont tenues les rencontres franco-maghrébines des professionnels du livre.

Les rencontres Franco-maghrébine du livre, réunissaient des éditeurs, libraires, diffuseurs marocains, algériens et tunisiens à l'instigation de la France, représentée par des responsables du syndicat du livre et de la lecture, des éditeurs, des représentants des Pouvoirs Publics français. Il s'agissait de poursuivre la précédente session qui avait eu lieu à Paris au dernier Salon de 1992, et d'accéder à des décisions concernant une collaboration franco-maghrébine pour faciliter la promotion du livre en langue française dans les pays du Maghreb, consolider - voire rendre vigoureux - un biculturalisme menacé et ouvrir la voie à toutes les activités économiques et sociales qui l'accompagnent, dans un esprit de partenariat.

Un produit commercial fragile

Les problèmes de diffusion du livre en français et de l'édition ont tourné, volontairement ou non, autour d'une triple problématique. D'abord celle de l'enjeu même du livre : produit culturel, reconnu de part et d'autre comme la défense d'une langue et d'une culture dans le cadre de l'ouverture et de la modernité, il est aussi un produit commercial à manipuler avec précaution sans doute, mais de manière décisive.

Parler de livres, pendant deux jours, équivalait surtout à parler de chiffres.

Mais la problématique tournait aussi autour de deux pôles: d'un côté un partenariat à part entière opposé à une demande d'aide doublée d'un soutien dubitatif, et d'un autre côté une rationalité légaliste, voire bureaucratique, confrontée à la nécessité d'une souplesse et d'une adaptation aux contraintes locales maghrébines.

Un prix déraisonnable

Enjeu culturel et économique, le livre est menacé par l'augmentation inconsidérée, voire déraisonnable, de son prix au Maghreb. Porte-parole de ses collègues, Mme Diouri-Balafrej, de l'Association des Professionnels du Livre (Maroc), signale que l'importation du livre français subit actuellement une régression très nette en raison de son prix : si sa part était de 30 % dans l'importation en 1991, sur 6 mois en 1992, elle atteint à peine 22,6%.

La dépréciation du Dirham en est une cause importante, mais aussi le manque de communication avec les partenaires français, la réglementation compliquée et tracassière attachée à des notions périmées, l'impossibilité de retour pour les livres scolaires, le coût du transport arrivant à 20 ou 30% du livre facturé, les complications du dédouanement et du paiement, les délais de paiement trop courts... Instabilité et cherté du prix, tracasseries administratives, manque de formation des libraires : aux interventions marocaines font écho celles des Tunisiens et des Algériens.

L'achat du Smicard

Un libraire importateur à Sousse (Tunisie) constate que la possibilité d'achat d'un livre du "smicard" français est vingt fois plus élevée que celle d'un "smicard" tunisien -compte non tenu des charges sociales de ce dernier- et les Algériens étouffent sous leurs difficultés de paiement, accompagnées d'un besoin quasi-vital du livre en français, dont le prix a été multiplié de 1 à 10 en 5 ans, bien qu'il fasse partie de leur paysage culturel et leur apparaisse aujourd'hui comme une bouffée d'oxygène intellectuelle.

De toute évidence se creuse un abîme entre la nécessité, le prix d'une culture et l'impossibilité d'y accéder en fonction d'un niveau de vie qui baisse de manière générale: la preuve en est la duplication "sauvage" de livres spécialisés pour les étudiants, ou, dans le contexte du S.I.E.L., l'incapacité de certains jeunes à dépenser individuellement 30 DH pour l'achat d'un livre.

Pour trouver des solutions et sortir avec des propositions concrètes de ces discussions franches, directes, parfois houleuses, des suggestions ont été avancées des deux côtés. Il s'agit pour les Maghrébins de briser la rigidité du système de communication imposé, d'amener les responsables à faciliter les formalités administratives en tenant compte des particularités locales, de revoir en particulier les délais de paiement impossibles à respecter et qui, comme le rappelle à juste titre un distributeur, pénalisent en réalité le lecteur, d'aller en particulier vers les étudiants qui sont "l'avenir de la culture", de pratiquer à l'export dans le sens Nord/Sud les tarifs privilégiés qui sont effectivement pratiqués pour d'autres produits (textiles surtout) dans le sens Sud/Nord.

Des solutions partielles

Selon la situation, la réponse du côté français penche soit vers le moyen terme (l'enjeu économique), soit vers le long terme (la défense d'une culture) qui se montrent en fait inséparables. Des éditeurs constatent que l'édition française va mal, que le tirage moyen, dans le domaine des sciences humaines par exemple, n'excède pas 2.000 exemplaires, que l'export représente un risque, et que si l'on peut s'entendre tant que l'on parle du culturel, le vrai problème est d'ordre économique. Mais l'édition française a besoin du Maghreb aussi pour régler ses propres problèmes, les pouvoirs publics sont prêts à trouver des solutions si les distributeurs français et maghrébins s'entendent, dans la recherche d'un véritable partenariat, et s'ils rencontrent, localement, des interlocuteurs crédibles et représentatifs. Cependant la possibilité de diffuser du livre à prix réduit ne peut concerner que quelques titres relatifs au Maghreb, non les livres considérés comme fondamentaux, et fonctionner par des relations d'éditeur à éditeur, de manière bilatérale.

La localisation du livre

Une véritable évolution ne peut venir que des opérateurs eux-mêmes: dans ce cadre, une entente se construit autour de l'édition maghrébine et de la co-édition franco-maghrébine. Le livre édité au Maghreb coûte trois fois moins cher que le livre édité en France. Des petites sociétés marocaines travaillent déjà pour de grandes maisons d'éditions françaises et espagnoles, en particulier, dans la saisie de textes qui seront ensuite imprimés dans les pays d'origine .

Les Maghrébins maîtrisent les arts graphiques et ont acquis, ces dernières années, un professionnalisme certain. Subsistent les inconvénients du choix des programmes, les difficultés des cessions de droit évitant les importations, la nécessité d'une aide à la traduction déjà prise en charge à 30 ou 40%.

Risques financiers

Malgré les remous, les éditeurs maghrébins cherchent à offrir un visage solide, unitaire et crédible, à dépasser la demande de soutien, et insistent sur une coopération égalitaire. Ils rencontrent auprès de leurs interlocuteurs une bonne volonté parfois ignorante des réalités locales, de leurs réalisations, méfiante aussi parce qu'elle craint encore de prendre des risques financiers.

Des expériences de coéditions maroco-tunisiennes ont parfaitement réussi (entre Eddif Maroc et Cérès Production récemment, à propos du livre de Rachid Mimoun "De la barbarie en général et de l'intégrisme en particulier") .

Malgré les malentendus, les frilosités, les doutes, les revendications parfois désespérées "pour que les librairies ne se transforment pas en glaciers", ces rencontres ont abouti à des mises au point nécessaires, à l'affirmation de conditions et de critères de travail communs en fonction de normes internationales; à une meilleure connaissance réciproque et à des propositions claires sinon encore acceptées.

Une prochaine rencontre est prévue dans le cadre de la Foire du Livre, à Tunis, fin Avril 1993, où il est question de prendre des décisions et de jeter les bases d'un véritable partenariat.

Thérèse BENJELLOUN

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