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    Culture

    2e partie: De l’influence des jnoun sur le caractère
    Par Me Fatiha BOUCETTA

    Par L'Economiste | Edition N°:2410 Le 28/11/2006 | Partager

    Fatiha Boucetta a été notaire à Casablanca pendant 14 ans après avoir exercé comme avocate au barreau de la capitale économique pendant 8 ans, avec pour spécialité les contentieux commerciaux. Elle a aussi publié un roman, Anissa captive, aux éditions Eddif en 1991. Peintre et photographe à ses heures perdues, elle n’en a pas moins organisé une dizaine d’expositions pour ses œuvres. Elle se propose, à travers des chroniques racontant des cas vécus, de partager, avec les lecteurs de L’Economiste, les expériences heureuses et malheureuses des gens avec la Conservation foncière, le fisc, la justice, les avocats, les notaires… (Ph. privée)Résumé de la première partie: Exaspérés par le comportement de leur patron, trois employés consultent une voyante dans l’espoir de trouver une formule magique qui leur permette de «désenvoûter» le chef. Ils arrivent même à convaincre l’épouse du chef du bien fondé de leur démarche. Les sciences occultes au service du management… qui sait, ça pourrait marcher!Bien. On sait maintenant ce qu’il faut faire. Retrouver les faveurs de Lalla Mira, puis entreprendre les opérations de désensorcellement, sinon c’est le déclin de la société, les clients qui s’en iront, la faillite totale. Reste à convaincre le directeur, plutôt cartésien. Ses plus proches collaborateurs circonviennent sa femme et son meilleur ami: celui-ci proteste, mais tout le monde sait que «l’khair m’ra ou char m’ra» (bien et mal viennent de la femme), et ils ont gain de cause. Le pauvre directeur n’a plus qu’à se laisser faire.Première étape. L’épouse de notre dirigeant de société se charge d’acheter un coq de belle taille, et les voilà en route, le malheureux remorqué par son épouse qui dirige les opérations, car elle en a sa claque du sale caractère de son mari, et la cousine experte. Après plusieurs kilomètres en dehors de Casa, ils arrivent à une colline verdoyante enlacée de chemins goudronnés -c’est dire le nombre et la fréquence des visiteurs-. Un «responsable», déjà prévenu, les accueille. Plus besoin de téléphone arabe, le téléphone portable a été inventé. L’homme fait asseoir sur une pierre le directeur, qui se demande in petto ce qu’il fait là, lui couvre la tête d’un tissu jaune et disparaît derrière une porte creusée dans la roche. Puis il revient, brandissant un index maculé du sang du pauvre volatile qu’on lui a remis à l’arrivée et qu’il vient d’immoler (poulet rôti au déjeuner aujourd’hui). De ce doigt sanguinolent, il trace un «x» sur le front du «possédé», lui demandant de rester immobile un moment, le temps sans doute de laisser Mira apprécier le sacrifice qui vient de lui être offert. Le directeur obéit en se disant «si mon président me voyait!»; à notre avis, il n’a pas à s’inquiéter, son président doit s’adonner aux mêmes pratiques. Quand le spécialiste en immolation a estimé le temps écoulé pour rentrer dans les bonnes grâces de Lalla Mira, il lui retire le voile jaune et propose à la compagnie de visiter les lieux. Au point où on en est…. Gardienne du templePlusieurs grottes sont aménagées dans le rocher: la première à visiter est dédiée à Lalla Mira, au vu de la peinture d’un jaune criard de la porte en fer largement ouverte, un rideau jaune la dissimulant aux regards. On descend par des marches inégales au cœur de l’antre, entièrement peint en jaune. L’endroit est sinistre: silence sépulcral. Sur un petit matelas carré est assise une femme imposante, silencieuse, les yeux fermés, entourée de bougies jaunes, d’amulettes et de drôles de trucs suspendus au plafond rocheux. L’épouse du directeur lui murmure «n’aie pas peur, il faut y croire pour que ça marche». On les fait asseoir en leur enjoignant de ne pas parler. Le pauvre directeur en oublie ses responsabilités économiques et financières et son rôle au sein du groupe. Une odeur entêtante de b’khour (herbes brûlées) prend aux narines. Le «possédé», ressentant un peu de tournis, envisage de réciter quelques versets du Coran, puis il se ravise: «C’est de l’association, (chirk billah), pas de Coran dans ce lieu de charlatanisme». La seconde d’après, il se reproche ses pensées en s’efforçant d’avoir la «niyya», mais, malgré tous ses doutes, il est impressionné. Il remarque pourtant, près de la gardienne du temple, une corbeille garnie de quelques piécettes. Ah ah! Pas folles, les guêpes! Il leur faut de l’argent, ne serait-ce que pour ces débauches de couleurs… Il a déjà payé un coq, il n’investira plus rien; il n’a encore rien vu.Puis on les mène à l’antre de Aïcha; une grotte voisine peinte, elle, d’un rouge couleur sang vif. Cet endroit est encore plus impressionnant que l’autre. Le directeur n’est plus qu’un pantin traîné par sa femme, fascinée. Même cérémonial dans ce repaire-ci: gardienne aussi muette que la première, silence, objets identiques, mêmes bougies, celles-là peintes en rouge. Les murs rocheux sont également badigeonnés de rouge. Les industries de peinture doivent faire de bonnes affaires avec ces praticiens de l’occulte. Dans cette grotte, Aïcha vient-elle manger, les soirs de pleine lune, les petits enfants pas sages auxquels leurs parents imprudents l’ont invoquée dans la journée? Notre directeur ne veut pas rester plus d’une minute dans cette caverne terrifiante, sa femme n’en mène pas large non plus. Ils sortent à l’air libre, ouf!Reste le clou du spectacle. L’égorgeur de coqs de tout à l’heure (et de différentes pauvres bêtes, chèvres et autres béliers pour clients de luxe) les appelle à visiter les environs. Où ça? Une sorte de clairière derrière le rocher, à l’entrée de laquelle trône un arbre gigantesque: à ses branches nues sont accrochés des gris-gris et de drôles de scoubidous en corde. Enfin, l’histoire est longue… sans compter les cérémonies de désenvoûtement, encore à faire.Mais pour ne pas vous ennuyer, chers lecteurs, nous vous dirons la suite dans une prochaine rubrique. Il y a des sujets plus intéressants, et plus réels, quand même…

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