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    2100 L'odyssée de la Terre

    Par L'Economiste | Edition N°:408 Le 25/12/1998 | Partager

    Une histoire imaginaire du XXIème siècle a été écrite par un futurologue. La mondialisation, c'est le triomphe de la technologie, mais aussi des valeurs occidentales comme la démocratie occidentale, la liberté individuelle et l'égalité de la femme.


    LE troisième millénaire et le XXIème siècle ont débuté, à l'instar du XXème siècle et du deuxième millénaire, dans une atmosphère de pessimisme. Les principales préoccupations d'alors touchaient à «un conflit des civilisations», à une peur panique de la biotechnologie et aux effets incontrôlés de la «globalisation». La brève série de crises liée au fameux «bug» informatique lors du passage à l'an 2000, conjuguée à l'enlisement des économies asiatiques, ne fit que renforcer cette impression de vive inquiétude en regard de l'avenir. Avec du recul, un siècle plus tard, nous nous rendons compte combien ces craintes étaient injustifiées. Après coup, il est aisé de discerner les principales caractéristiques de la globalisation ainsi que les raisons pour lesquelles on les a aussi mal interprétées en cette fin de XXème siècle.

    La country en chine


    Ce qui frappe le plus, c'est peut-être la façon dont la globalisation a été prise à tort pour un processus d'homogénéisation. En fait, la globalisation procédait tout simplement d'une forte augmentation de l'intensité et de la vitesse des connexions entre les différentes parties du monde. Mais alors que les gens s'éparpillaient à la surface de la planète et que les voyages et le commerce devenaient de plus en plus faciles, se créaient en même temps de nouvelles dimensions de diversité et d'inégalité dans le développement humain.
    Aujourd'hui, nous appelons ce processus «Mondo Culture», mais à la fin du XXème siècle, on s'inquiétait beaucoup de ce que l'on qualifiait de «Cocacolonisation». Ce que l'on voyait alors comme une évolution vers une culture et une identité uniques se révéla être quelque chose de beaucoup plus complexe et fascinant. Certains éléments de la culture, certes, se généralisèrent : c'est ce que l'on appelle l'expansion des marques, des stars et des sports. Mais beaucoup plus créatif fut le «rétrécissement» des nouvelles formes de communication, reliant de petits groupes d'intérêt de part et d'autre du globe. A présent que la Chine compte plus de fans de musique «country» qu'aux Etats-Unis à ses débuts, nous voyons comment les identités se sont progressivement diversifiées.
    Les membres de la Mondo Culture ont appris à mettre en valeur leurs différentes origines ethniques et à jouir de modes de vie issus de diverses parties du monde. Notre présidente juive chinoise et lesbienne des Etats-Unis est un parfait exemple de la complexité des identités actuelles et de leur compatibilité avec le statut de personne la plus puissante de la planète.

    La globalisation était également interprétée au XXème siècle comme la mort des idéaux occidentaux qui gouvernaient le monde depuis 1500. En fait, il se passa exactement le contraire et l'évolution de ce que nous appelons aujourd'hui «le monde occidentaliste» leur emboîta le pas. A la fin du XXème siècle, avec la décolonisation des empires occidentaux et l'émergence des nouvelles économies asiatiques, certains pensaient que les «valeurs asiatiques» remplaceraient celles occidentales. Or, la crise économique en Asie, commencée en 1997, a montré que pour prétendre à la paix et à la prospérité, il fallait adopter les principales valeurs occidentales. Sans démocratie politique pluraliste et sans systèmes de loi et du marché libre, on ne pouvait atteindre, ni maintenir la paix et la prospérité. Les sociétés ouvertes se distinguent par la responsabilisation des individus et l'importance du débat critique, et sans ouverture, il ne peut y avoir de prospérité dans une économie postindustrielle fondée sur la connaissance et l'innovation. Nous considérons aujourd'hui ces valeurs comme un système occidentaliste -et non plus occidental- du fait qu'elles sont le résultat d'un incessant processus d'adoption et d'adaptation de nouvelles idées issues de sociétés dominées par l'ancien Occident. Ainsi, la réussite économique du Japon a appris à l'Occident à ne pas négliger la force de la famille et la valeur de réseaux sociaux sains. Les sociétés comme le Japon, qui ont appris à accepter les principes de base de l'Occident, ont pu accéder au «club» et revendiquer le mérite d'avoir changé le monde occidentaliste, tout comme les jeunes Etats-Unis avaient enseigné aux puissances européennes la valeur de la liberté individuelle et des systèmes politiques et économiques décentralisés.

    La puissance de la connaissance


    Un autre mythe de la globalisation à la fin du XXème siècle était la notion selon laquelle le pouvoir passerait du monde atlantique au monde pacifique. Mais à cause, en grande partie, du triomphe des valeurs occidentalistes, le berceau du pouvoir n'a guère changé au cours de ce dernier siècle. Il est vrai en revanche que son évaluation a considérablement évolué. Le pouvoir se mesurait autrefois par le nombre de personnes que vous gériez et la quantité de matières premières que vous réussissiez à maintenir, et le conflit était considéré d'un point de vue territorial. La puissance économique, quant à elle, se mesurait en tonnage d'acier et en nombre de divisions de tanks et de flottilles de navires.
    Or il est vite apparu, au XXIème siècle, que plus la puissance économique se fondait sur la connaissance et l'innovation, plus la capacité à contrôler l'ordre international dépendait de ressources et de talents similaires. Ainsi, en dépit de la stagnation de sa croissance démographique au début du XXIème siècle, le monde atlantique développé n'eut aucun problème à maintenir son hégémonie. Les Etats dits «dévoyés» furent facilement vaincus par les puissances occidentales, grâce à leur aptitude à dominer des fronts éloignés.

    Gerard Segal (Royaume-Uni), directeur d'Etudes à l'Institut International des Etudes Stratégiques et coauteur de l'ouvrage «Anticipating the Future» (Simon & Schuster, 1998).

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