Economie

1er Mai: Finalement, un jour ordinaire...

Par L'Economiste | Edition N°:2768 Le 02/05/2008 | Partager

. Pas de chamboulement, malgré une chaude actualité.Toujours les mêmes slogans, les mêmes idées.... Un Smac au lieu du Smig?!POUR ce 1er mai, tant pis pour ceux qui s’attendaient à un gros chamboulement! Dialogue social, hausses des prix, incendie de l’usine de Lissasfa..., l’actualité, aussi chaude soit-elle, n’a pas fait de grosses vagues. Pourtant, au quartier casablancais de Hay El Farah, au cœur du boulevard Bouchaïb Doukkali, l’Union nationale des travailleurs du Maroc (UNTM), a fait de «la hausse des prix» son thème fédérateur. Mieux encore. Les meneurs ont même scandé des slogans sectoriels. Tour à tour, l’enseignement, le transport... sont passés en revue: «La famille de l’enseignant est là, mais où est passé sa dignité?», «Chauffeur, poursuit ta route pour atteindre la victoire et le changement»... Et la salve revendicative continue: Sahara, Palestine, corruption... Le cocktail d’actualités nationale et internationale n’a pas tenu. Une foule assez modeste de militants, accablée par le soleil, cherche à s’abriter. Les uns sont sous les arbres ou des panneaux publicitaires. Les plus chanceux sirotent leur café matinal. Quant au noyau dur, près de 200 personnes, qui se tenait en face de l’estrade, il a poursuivi en entonnant les slogans. En arrière-plan, on devinait aussi «l’indifférence» des derniers rangs. Une quinzaine de chauffeurs de taxi venu de Sidi Al Aydi-Settat en ont même profité pour prendre des photos. Des «Gerrabas» distribuaient, pour quelques pièces, à gauche et à droite, des coupes d’eau fraîches. Mêmes les habitants des ruelles avoisinantes se sont spontanément donné rendez-vous au jardin de Drissia, juste derrière l’estrade de l’UNMT. Des enfants, en manque d’attractions, sont aussi venus faire leur classe syndicale!: «Charia Islamiya assas attanmiya», scandaient-ils. C’est le fond sonore de cette scène du traditionnel 1er mai qui interpelle. Apparemment, les festivals sont contagieux. Chaque slogan est presque alimenté par un extrait de chanson de... Nass Al Ghiwan, Jiljilala ou Siham! Des groupes qui ont marqué le patrimoine culturel marocain. Mohamed Yatim, secrétaire général de l’UNMT, en référence notamment à l’incendie de l’usine de Rosamor et au dialogue social, parle de «démocratie occasionnelle», de «petits boucs émissaires», de «faiblesse de la culture religieuse»... Une diatribe dont le gouvernement de Abass El Fassi servira de carburant syndical. Derrière l’orateur de l’UNMT, on reconnaît Mustapha Ramid, membre du bureau politique du Parti de la justice et du développement (PJD). Une chose est certaine. Les enfants de Hay El Farah auraient préféré un Smac (seuil minimal d’animation culturelle) au lieu d’un Smig! Autre lieu, autre ambiance? Décidément, à quelques détails près, les 1ers Mai se suivent et se ressemblent. Vers 8 h du matin, les haut-parleurs diffusaient une musique de night-club, avant d’enchaîner l’hymne de l’Union Marocaine des Travailleurs (UMT). Durant trois heures, le matraquage sonore était garanti. Le temps que Mahjoub Benseddik, secrétaire général de l’UMT, arrive sur les lieux. Les banderoles des militants, estampillées en pleine avenue des FAR, ont relayé à outrance des classiques du syndicalisme. «Le Capitalisme sauvage exploite les travailleurs, les ressources et des richesses»; «Non à l’exploitation de la santé et de la sécurité par le patronat et les pouvoirs publics»... Les peuples irakien et palestinien viennent eux aussi en renfort. A tel point que les drapeaux de leurs pays noient les étendards syndicaux. A l’instar du SG de l’UNTM, Benseddik a invité les militants à réciter la Fatiha, à la mémoire des victimes de l’incendie de Lissasfa..«Livre noir»Des ouvriers du textile ont fustigé les organisateurs: les banderoles ne traduisent pas vraiment leurs revendications: «Le 1er mai 2008 aurait dû être une journée de deuil national». Quant aux chauffeurs de taxis, ils ont protesté contre «l’interdiction faite au plus jeunes d’entre eux d’adhérer à la CNSS». Benseddik n’a pas hésité à qualifié le Livre blanc de la CGEM de «Livre noir» pour les travailleurs. Sebta et Melilia étaient également au programme...L’UMT a appelé à l’abrogation de l’article 288 du code pénal. Une disposition qui sanctionne «les cessations concertées du travail (...)», notamment dans le but «de forcer la hausse ou la baisse des salaires». Son secrétaire général visiblement affaibli, a peiné à prononcer son discours. Le syndicalisme se porte-t-il bien? Rien n’est moins sûr.Il est 9h du matin. La place du 20 août est déjà prise d’assaut par les militants de la Confédération démocratique du travail (CDT). Des haut-parleurs distillent des chansons de Faïrouz. Les chaussées des rues avoisinantes sont jonchées de banderoles soigneusement rangées. Les slogans ont un air de déjà-vu: «Garantie des libertés syndicales»; «Réintégration des militants licenciés»; «Augmentation des salaires»; «Appui au retrait de la Centrale de la 2e chambre du Parlement»...Au loin, des banderoles en noir sortent du lot. Elles sont dédiées aux victimes de l’usine Rosamor de Lissasfa. Dessus, des épitaphes portant les numéros des victimes non encore identifiées. Aux alentours du QG de la Confédération, militants et simples badauds reçoivent les textes des chants à scander pendant l’événement. Cette année, point d’invités étrangers. «Ils sont tous appelés à célébrer le 1er Mai dans leur pays», précise Abdelkarim El Aziz, membre du département des relations internationales de la CDT. Seuls les membres du syndicat espagnol Commission ouvrière se sont déplacés à Meknès pour s’enquérir des conditions de travail des ouvrières. Et du côté de l’UGTM, un représentant de la Confédération chrétienne française a fait le déplacement, comme l’année dernière.L’actualité fait son entrée: «Nous nous sommes retirés du Parlement parce qu’il ne représente pas les Marocains», s’indigne Ahmed Akhmis, membre du bureau national du Syndicat national de l’enseignement. Des invités s’annoncent: Thami Khyari, SG du Front des forces socialistes; Mohamed Moujahid, SG du Parti socialiste unifié ; Abdassalam Laaziz, Secrétaire Général de la Confédération nationale ittihadie... Interrogé sur le retrait de la CDT, Mohamed Noubir Amaoui est sans équivoque: «Ils ne travaillent que quinze jours par an. Notre retrait est définitif». Sur la tribune plantée au cœur du rond-point de Derb Omar, agglutinés, les militants sont suspendus aux discours de leurs ténors. Tout y passe: économie informelle, sécurité, santé...Faiçal Faquihi, Adam Berrada &Hassan El Arif

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc