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Politique Internationale

1991: l'année de toutes les incertitudes

Par L'Economiste | Edition N°:10 Le 02/01/1992 | Partager

L'année écoulée aura été l'année de toute les incertitudes. N'a-t-elle pas commencé avec une grande interrogation; celle de savoir s'il fallait ou non faire la guerre contre l'Irak? Ne se termine-t-elle pas également par une grande incertitude quant à l'avenir de la communauté d'Etats Indépendants qui succède à l'URSS? Et tout au long de l'année, les interrogations n'ont pas manqué, venant s'accumuler sans trouver de réponse. Que ce soit sur les grandes questions internationales, telles que le Proche-Orient, ou sur les questions régionales ou nationales telles que le suspens qui a marqué jusqu'au dernier moment le sommet de Maastricht ou tout les bouleversements qui agitent plusieurs pays d'Afrique, d'Asie et d'Europe.


SI l'on devait illustrer l'année 1991 en deux mots, on dirait «guerre et paix», et l'on s'empresserait d'ajouter le nom de l'auteur de ce roman du siècle dernier, Léon N.Tolstoï. Trois mots pour décrire une année, et dont un seul aurait suffi; guerre, paix, Tolstoï, chacun contenant en soi l'incertitude et l'angoisse qu'a connues le Monde en 1991.
Trois événements: la guerre du Golfe, la Conférence de la Paix au Proche-Orient et les bouleversements dans l'ex-Union Soviétique. Ce sont trois événements majeurs comportant des répercussions sur l'ensemble des pays du Globe et qui sont venus se joindre au lot quotidien des problèmes régionaux ou nationaux, les exacerbant dans bien des cas.

Rixes et disputes ... de village


Ces trois événements se sont en effet propagés comme une onde et ont déclenché des turbulences dans des dizaines de pays. Ainsi, le monde semble être désormais un petit village où les rixes et les disputes, à l'intérieur de l'un de ses foyers non seulement sont portées à la connaissance de tout le monde; ce qui se faisait déjà depuis longtemps, mais semblent concerner l'ensemble des foyers, peu importe pourquoi.
Nous, marocains, n'avons pas échappé à cette règle. Partie prenante tant dans la guerre du Golfe que dans le processus de paix dans le Proche-Orient, nous ne sommes pas restés, non plus, insensibles aux événements de l'ex-URSS, de la Yougoslavie et des pays africains. Observateurs avertis, nous n'avons pas manqué d'être aussi acteurs, notamment dans la construction du Maghreb, le rapprochement en Méditerranée Occidentale et le référendum au Sahara marocain.
Aussi, le Maroc n'a-t-il manqué aucune occasion de jouer pleinement son rôle sur l'échiquier international. Dans la guerre du Golfe, notre position claire, modérée et légalement fondée n'a pas manqué d'être saluée et respectée par tous. A la Conférence de la Paix au Proche-Orient, le Maroc était un des rares pays arabes conviés à titre individuel à la Conférence de Madrid et a constitué, à ce titre, une garantie pour tous les participants, y compris Israël.

Tragédie de la guerre


Présentée comme une défense de la légalité internationale, la guerre du Golfe n'était pas la tragédie du seul peuple irakien. Bien nombreux sont les Arabes qui, bien qu'ayant gagné la guerre sur le terrain, l'ont perdue sur le tapis.
Confronté à une quasi-unanimité derrière le Président Georges Bush, l'Irak n'a pas perdu la guerre durant les hostilités. Il l'a perdue bien avant, car l'invasion du Koweit était moralement non défendable. Il l'a surtout perdue après, par le contrôle et la destruction systématique de sa puissance.
Saddam Hussein devrait pourtant trouver une consolation dans le processus de négociation de paix au Proche-Orient qu'Américains et Israéliens ont enfin accepté d'engager. Mais autant la guerre a effectivement bien eu lieu, autant l'espoir de la paix reste encore et toujours un simple vu pieux. Israël a aujourd'hui pratiquement toutes les cartes entre les mains, alors que les Arabes n'en ont presqu'aucune.

Et si la Conférence n'a pu se réunir que parce que les Etats Unis ont enfin usé de quelques pressions sur leur allié israélien, ces pressions vont s'estomper avec le temps, d'autant plus que G. Bush est affronté au problème de le morosité économique et de l'approche de la campagne électorale.
Aux Etats Unis en effet, trois Américains sur quatre sont mécontents de la gestion de G. Bush. La relance, tant attendue, ne se concrétise pas. Bien au contraire, on craint de plus en plus une nouvelle récession de type 1974 ou 1981. Aussi, n'est-il pas étonnant de voir l'économie occuper la première place des thèmes de la campagne présidentielle. Quand la locomotive s'essouffle, le train ne peut que ralentir. Or, ni l'Allemagne ni le Japon ne sont encore prêts d'assurer la relève.
Bien des incertitudes pèsent donc sur la poursuite de ces négociations. Comment éviter qu'Israël ne les torpille plus? Pourrait-on éclater la délégation jordano-palestinienne pour la poursuite des consultations? Quel sera le résultat des urnes en Israël? Quel rôle pourra jouer la Russie? Va-t-elle prendre à sa charge de confirmer l'invitation que M. Gorbatchev avait adressée aux protagonistes pour la tenue de la troisième phase des négociations à Moscou, à partir de fin Janvier? Tout comme chez G. Busch les difficultés intérieures de B. Eltsine ne risquent-elles pas de le détourner de ses responsabilités internationales?

Ondes internes, chocs externes


Pourtant l'année avait bien commencé pour l'ex-URSS. La perestroïka de M. Gorbatchev allait si bien. Si elle cherchait à éviter de forcer le cours de l'histoire, pour mettre en place la démocratie et le libéralisme sans effusion de sang, c'est parce que le pays avait vécu, trois quarts de siècle durant, sous le totalitarisme et l'inertie, voire l'inhibition politico-intellectuelle. M. Gorbatchev n'a rien voulu brusquer. Il s'assurait d'abord d'avoir construit avant de détruire.
Mais au fur et à mesure qu'un édifice s'élevait et au fur et à mesure qu'une voix se libérait, la critique s'exacerbait: en Août dernier, tout le monde avait cru que le putsch avait avorté; c'était plutôt la perestroïka qui allait agoniser. Son artisan, fidèle à lui même, préférait grignoter sur son propre pouvoir pour mener sa politique jusqu'à sa fin. Il s'est alors laissé dominer par sa propre politique. Sa démission du poste de Secrétaire Général du parti avait alors précipité sa chute.
Tout le monde y perd aujourd'hui. M. Gorbatchev le premier, il s'en va sans avoir achevé son programme. B. Elstine lui aussi, lui succède sans avoir fixé les contours de son futur pouvoir «communautaire», qu'il s'arroge apparemment bien plus par sa domination géographique, humaine et historique que par la négociation. Tout les pays tiers y perdent également, en raison de l'arme nucléaire qui plane désormais comme une épée de Damoclès, que les déplacements de dizaines de millions de personnes, l'imprécision des frontières et la multiplicité des territoires contestés dans l'ex-empire, ne cessent de balancer au dessus de nos têtes.
Cette année sera décisive. Plusieurs de ces grandes interrogations devraient en principe recevoir une réponse. Quelle sera la réaction de l'Irak et du peuple irakien après, bientôt un an et demi d'embargo? Quel sera le degré de maturité politique de l'électorat israélien après qu'il ait enfin compris que les arabes, y compris les Palestiniens et les Syriens, veulent faire la paix? Que fera l'électeur américain face à la morosité économique et au leadership, désormais incontesté, des USA? Comment se fera la transition de l'Union à la Communauté d'Etats Indépendants dans l'ex-URSS?

Démocratisation et instabilités africaines


Plus près de nous, d'autres interrogations sont posées. L'Afrique a vécu une année bouillonnante, avec des troubles et des tragédies partout. Et si toutes les conférences nationales qui se sont tenues tout au long de l'année, ont mis fin, dans plusieurs pays, au parti unique, cela n'a pas résolu les problèmes économiques du continent.
Et s'il est vrai qu'avec plus de droits de l'homme et plus de démocratie, les pays africains auraient pu avoir des régimes plus stables, pouvant donc assurer le progrès économique de leurs populations, il n'en demeure pas moins que le risque de l'anarchie et de l'exacerbation des mouvements nationalistes et tribaux demeurent.
Le multipartisme n'est pas la multiplication à l'infini des partis. Lorsqu'on compte 30, 40 voire même 50 partis dans un pays, ne doit-on pas s'inquiéter devant un risque de renaissance du tribalisme? Or c'est là l'handicap majeur de trente années d'indépendances africaines et de leur retard économique.
La montée de l'intégrisme est également un des problèmes qui se posent avec insistance aujourd'hui. On l'a vécu en Tunisie, avec la tentative présumée d'une attaque de l'avion présidentiel.
On l'a également vécu en Algérie, avec les événements sanglants de l'été dernier et le succès du FIS aux dernières élections législatives.

Pourtant l'intégrisme, tout comme le communisme en Europe Occidentale, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, n'est qu'une sorte de refuge, d'»exotisme» intellectuel, économique et politique, d'autant plus attrayant que les difficultés économiques et sociales sont grandes. C'est la recherche d'autres perspectives, d'autres analyses et d'autres thérapeutiques qui rend l'intégrisme si attrayant, aujourd'hui que d'autres courants de pensée alternatifs disparaissent.
Mais tout comme le communisme, l'islamisme et l'intégrisme ne manqueront pas de reculer, même dans les pays où ils sont les plus enracinés. Le seul remède contre ce genre de pensée c'est la prospérité économique et la démocratie. Plus prospères en effet seront nos économies, moins l'intégrisme s'y développera.
Pour être complet, avouons qu'en cette période d'»hiver historique», les éclaircies n'ont pas manqué. Qu'il s'agisse du début du dénouement plutôt favorable de la question des otages du Liban, surtout depuis qu'Israël s'est enfin montré coopérant.
Qu'il s'agisse aussi de la fin de l'apartheid, au moins sur le plan du droit.

Qu'il s'agisse aussi du processus de référendum au Sahara et de la prise en considération des revendications de nos compatriotes qui ont fui les agissements du colonisateur espagnol.
Qu'il s'agisse enfin de la construction européenne, maghrébine et de la Méditerranée Occidentale.
En effet, et malgré toutes ses hésitations; tant dans la crise du Golfe que dans l'affaire yougoslave, la CEE a terminé l'année en beauté. Et si, même avec le Traité de Maastricht, les incertitudes ne manquent pas, tant en ce qui concerne la forme, quand passera le convoi et qui le prendra, que le fond, quel en sera le contenu, il n'en demeure pas moins que c'était là un accord historique qui s'inscrit dans le sillage du Traité de Rome.
La Méditerranée Occidentale a également enregistré des progrès sensibles même si elle reste encore loin des volontés exprimées de part et d'autre.
Les pays de l'Europe Méridionale découvrent de plus en plus, que leur «Allemagne de l'Est» à eux, c'est l'Afrique du Nord. Ensemble donc, il pourront former un contrepoids à l'Allemagne, agrandie et désormais regardant à l'Est.
L'UMA a accompli d'importants progrès notamment avec la fixation du siège des institutions et la nomination d'un secrétaire général. Un pas très important a également été franchi à Casablanca avec le vote à la majorité.

Mohammed MELIANI


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