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    Politique

    «On ne construit pas un Etat sur des lambeaux de territoire«
    Entretien avec le SG de l’ONG “Paix et démocratie”

    Par L'Economiste | Edition N°:2143 Le 02/11/2005 | Partager

    Avec le Palestinien Sam’an Khoury, responsable de l’association “Paix et démocratie”, pas de double langage: ce qu’il dit à Tel-Aviv, il le répétera à Ramallah. Cet ardent défenseur de la paix souligne l’aspiration des Palestiniens à une situation de calme tout en indiquant que le facteur du temps qui passe ne joue pas forcément en faveur d’un règlement pour les deux parties. Khoury est signataire de l’Initiative de Genève.- L’Economiste: Quel était votre rôle au sein de la résistance palestinienne?- Sam’an Khoury: C’était celui d’un penseur et d’un organisateur. Je voulais que le combat pour notre indépendance mobilise les masses. En 1978, j’ai été emprisonné deux ans sous le délit d’appartenance à une organisation terroriste et illégale. Mais, pour nous, la prison c’était le temps de la réflexion. Nous appelions cela “l’université”. J’utilisais mon temps à lire, discuter, échafauder de nouvelles stratégies et mieux organiser notre combat. La plupart des leaders palestiniens actuels étaient à ce moment-là ensemble en prison. A ma libération, j’ai poursuivi la lutte avec les étudiants et les syndicats en organisant manifestations et meetings. Nous étions régulièrement arrêtés et interrogés par la police israélienne avec des séjours en détention qui pouvaient durer des semaines. J’étais devenu de fait un des cadres de l’Intifada. Mon rôle était de maintenir et consolider la volonté des masses à refuser l’occupation et à ne pas se résigner. La tension entre nous et les Israéliens a fini par déboucher sur l’Intifada en 1987. En 1988, je suis retourné en prison pour 4 ans cette fois. Malgré cela, pour moi l’objectif majeur était d’ouvrir un dialogue. Il y avait eu des contacts avec ce que l’on appelait l’extrême gauche israélienne, mais ce n’est véritablement que dans la deuxième partie des années 80 que l’on a commencé à avoir des rencontres avec des membres du Parti travailliste comme Yossi Beilin. Fin 1987, il y a eu un meeting important à Jérusalem à l’hôtel Notre-Dame et il était clair des deux côtés que la discussion devait mener à une solution politique. Du côté palestinien, ont participé à ce meeting Hanane Ashraoui, Faycal Husseini, Zyad Abou Zyad.Après cette période qui va jusqu’en 1992, j’ai été désigné comme un des négociateurs possible pour ce qui devait mener aux accords d’Oslo. La réduction pour une durée de 4 mois de ma peine ayant été refusée, je me suis contenté de préparer les dossiers et de suivre à distance l’évolution des discussions.Par la suite, j’ai participé au projet de radio et télévision palestinienne dont je suis devenu le vice-président jusqu’en 1997. Mais la priorité de l’équipe dirigeante, ceux que l’on appelle la vieille garde, était de contrôler le contenu des programmes au détriment de la qualité. Sur les 300 personnes qui travaillaient avec nous, les trois quarts n’étaient pas qualifiés. Il était interdit de critiquer. J’ai préféré alors rejoindre l’équipe de mon ami Yasser Abde Rabou, qui était ministre de la Culture et de la Communication, et je suis devenu responsable du développement international. - Et puis il y a eu la reprise de l’Intifada?- Je préférerais ne pas utiliser le mot Intifada, qui est l’expression de la résistance populaire au sens noble, je parlerais plutôt d’une guerre, d’une sale guerre et d’un choix délibéré de certains dirigeants à montrer à l’occupant qu’ils étaient aussi capables de nuisances. J’étais contre ces événements qui n’avaient pas l’adhésion du peuple. On peut dire qu’un groupe de militants se sont organisés comme un état-major de guerre. Lorsque l’on voit les images de ces jeunes soldats israéliens lynchés à Ramallah, on ne peut éprouver que du dégoût et de l’horreur. Alors là on assiste à un tournant grave de la politique menée par une partie des dirigeants qui ont laissé faire. Personne ne peut me donner des leçons de patriotisme, mais je ne pouvais en aucun cas accepter que l’on ne condamne pas cet événement atroce avec une détermination absolue. Cet épisode est gravissime car il a ouvert la porte au chaos. L’autorité palestinienne qui voulait probablement utiliser la violence pour engager Israël à retourner à la table de négociation à jouer à l’apprenti-sorcier et très vite il ne pouvait plus contrôler la situation. Je peux vous dire que depuis qu’il a été élu, le président Abbas a choisi une politique très différente. Il y a clairement un changement et une rupture avec la politique exercée par le président Arafat. La loi doit être respectée et quiconque transgresse la loi aujourd’hui prend le risque d’être arrêté, jugé et condamné comme dans n’importe quelle démocratie. Lorsque Abbas décide de désarmer les milices, il a le soutien massif du peuple palestinien. Aujourd’hui la préférence est largement donnée à un accord négocié, et ce n’est pas facile, mais cette situation doit être réglée avant les élections. Par ailleurs, une campagne électorale ne peut pas se dérouler normalement sur fond de violence.- Quelle est votre analyse de la situation politique dans le volet concernant vos rapports avec Israël?- Le slogan nous “n’avons pas de partenaire” a fait long feu. Le peuple palestinien pense que son gouvernement peut trouver un accord avec Sharon. C’est un fait nouveau et important. De l’autre côté, ce n’est pas évident. Les Israéliens sont tentés de dire que Mahmoud Abbas n’a pas les moyens de la politique qu’il voudrait mener et donc de le décrédibiliser. Ce facteur psychologique est entre les mains des dirigeants israéliens. Cela doit changer. Il faut instaurer une autre mentalité à l’égard des nouveaux dirigeants palestiniens. Le retrait de Gaza est une étape importante. Sachons ensemble capitaliser cette situation.- Quelle est la prochaine étape?- Le peuple palestinien souhaite une reprise rapide des négociations. Il ne faudrait pas attendre la fin de l’année 2006, date des prochaines élections en Israël, pour reprendre une vraie négociation. Ce serait vraiment long pour nous. A cette vitesse, il faudra 20 ans pour voir la naissance de l’Etat palestinien, ce n’est pas acceptable. Pendant ce temps, la construction du mur de séparation et l’expansion des colonies en Cisjordanie rendent la configuration d’un Etat palestinien viable et contiguë plutôt aléatoire.Pour que la paix soit scellée, l’Etat doit être viable. C’est ce que nous souhaitons. Mais Sharon est le leader du Likoud et le Likoud a exprimé son opposition au retrait de Gaza et à la poursuite du désengagement. Cela ne me rassure qu’à moitié. Je sais que la majorité du peuple israélien est à ce jour nettement en faveur de la paix du dialogue mais il faut que cela se traduise par une réalité politique qui n’existe pas encore. Il faut aussi que cette réalité politique s’exprime par une décision politique et des actes. A mon sens, cette décision n’a pas encore été prise par Israël. Voilà la réalité. Mais dès que la décision politique sera prise, le contenu des aménagements n’est pas insurmontable. Je reviens sur le concept de contiguïté qui est incontournable. On ne construit pas un Etat sur des lambeaux de territoire. A partir du moment ou les Israéliens ont compris cette priorité, nous sommes prêts à discuter en prenant pour base les frontières de 1967 et en fonction de la normalisation qui peut s’effectuer sur le terrain. Mais il y a les symboles nationaux, et Jérusalem en fait partie. Il faudra trouver un accord sur ce point. Appelez cela le Mont du Temple ou l’Esplanade des Mosquées, cet endroit est chargé d’une charge affective gigantesque comme le mur des lamentations pour les Israéliens. Je pense qu’un accord doit être trouvé sur cette question qui reste le symbole national le plus fort pour les Palestiniens.


    Risques de report

    - Les élections peuvent-elles être repoussées?- On ne peut pas exclure cette possibilité. Le gouvernement qui voudrait respecter la date du 26 janvier 2006 doit asseoir son autorité et il faudrait qu’il ait les moyens de faire face à une éventuelle situation de crise. Il faudrait trouver un équilibre, une forme de moratoire pendant lequel les Israéliens diminuent leur pression sur les organisations militantes pendant qu’elles-mêmes décident de rentrer dans le jeu démocratique et de désarmer. Mais elle ne peuvent pas à la fois garder leurs armes et prétendre participer au processus démocratique, il y a là une contradiction flagrante. Je veux ajouter que toutes les expressions de la présence militaire israélienne et surtout lors d’opération coup de poing sont extrêmement impopulaires parmi les Palestiniens et les jettent à nouveau dans les bras des militants. Il faut trouver cet équilibre. Propos recueillis par Claude SENOUF

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