×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Affaires

«Marrakech, le phénomène touristique«
Entretien avec Mounir Chraïbi, wali de la région

Par L'Economiste | Edition N°:2163 Le 02/12/2005 | Partager

Après l’Office de formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) et la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), Mounir Chraïbi s’est vu confier la destinée de Marrakech, en juin 2005. La tâche n’est certainement pas aisée d’autant plus que son prédécesseur, Mohamed Hassad - nommé wali de Tanger - a laissé une ville en plein essor, dynamique et qui rayonne déjà sur la région. Mais Chraïbi entend relever le défi et laisser lui aussi «sa touche» à la capitale du sud. De nombreux projets de développement sont en cours. Du golf et des investissements immobiliers notamment. Mais le challenge est de garder l’authenticité de Marrakech. Pas question en effet de dénaturer, par une urbanisation galopante, l’arrière-pays et les joyaux de la ville, en l’occurrence la palmeraie. - L’Economiste: Depuis votre nomination, on vous a très peu vu dans la presse. A quoi avez-vous consacré ces six derniers mois? - Mounir Chraïbi: J’ai consacré ce temps à m’imprégner du «dossier Marrakech». C’est une ville que je connais et apprécie comme tout Marocain. Beaucoup de choses ont été réalisées et la ville est un vaste chantier. Il faut maintenir le rythme de la croissance démarrée il y a une vingtaine d’années. - Justement, il est question d’augmenter la capacité hôtelière. Celle dont dispose la ville n’est-elle pas suffisante? - Non. Aussi faut-il accompagner la demande touristique par la création de nouveaux lits. Le pire qui puisse nous arriver demain, c’est que la croissance du secteur soit si forte que, faute d’une capacité hôtelière conséquente, celle-ci s’accompagne d’une augmentation des prix, voire d’une baisse de la qualité de service.La concurrence est mondiale: les touristes comparent Marrakech à Grenade, Séville ou Venise. Et si en 2005, on connaît une accalmie au niveau de la production de lits, tout laisse prévoir à partir de 2006 une reprise hôtelière. C’est dans ce sens que sont développés les projets touristiques de la zone de l’Aguedal. - Tourisme veut dire aussi infrastructures. Qu’est-ce qui est prévu? - Il faut effectivement accompagner la croissance de la ville par le développement concomitant des infrastructures. Ainsi, la croissance de la consommation électrique ou en eau doit être sécurisée pour éviter demain les coupures ou le rationnement du genre de celles que l’on a connues l’été dernier. A ce propos, une réunion est prévue prochainement avec la Radeema afin de lancer les projets structurants. Il est évident que pour la gestion des services d’eau, d’électricité ou de l’assainissement liquide, Marrakech doit bénéficier d’une gestion aux standards internationaux. Enfin, la santé fera également l’objet d’une attention particulière avec notamment l’ouverture d’un nouveau CHU d’une capacité de 900 lits et la rénovation de l’hôpital Ibn Zohr. L’ouverture de deux cliniques spécialisées dans le domaine de la cardiologie est également programmée. - L’aéroport aussi a besoin d’une restructuration…- Tout à fait, car il a atteint son point limite. L’aéroport (ndlr: qui vient de fêter ses deux millions de passagers) a connu cette année 30% d’augmentation d’activité, soit deux fois plus que la moyenne nationale. A noter à partir de ce mois l’ouverture d’une nouvelle aérogare. Par ailleurs, la structure existante verra le doublement de sa capacité. - Beaucoup craignent que le développement et la modernisation de Marrakech ne lui fassent perdre son cachet et que la magie s’arrête… - Justement, on veille à préserver ce cachet qui fait la renommée de la ville. Ainsi, avec l’aide de la Fondation Mohammed VI pour l’environnement, il est prévu de quintupler pour les dix prochaines années le nombre de palmiers à Marrakech. Et pour gérer le développement urbanistique de la ville, la Région encourage la naissance de villes satellites. A l’instar de ce qui se fait actuellement dans la ville de Tamanssourt, à 7 km de Marrakech. - L’essor économique de Marrakech, cela suppose aussi le développement de l’arrière-pays. Quels sont vos projets dans ce sens?- Il faut préciser que le développement de Marrakech est tributaire de la croissance des provinces de la région. C’est pourquoi, on fonde de grands espoirs sur la station de Mogador à Essaouira dans le cadre du plan Azur. Il est aussi question de l’aménagement de la station de l’Oukaïmaden. Le site pourrait devenir une zone touristique attractive toute l’année et pas uniquement en période de neige. Enfin, les projets touristico-golfiques de la région d’Amezmiz sont aussi un atout dans le développement local. - Essaouira semble suivre la voie de Marrakech. Que ferez-vous pour accompagner dans ses ambitions la ville du Festival des gnaoua? - Le développement d’Essaouira présente, relativement, les mêmes caractéristiques que Marrakech. La station balnéaire de Mogador -dont les travaux ont démarré- fournira de nouvelles capacités d’hébergement. La mise en œuvre de la double voie Chichaoua-Essaouira, en complément de l’autoroute de Marrakech-Agadir, ouvrira de nouvelles perspectives. On pourra intégrer la ville au package offert par Marrakech. Naturellement, il s’agit aussi de préserver les caractéristiques et le cachet de la ville des gnaoua. - Marrackech est devenue chère, tant dans l’immobilier que pour l’indice général. Est-ce une bulle? - Je ne le pense pas. Pour ce qui est de l’indice du coût de la vie, et selon le Haut-Commissairiat au Plan, celui-ci est dans la moyenne nationale. C’est vrai que l’immobilier a connu une envolée des prix sans précédent ces dernières années. Mais c’est moins qu’une ville comme Casablanca ou d’autres destinations internationales. Si l’on crée les conditions du développement durable, Marrakech devrait vivre encore longtemps l’embellie qu’elle connaît actuellement. Dans tous les cas, nous y travaillons. - Pourtant la misère ne semble pas avoir reculé. Quel est le taux de chômage? - Il est de 14%, soit quatre points de moins que la moyenne nationale. Ce taux cache une pénurie de profils au niveau des travaux publics, l’hôtellerie et les loisirs. Dans le bâtiment, les salaires offerts sont plus élevés que le reste du Maroc et rien que pour les grands projets touristiques, il est prévu la création de 20.000 emplois directs dont nous devons planifier la formation. - Comment concilier l’attraction touristique avec les habitudes des habitants? - C’est une vraie problématique. Marrakech a été de tout temps un carrefour de rencontre de civilisations. Le profil ouvert et accueillant a permis l’essor du tourisme. Pour garder cette dynamique, il faut veiller à ce que le développement du tourisme respecte les valeurs, notamment arabo-musulmanes des habitants de cette ville. - Pourtant, il y a le problème du tourisme sexuel. Qu’en dites-vous? - Tolérance zéro! Pas question d’accepter les déviations que peut générer un développement incontrôlé du tourisme. Fort heureusement, le tourisme dit sexuel, reste limité et l’action déterminée des autorités contre les intermédiaires de la prostitution organisée et de la pédophilie a permis le soutien de la population de mettre des lignes rouges à ne pas dépasser dans le cadre du développement du secteur. - Comment a-t-on élargi les no man lands autour des résidences royales? Les personnes physiques ou morales qui y ont investi seront-elles indemnisées? Sur cet aspect, rien n’a changé. Pour ce qui est de Marrakech, un seul cas pose problème. C’est un nouveau projet aux abords d’une résidence royale pour lequel toutes les précautions, notamment sécuritaires, n’ont pas été prises en compte. Le litige est en voie de règlement dans le respect des droits des investisseurs. - Les Marrakchis disent qu’on leur a volé leur ville, que tout est allé trop vite. Etes-vous d’accord? - Quand les choses vont doucement tout le monde râle, quand les choses vont vite, on râle aussi! Je pense que les Marrakchis font allusion aux nombreux projets immobiliers et aux ventes des riads de la médina. C’est un phénomène marginal mais dont on parle beaucoup. A noter qu’il y a 4.000 résidents étrangers sur 1 million d’habitants. La réalité est que l’essor de la ville profite en priorité à ses habitants. Rien n’est plus agréable qu’une ville plus propre et plus verte. La médina garde son cachet authentique et fait l’objet d’une restauration permanente, les artisans font de bonnes affaires. Et les projets immobiliers achevés ou en cours de réalisation vont drainer des recettes locales importantes pour le financement économique et social de la ville. Moi, je dis qu’il fait bon vivre à Marrakech. Et à l’avenir ce sera encore mieux!


Wali, gouverneurs, élus: comment s’entendre?

Pour Mounir Chraïbi, les relations entre le wali, les gouverneurs et les élus peuvent être les «meilleurs du monde». Il suffit, dit-il, de respecter les prérogatives des uns et des autres. Celles des élus sont définies par la charte communale et leur donnent les «coudées franches» pour décider des mesures susceptibles de contribuer au développement de leur commune et d’y affecter les moyens adéquats. Le gouverneur doit veiller à la conformité des décisions locales avec les lois et règlements en vigueur. Selon Chraïbi, la fonction du wali est encore en devenir. Elle a connu des avancées décisives suite à la lettre royale relative à la gestion déconcentrée de l’investissement. Cela a notamment permis le développement des investissements privés à Marrakech. Enfin, pour lui, le rôle du wali devrait encore évoluer avec la réforme future des attributions de la Région.


Encore des palmiers

Difficile d’imaginer Marrakech sans sa couleur ocre et ses palmiers verdoyants. Les amoureux de la ville ont toujours reproché l’expansion urbaine au cœur de la palmeraie. «C’est un joyau végétal qu’il faut absolument préserver et développer», indique Chraïbi. Ainsi, un plan de reboisement sur 2 à 3.000 hectares est prévu. 400.000 palmiers seront plantés d’ici dix ans. Déjà, 270.000 plants attendent dans une serre dédiée leur mise en terre.


Marrakech, cité du golf

Une dizaine de projets de golf, représentant près d’un milliard de dirhams d’investissement, ont été déposés auprès du Comité du Premier ministre. Cinq d’entre eux sont passés cette semaine. Les autres attendent juste l’approbation de l’autorité de tutelle. Les terrains de golf «ne consomment pas plus d’eau que 100 hectares d’oliviers», affirme Chraïbi, en ajoutant qu’un golf emploie 10 fois plus de personnes.


Pause pipi

Autre détail et non des moindres, c’est le problème des latrines manquant dans la ville et que le nouveau wali voudrait résoudre au plus vite. «La propreté de Marrakech et le confort des gens sont prioritaires». Une étude est en cours. Propos recueillis par Fatima EL OUAFI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc