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Culture

«L'humour, un antidote contre la médiocrité«
Entretien avec Sahraoui Faquihi, auteur du «Tableau noir»

Par L'Economiste | Edition N°:2421 Le 13/12/2006 | Partager

Le tableau noir est un récit autobiographique d’une ironie sans concession. Son auteur, Sahraoui Faquihi, estime que «c’est un antidote humoristique contre la médiocrité et la fatalité». Ayant enseigné plus d’un quart de siècle, son récit relate avec un humour cinglant des scènes burlesques. Le monde de l’enseignement se mue ainsi en un théâtre surréaliste de la vie. - L’Economiste: Qu’est ce qui vous a poussé à écrire ce livre?- Sahraoui Faquihi: C’est mon désir de «revanche» contre le destin. Je suis devenue professeur par accident d’ailleurs. C’est ce qui explique mon départ anticipé. L’approche autobiographique n’est qu’un prétexte pour relater les tracas quotidiens de l’enseignant. C’est une réflexion qui expose aussi une vision très personnelle du Maroc. Imaginez les impressions d’un jeune professeur qui débarque dans un collège installé au milieu de nulle part. L’établissement en question est entouré d’un mur sans porte! Et en plus, des moutons viennent paître dans la cour d’éducation physique. C’est presque surréaliste; pourtant, nombre d’enseignants ont vécu des scènes aussi burlesques. - Vous brossez un tableau très noir de l’enseignement. L’est-il à ce point-là encore?- Il n’y a jamais eu de véritables réformes. Ce sont plutôt des opérations de raccommodage. Les vrais intéressés n’ont pas été associés au relifting de l’Education nationale. Pourquoi n’avoir jamais donné la parole aux élèves par exemple? Ils ont certainement des choses à dire. Ce n’est pas seulement un problème de programmes mais aussi de ressources humaines. Les professeurs ont toujours été mis à l’écart. Si le tableau est si noir, c’est parce que, jusqu’à présent, le ministère de tutelle persiste dans ses erreurs. - Le titre du récit est en décalage avec le ton humoristique de votre écriture. Pourquoi?- L’humour est une manière de se maintenir en vie. «L’excès de malheur fait rire», disent les anciens. En écrivant, le ton ironique a jailli spontanément. L’effet thérapeutique est garanti lorsqu’on associe les deux. Dès le début du livre, la dérision donne du piment au récit: «Nous sommes le 25 septembre 2001. Je fus libéré hier, le 24 du mois. Oui, je dis bien libéré. Non pas d’une prison, mais libéré du ministère de l’Education nationale». - Vous êtes à la fois écrivain, traducteur et poète, quel rapport entretenez-vous avec ces trois genres littéraires?- Le traducteur est un créateur. Il réécrit le texte en lui donnant un second souffle. On parle souvent des épreuves de l’écriture mais rarement de celles de la traduction. Traduire ne se limite pas seulement à transcrire un texte dans une autre langue. C’est un dialogue entre deux genres (la traduction et la littérature), entre deux cultures aussi. Parfois la relation entre le traducteur et le texte est très tendue. Il n’est pas toujours aisé de saisir la pensée d’un auteur. Le traducteur devient de la sorte une référence pour le lecteur. La création reste donc le fil conducteur de tous les genres littéraires, y compris la traduction.- La littérature marocaine de langue française se porte-t-elle mieux que l’enseignement?- La littérature en générale se porte mal au Maroc. Déjà, le lectorat est trop réduit. Peu de gens achètent et lisent. Quant aux écrivains marocains francophones, ils subissent une double injustice : ignorés dans leur propre pays et considérés comme des auteurs de second degré en France. - Vous travaillez actuellement sur plusieurs projets littéraires. Pouvez-vous nous en dire un mot? - Je travaille en ce moment sur la traduction d’un livre sur Casablanca depuis sa fondation jusqu’à 1957. Il a été écrit par André Adam, sociologue et critique littéraire. J’ai aussi deux autres traductions en instance de publication: «L’étape extrême», un roman soufi de Mohamed Ghazi Khalid, écrivain égyptien; et «Nouvelles appréciées de la littérature arabe», qui a pour thème la répression dans le monde arabe. Je prépare également un autre roman: «Non, il n’est pas mort», dont l’histoire va se dérouler entre 1946 et 1957 dans un patelin à Doukkala.


Extrait

Depuis mes premiers pas d’enseignant, je fuyais une image qui me poursuivait longtemps au cours de ma carrière. Et qui a failli être la mienne à un moment donné. C’est celle de l’enseignant figé: coincé dans sa tenue proprette, sur mesure ; comme dans ses connaissances, son statut social et sa mentalité. Il y avait dans ma tête deux images ; celle du maître de campagne enveloppé dans une djellaba noire, portant des souliers sans chaussettes, s’occupant vendredi et dimanche, de l’élevage et de l’agriculture. Et l’image de l’instituteur de ville qui, lui, fumait l’Olympique rouge, possédait une mobylette jaune et passait ses week-ends au café, à jouer aux cartes ou à croiser des mots».Propos recueillis par F. Z. T.

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