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Economie

«Les systèmes financiers marocains ont besoin d’être perfectionnés”
Entretien avec Omar Kabbaj, président de la BAD

Par L'Economiste | Edition N°:1956 Le 10/02/2005 | Partager

. La transformation des crédits du moyen vers le long terme est nécessaire. Les prochains prêts libellés en dirhams . Objectif: Animer le marché international du DH- L’Economiste: Vous venez de signer avec le gouvernement marocain trois accords de prêts pour près de 5 milliards de DH. Dans quels délais ces montants seront-ils décaissés?- Omar Kabbaj: Les procédures de la banque sont très claires à ce sujet. Pour les prêts qui vont dans le budget de l’Etat, les procédures sont souvent plus courtes et le décaissement rapide. C’est le cas des prêts signés. Nous pouvons nous attendre aux premiers versements dans les six mois à venir. - Et comme cet argent va dans le budget, est-ce qu’il y a un suivi de l’exécution des programmes?- Bien entendu, la supervision de tous les projets financés par la BAD existe. Nous le faisons dans les pays où les procédures budgétaires sont suffisamment plus élaborées pour permettre le suivi et la bonne gestion. Car, le pays doit fournir des rapports continus d’exécution. Nous avons aussi des missions de supervision qui viennent visiter le pays pour chaque projet. Et à ce titre, nous avons en moyenne une supervision et demie par projet et par an.- Vous avez rencontré le Premier ministre et des membres du gouvernement. De quoi avez-vous discuté? - Avec le Premier ministre, des ministres et le gouverneur de Bank Al-Maghrib, nous avons naturellement discuté des relations de la banque avec le pays et en particulier avec les ministères intéressés. Ces derniers ont été choisis en fonction de l’ampleur des opérations que nous finançons: l’équipement, l’aménagement du territoire et l’eau, le tourisme qui a des potentialités d’interventions à développer. Ce genre de discussions sert à explorer ce que nous faisons pour savoir si tout fonctionne et si des doléances particulières du pays à l’égard de la banque existent. Les ministres exposent la politique de leur département pour nous indiquer les meilleures façons de contribuer au travail dans leurs départements.- Le Maroc est très bien placé pour obtenir des prêts. Votre nationalité marocaine joue-t-elle un rôle?- Je ne pense pas. Lorsqu’on est à la tête d’une organisation internationale, il faut veiller à tout prix à traiter tous les pays membres de la même manière. C’est ce que j’ai fait. Les autorités marocaines n’ont aucun problème. Naturellement, le Maroc est parmi les pays les mieux cotés sur le plan international et à l’égard de la BAD. En plus, il a la qualité d’être le premier partenaire de la banque en termes de financement, soit des montants cumulés de l’ordre de 6 milliards de dollars. C’est unique. Il est talonné de près par la Tunisie. Ces 2 pays ont les concours les plus élevés de la BAD. Cette situation date d’avant mon arrivée. Il a toujours été le premier partenaire de la banque en raison également de la qualité des projets et de leur bonne réalisation.- Vous avez quitté le Maroc depuis près de 10 ans. De l’extérieur, comment analysez-vous le comportement de l’économie marocaine?- Elle a bien évolué. Les Marocains sont trop durs à l’égard de tout ce qui se fait en matière économique. Si vous regardez le Maroc par rapport à l’ensemble des pays d’Afrique, il figure parmi les cinq premiers dans toutes les classifications et dans toutes organisations internationales. Il a connu un développement remarquable: une croissance soutenue qui pourrait être supérieure, des privatisations qui donnent beaucoup de souplesse à l’économie, une gestion macro-économique bien faite, malgré quelques problèmes, avec des équilibres bien sauvegardés. Sur le plan extérieur, le Maroc est l’un des rares pays en Afrique à avoir un compte extérieur courant excédentaire et une balance de paiement excédentaire depuis quatre ans. Maintenant, comme les pays en voie de développement, il a des problèmes et des défis à relever, liés à la mondialisation et aux accords de libre-échange qui mettent à rude épreuve le tissu industriel. Cela permettra d’ailleurs à l’économie d’être plus performante. Vous avez également des défis sociaux avec des poches de pauvreté importantes à redresser, des problèmes dans les systèmes éducatifs, de santé… Ce n’est pas spécifique au Maroc. - Comment voyez-vous le système financier avec la Bourse, l’émergence du champion national dans le domaine bancaire… - Là aussi, le Maroc a fait des progrès importants. Le système financier marocain est l’un des meilleurs de l’Afrique avec celui de l’Afrique du Sud et quelques autres pays. La Bourse de Casablanca a été une bonne initiative et elle fonctionne relativement bien. Maintenant, les systèmes financiers ont besoin d’être perfectionnés. A cause de la mondialisation et de la compétitivité, la transformation des crédits du moyen vers le long terme est nécessaire pour que l’économie puisse se baser sur des assises plus solides. Les restructurations des banques comme nous avons vu récemment pour constituer des groupes en mesure d’affronter la compétition internationale sont une bonne chose. Là aussi, il y a beaucoup d’actions entreprises et nous avons contribué à financer certaines réformes dans le secteur financier.- Là où vous intervenez, la Banque mondiale et d’autres institutions financières sont présentes. Y a-t-il une approche coordonnée pour l’octroi des prêts ou chacun tire la couverture de son côté?- En Afrique, toutes sortes de donateurs sont présents comme la FAD, la Banque mondiale, la BEI, l’UE, les Fonds arabes, le Japon, la France… Toutes ces composantes de la communauté internationale travaillaient séparément dans le passé. Depuis quelques années, il y a un travail d’harmonisation surtout au niveau des institutions internationales. Avec la Banque mondiale, nous avions lancé une initiative d’harmonisation à Rome, il y a trois ans. Cela consistait à rechercher des synergies pour éviter de faire ce que les autres font déjà. L’avantage est d’alléger la charge de la gestion de ces crédits qui pèse sur le pays. Aujourd’hui, la plupart des donateurs ont décentralisé leurs opérations sur le terrain. Des bureaux sont très actifs dans plusieurs pays. La BAD dispose de 9 bureaux et compte en ouvrir 16 au cours des deux prochaines années dont un au Maroc. La proximité avec le pays permet de nouer un dialogue plus fructueux et suivre les projets de plus près. L’autre avantage est d’avoir des contacts avec la société civile et de coordonner les actions avec les autres donateurs au niveau local.- L’ouverture du bureau à Rabat est prévue pour quand?- Ce sont des choses qui prennent du temps, avec des négociations sur les clauses juridiques et l’immunité. Dans les six mois, le bureau sera sûrement ouvert.- Vous avez évoqué de nouveaux produits comme des prêts libellés en dirhams?- Cela s’inscrit dans l’action de la banque pour coller aux demandes des pays membres en adaptant ses produits à leurs exigences et l’évolution de leur marché. La plupart des 15 pays intermédiaires sont connus pour respecter leurs engagements et avoir un niveau des réserves qui rassure les donateurs. Le Conseil d’administration de la banque approuvera une panoplie de nouvelles formules. Ainsi, nous allons créer (si notre conseil l’approuve) un fonds d’assistance technique qui nous permettra de financer, par des dons, des études de faisabilité des projets. Nous allons démarrer une initiative importante qui consiste à monter certains prêts en monnaie locale, c’est-à-dire en dirhams. Pour les utilisateurs du secteur public ou privé, l’avantage est de ne pas assumer le risque de change. Pour nous, la contrepartie est dans le fait d’emprunter à long terme sur le marché marocain et développer certains produits inexistants. Ainsi, nous allons contribuer à animer un marché international du dirham. C’est, à la fois, notre objectif et celui du gouvernement. - Vous êtes au terme de votre deuxième mandat et vous ne pouvez plus vous représenter. Après la BAD, où comptez-vous atterrir?- Quand je quitterai la banque en août prochain, j’aurai fait 42 ans de carrière. J’aspire à un peu de repos. Plus tard, j’aurai l’occasion d’apporter une contribution à la réflexion et à la réforme pour les pays qui le souhaitent. - Tout le savoir-faire et les compétences accumulés en veilleuse. Dommage!- Bien entendu, je me tiens à la disposition de mon pays et de l’Afrique en général. je préférerais des activités sans gestion directe. Mais j’ai besoin d’une phase de coupure et de repos. - Quelles sont les actions dont vous êtes les plus fiers en dehors du redressement de la BAD?- J’ai contribué à un changement fondamental de culture de la banque qui est devenue une institution respectée sur le plan du professionnalisme et de la compétence. Ce qui n’était pas le cas avant, où régnait une culture de facilité, d’obédience aux Etats membres. Certains pays qui avaient reçu des volumes importants de crédits dans des conditions pas toujours professionnelles souffrent maintenant pour les rembourser. Avec le nouveau staff de la banque recruté, nous avons inculqué cette culture de servir le pays d’une manière efficace. Nous avons éliminé totalement les recrutements politiques. Nous tenons compte de la répartition géographique globale, une part de chaque région qui correspond à sa participation à la banque mais sans avoir un système de quota comme à l’ONU. Le système de promotion est devenu transparent. Il y a eu une transformation structurelle importante au niveau du staff de la banque. Ce grand chantier n’est pas fini. Une troisième génération de réformes, qui a démarré cette année, s’étalera sur trois ans. Le plus difficile a été fait. Reste le raffinement.


Record de candidatures

Le mandat de Omar Kabbaj à la tête de la BAD prend fin en août prochain. Il ne peut pas se représenter car les réformes de gouvernance ne permettent pas d’avoir plus de deux mandats à la fois pour le président et pour le Conseil d’administration. Pour sa succession, plusieurs candidats sont en lice. Le président n’a pas voulu dévoiler la liste des candidats avant qu’une réunion du comité des gouverneurs de la banque le 11 février ne l’avalise. Cependant, la presse internationale a fourni une liste, présentée comme un record de candidatures. Il s’agit de deux vice-présidents de la banque, un Camerounais et un Nigérian, un Zimbabwéen (ancien ministre des Finances), un Ghanéen, un Egyptien (ancien gouverneur de la banque centrale de l’Egypte), un Gabonais (ancien gouverneur de la banque des Etats de l’Afrique centrale) et un Rwandais, (actuel ministre des Finances du Rwanda). La prise de fonction sera pour août. Le Gabon est soutenu par le Maroc.


Vers plus de dons

Les 53 pays africains sont membres de la banque avec 24 pays autres non régionaux actionnaires. Plusieurs pays sont fragiles économiquement. La BAD a une catégorisation des pays membres en ce qui concerne l’utilisation des ressources de la banque. Elle a deux guichets essentiels. Le premier est le guichet non concessionnel qui traite les cas de 15 pays seulement dont le Maroc. Ce sont les pays qui ont atteint un niveau intermédiaire: l’Afrique du Nord, l’Afrique du Sud, l’Ile Maurice, la Namibie et le Botswana. Ces pays bénéficient de prêts dont les coûts sont proches de ceux du marché (le coût des ressources plus une petite marge mais cela reste plus compétitif que les marchés internationaux. Les crédits sont sur 20 ans avec 5 ans un délai de grâce). “Dans ces pays, nous finançons les grands programmes de réformes pour les aider à passer le cap de l’ouverture et la mondialisation et les projets importants d’infrastructure pour mieux contribuer à leur croissance”, a souligné Kabbaj. Pour les autres, près de 40 pays, ils ne sont éligibles qu’au guichet concessionnel de la banque: “c’est le Fonds africain de développement, alimenté par des prêts, quasi-dons qui nous viennent de la communauté internationale pour financer des pays à revenus faibles”, précise le président. Ce genre de financement est à très long terme (50 ans, 10 ans de grâce et pas de charge d’intérêt). La banque a régulièrement augmenté la part de dons dans ses financements. “Partant d’un taux de 7,5%, nous sommes passés à 20% de dons. Pour la prochaine étape dont nous venons de conclure la reconstitution, nous allons passer en moyenne à 42% de dons”, dit-il. 26 pays africains à faibles revenus vont bénéficier de 100% de dons. L’orientation prise cette année est très claire. A cela s’ajoutent des réductions de dettes importantes faites à ces pays. Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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