×
  • L'Editorial
  • Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2020 Prix de L'Economiste 2019 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    «Les communales ne sont pas un cocktail d'ambassade»

    Par L'Economiste | Edition N°:284 Le 12/06/1997 | Partager

    par Mustapha SEHIMI*

    C'est donc demain, vendredi 13 juin, que quelque 13 millions d'électeurs sont appelés à désigner les 24.253 conseillers communaux dans 1.547 communes urbaines et rurales du Royaume. Les candidatures enregistrées s'élèvent à 102.179. Mais d'ores et déjà cette phase préélectorale s'est caractérisée par un certain nombre d'indicateurs contrastés. Etat des lieux.


    Dans l'histoire politique du Maroc indépendant, ce scrutin est assurément à marquer d'une pierre blanche. Pour la première fois depuis mai 1960, en effet, une consultation nationale a lieu dans un climat consensuel.
    Mais sommes-nous à la hauteur de cette exigence dans la mesure où cette élection n'est pas une mondanité rituelle, un cocktail d'ambassade...? Il est permis de formuler un certain nombre d'interrogations à cet égard. On peut ainsi commencer par relever -pour le regretter- l'extrême bienveillance, pour ne pas parler de laxisme, dans le choix des candidats. Pourquoi avoir permis aux conseillers de 103 communes dûment audités de se représenter devant les électeurs alors qu'ils ont déjà failli à leur mandat et à leur mission? Evoquée à la sauvette lors d'une réunion de la commission nationale, cette question a été esquivée -on a vu des anges passer... Et pourquoi les partis politiques ainsi incriminés n'ont-ils pas fait le ménage eux-mêmes dans leurs rangs alors que les rapports de la Cour des Comptes sont accablants quant à la mauvaise gestion de ces élus de leurs bords respectifs? Même l'USFP, prompte d'ordinaire à vanter sa vertu, a allègrement enjambé cet obstacle en allant même jusqu'à aministier publiquement ceux des siens qu'elle avait suspendus.

    Rien d'étonnant, dans ces conditions, que la présente élection n'arrive guère à se départir d'une coloration par trop politicienne, mercantile -un vecteur d'enrichissement accéléré pour des élites locales assoiffées d'argent. Quant les sortants osent se représenter devant leurs mêmes électeurs de 1992 et ressortent de leur besace les mêmes promesses, il y a quelque chose de sur-réaliste dans l'air. Quand des candidats potentiels se heurtent à un certain nombre de pratiques démentant les discours officiels, les motifs d'inquiétude ne manquent pas.
    On comprend mieux alors que l'élection communale ne suscite pas de grandes ardeurs dans les couches élevées de la population. Il sera intéressant, au lendemain de ce scrutin, de montrer l'importance du différentiel entre celles-ci et les élites locales issues de cette consultation. Et l'on ne pourra que se demander, demain ou les années à venir, pourquoi nos communes sont si mal gérées. Car en effet, une commune n'est ni une planque ni un «fromage» pour des élus en manque de considération sociale: elle est aujourd'hui une véritable PME qui doit être gérée comme telle. Emploi, environnement, investissement, travaux, services: voilà parmi tant d'autres ses fonctions. Et pour cela, elle commande que les élus aient le meilleur profil qui soit pour remplir ce rôle.
    Nos partis politiques ont-ils une claire conscience de ces données? Ont-ils pu opérer en leur sein, surtout à la faveur des élections du 13 juin, les réformes de mise à niveau exigées par ces enjeux? Ce n'est pas céder à un raccourci réducteur que d'observer que le patriotisme partisan reste le credo majeur de leur conduite; que la plupart d'entre eux demeurent -pour toutes sortes de raisons connues- des «familles» où prédominent des clans, des tribus, des réseaux et des intérêts. Il n'y a peut-être que Me Abder-rahmane Youssoufi, premier secrétaire de l'USFP pour croire (encore?) que la politique doit être dictée par la vertu... Mais le remplissage des candidatures -qui a tourné au racolage de trottoir dans certains cas- dément fortement ces préoccupations de départ. De plus, certaines méthodes -argent, pressions, violence même- éclairent d'une lumière crue une certaine culture sociale partagée par tous.

    Si nos textes prônent la vertu, la pratique sociale, elle, reste marquée par de tels vices rédhibitoires. L'analphabétisme que l'on sert toujours comme facteur explicatif n'est sans doute pas à évacuer: mais ce serait une erreur de lui faire porter tout seul cette responsabilité. Ce qui est en cause, ici, c'est que le consensus -signé en haut et par le haut- descende au plus bas et arrive à modeler les comportements.
    Mais comment y arriver? L'un des effets de ce consensus commence à se manifester: il pénalise en effet les partis, tous les partis. Habitués qu'ils étaient à la confrontation bipolaire -nous et eux- les partis politiques ont aujourd'hui du mal à retrouver leurs marques: comment singulariser un argumentaire? Comment faire la différence? Comment éviter la banalisation -puisque tout le monde s'est aligné sur des règles de jeu et des formes d'action? L'allure largement soporifique de la plupart des déclarations atteste bien du malaise ambiant, surtout que tel ou tel parti serait malvenu de contester globalement ses propres résultats au lendemain du vote.
    Au fond, peut-être qu'il ne faut pas demander aux partis politiques ce qu'ils ne peuvent pas donner: et s'ils n'étaient, en termes fonctionnalistes évidemment, que des comités électoraux se réactivant de temps à autre à la veille des scrutins? Et si leur influence réelle était surdimensionnée par l'audience de leurs journaux- pour certains d'entre eux en tout cas? Et si tout cela n'était qu'une représentation -au sens théâtral du terme- avec des rôles, des scènes, des actes, et un public aléatoire?

    * Professeur de Droit à l'Université Mohammed V, politologue.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc