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    Culture

    «Les amants de Fès«
    23e épisode: Le dernier coup de force de Jâafar

    Par L'Economiste | Edition N°:2356 Le 07/09/2006 | Partager

    L’hadj Mekki a mal pris l’enlèvement de Soussane. Il s’y oppose plus par fierté que par principe. Car, au fond, il n’est pas très enthousiaste à l’idée que sa demi-sœur se marie à Driss Bouzoubaâ. Jaâfar est menacé d’expulsion s’il ne ramène pas sa petite tante.SI el Mehdi, le mari de lalla Neftaha, a eu connaissance du rapt dès son retour à la maison. Il accourut chez les Benabed. Il était à mille lieues de penser que Soussane était cachée chez lui, et que sa femme était complice. Il pénétra dans la kobba où la famille demeurait sous le choc. Salua et vint s’asseoir auprès de son épouse.- La pauvre, dit-il doucement, quel destin! Mais ce que je ne comprends pas, c’est que l’enlèvement se soit produit tout près de la maison. Pourtant, c’est bien tranquille par ici. Qui aurait intérêt à agir ainsi? Avez-vous des nouvelles, demanda-t-il à sa femme?Lalla Neftaha se sentait prise au piège. D’une part, elle craignait que la situation se complique. D’autre part, elle devait respecter ses engagements vis-à-vis de son neveu Jaâfar qui s’était mis dans l’embarras. Elle n’avait nullement l’intention de cacher à son mari la planque de Soussane, mais ce n’était ni le moment, ni le lieu pour tout révéler.Quand Sid el Mehdi a appris enfin qui était l’auteur du rapt, il demanda immédiatement à sa femme de l’accompagner pour rentrer chez eux.Devant l’intransigeance de son père, Jaâfar choisit de quitter la maison plutôt que de céder. Sa décision était irrévocable. Il avait l’intention d’aller jusqu’au bout, même s’il n’avait aucune idée sur le dénouement de l’affaire. Lalla Mériem était inquiète pour son fils qui a été mis dehors à cause de Soussane. «Encore elle!», se lamentait-elle. Par sa faute, père et fils se défient et se font la guerre.Mamoun, accompagna son frère dans leur chambre. Il compta bien le soutenir jusqu’au bout.- Alors demanda-t-il, où comptes-tu aller?- Certainement chez notre ami.- Qui, Abdeslam? Ne t’avise surtout pas à nous ramener une autre tante! dit-il en riant.- Maintenant tu sais où me trouver! Tiens bon, il faut que l’on réussisse. Lalla Mériem était très affectée par le départ de Jaâfar. Mais qu’était-il donc arrivé à cette famille? se disait-elle. Elle finit par accuser Soussane de tous les maux, car, depuis son arrivée, la demeure était sens dessus dessous et avait perdu sa quiétude. Triste et inquiète, elle usa de toute son influence auprès de son mari, cette fois-ci, pour qu’il abandonne. En réalité, elle lui importait peu qu’elle épousa le père ou le fils. Ce qu’elle désirait, c’était de revoir le calme régner à la maison.. Bonne causeLe bras de fer durait depuis deux semaines. Jaâfar savait que l’hadj n’allait pas céder aussi facilement, car il avait du caractère, et plier serait une humiliation. Il lui fallait une sortie honorable.Soussane passait toutes ses journées avec sa sœur lalla Neftaha. Si el Mehdi n’apprécia guère la méthode utilisée, mais promit à sa femme de garder le secret. Après tout, se disait-il, il n’avait rien à voir dans leurs querelles familiales.Au fond de lui, l’hadj était malheureux. Il choisit d’aborder le sujet avec Mamoun. Il n’avait pas imaginé que Jaâfar lui tiendrait tête. Malgré les apparences, il souffrait de l’attitude de son fils.- Dis-moi, as-tu des nouvelles de ton frère?- Oui, répondit Mamoun tristement.- Est-il satisfait maintenant? Et toi, tu ne m’as jamais dis ce que tu en pensais! - Moi? Euh, non!Après un silence, Mamoun décida de parler. Il se sentit coupable soudain de laisser son frère supporter seul la colère de son père.- A vrai dire père j... Jaâfar n’a pas agi seul!- Qu’est-ce que tu veux dire!- Eh bien, j’étais avec lui!. Lâcher du lestL’hadj était sidéré.- Zid n’har tessmâa khbar! s’exclama l’hadj. Tu étais de connivence avec lui!- Oui!- Toi, l’aîné, le sage, tu m’avoues cela aujourd’hui! Si je ne t’avais pas posé la question... mais vous vous êtes ligués contre moi, on dirait!- Non, ce n’est pas ce que tu crois! C’est uniquement pour la bonne cause.L’hadj se prit la tête entre ses mains.- Mon Dieu, la bonne cause! Mais je suis entouré d’ennemis!Mamoun continuait sa plaidoirie en faveur de son frère. L’hadj écouta attentivement. Au fond de lui, il n’avait jamais souhaité marier sa sœur à Si Driss. Le discours l’avait ému et lui donna à réfléchir. Il commettait une grosse bêtise en se braquant. Seuls les idiots ne changeaient pas d’avis. Il était seul contre tous. L’intraitable l’hadj Mekki commencait à lâcher du lest.Chez les Bouzoubaâ, la nouvelle de l’enlèvement fit autant d’heureux que de malheureux. Lalla Houria, apprenant que son mari voulait prendre Soussane pour épouse, accueillit la nouvelle avec beaucoup de tristesse. Par contre, elle était de tout cœur avec Boubker qui était, en attendant le dénouement de la crise, sur les charbons ardents. Elle était surprise et ravie, en même temps, de savoir qu’il y avait encore des amis qui étaient capables de se sacrifier pour vous.- Tu dois être reconnaissant à Jaâfar toute ta vie, lui dit-elle.Depuis la demande en mariage de Soussane, Si Driss était anxieux et avait peur que quelque chose ne vienne entraver cette union. L’enlèvement de sa fiancée mit fin à tous ses espoirs. Depuis cet évènement, il se cachait et évitait de parler à son fils, le tenant pour responsable de son infortune. Il était désespéré.Au bout de la troisième semaine, l’hadj Mekki finit par déclarer forfait. Il avait dû abandonner sa position vouée à l’échec. Si Driss fut pris en charge par Si el Ghali qui s’arrogea le droit de le sermonner et de le ramener à la raison. Comment pouvait-il être aussi égoïste et passer son bonheur avant celui de son enfant.Finalement l’hadj et Si Driss durent se résigner. Les enfants avaient gagné.- Nous sommes tous les deux pris au piège et obligés de composer. Nous n’allions tout de même pas les mettre en prison, s’exclamait l’hadj en souriant.En définitive, l’amour avait triomphé. Boubker était très heureux d’apprendre que son père avait renoncé à son dessein et le remercia de tout cœur. Enfin, Soussane sera sa femme, avec l’aide de Dieu. Il pensait avec gratitude à son ami Jaâfar, sans qui, il n’aurait jamais pu goûter à ce bonheur.L’hadj Mekki pria Mamoun d’aller chercher Jaâfar et de le ramener à la maison. Ce dernier acquiesça de la tête, content d’assister à la fin de ce quiproquo amoureux.- Qu’y a-t-il, je te vois sourire, me cacherais-tu encore quelque chose- Non!- Alors va, et ne tarde pas s’il te plaît, j’ai hâte de vous voir enfin tous réunis!Mamoun passa d’abord chez lalla Neftaha pour lui annoncer le dénouement de la crise. Elle était contente que cela soit fini, surtout qu’elle avait dû rester sur ses gardes et qu’elle avait éprouvé une folle inquiétude, chaque fois qu’elle entendait frapper à sa porte.Soussane était libre enfin. Elle voulait vivre pleinement et crier sa joie. Pourquoi eût-elle été condamnée à rester prisonnière entre quatre murs. N’était-elle pas née libre. Ne devait-elle pas décider elle-même de sa vie?- A la bonne heure, nous avons réussi et c’est merveilleux, s’écria Jaâfar, quand il a appris le revirement de son père.- J’ai dû lui avouer que j’étais moi aussi dans le coup, dit Mamoun.- Ah bon, mais tu n’y étais pas obligé!- Il le fallait au contraire, par solidarité!- Et tu lui a dit que Soussane était cachée chez notre tante?- Non, je te laisse le soin de le faire toi-même.- Ce sacré veinard de Boubker doit être fou de joie maintenant. Tant mieux pour lui, il le mérite et que Dieu les bénissent!Jaâfar était satisfait. Une fois de plus, Dieu l’avait mis sur le chemin de Soussane pour la sauver d’un mauvais mariage.- Allons la chercher, dit Mamoun, et rentrons, notre père nous attend!Lalla Neftaha voulut les accompagner. Elle tenait à partager leur joie, et à s’excuser auprès de son frère. Quand tous les quatre se présentèrent devant l’hadj Mekki, il n’arriva pas à croire que ses proches aient pu monter cette mise en scène. Il apprit plus tard que Boubker avait fait partie de l’équipe. Cette fois, il en ria et ajouta:- Dépêchez-vous de me dire toute la vérité parce qu’après, je ne répondrai de rien! Et votre mère était-elle aussi dans la combine?- Comment peux-tu, protesta-t-elle!- Ben qui sait? Après tout ce que j’ai entendu ces derniers jours, je commence à me méfier de moi-même!Quelques jours plus tard la fatiha de Soussane et Boubker fut récitée, et les dates des mariages furent arrêtées. C’est dans la plus grande et pure tradition que furent célébrées les deux noces. Les préparatifs durèrent plusieurs mois et les cérémonies de mariage se déroulèrent quinze jours consécutifs. De telles festivités étaient surtout des occasions de réjouissances pour les femmes qui s’en donnaient à cœur joie.Les cérémonies se déroulaient sous des pluies de you you et de formules de protection divine. Les femmes fêtaient l’évènement séparées des hommes. Chez la mariée, c’était d’abord le rituel des bains purificateurs et l’isolement dans la dekhchoucha jusqu’à la nuit de noces.Ensuite venait celui du henné, où devant l’assistance des hatarates, les hanayates posaient de fines arabesques de henné sur les mains et les pieds de la mariée. Cette dernière était mise entre les mains des negafates qui s’occupaient de l’habiller, de la coiffer, et de la maquiller à chaque cérémonie. Leur concours était indispensable. La nuit de noces, la mariée était vêtue de son grand costume d’apparat le khrib, fait de brocart et de soie. Elle était parée d’un diadème et de bijoux en or, sertis de pierres précieuses, de perles que les negafates louaient aux bijoutiers pour l’occasion. Les sœurs et les tantes de la mariée lui prêtaient également leurs plus beaux bijoux.. Cortège joyeuxElle était installée ensuite sur de gros coussins, recouverts de tissus de brocart, face à la porte de la kobba afin que tout le monde puisse l’admirer. Au rythme des tambourins et des pas de danse, elle était hissée sur les épaules des negafates sur une mida et promenée au milieu de l’assistance en liesse.Les cadeaux offerts par le marié et ses parents (bijoux, parfums, bois de santal, gomme arabique, coupons de tissus et babouches brodées) étaient disposés et présentés sur de grands plateaux tapissés de nappes brodées de soie et de fil d’or, devant la mariée et l’assistance pour le plaisir des yeux.La veille de la nuit de noces, le marié se réfugiait avec ses amis à dar islan, pour enterrer sa vie de célibataire. Quand l’heure arriva pour aller chercher la mariée au petit matin, les émissaires envoyés par la famille du marié, partirent en cortège joyeux et bruyant, précédés de torches, de lampes et d’une fanfare. La musique était mêlée aux you you et aux paroles de protection divine.La mariée quittait le domicile paternel dans son palanquin, recouvert de brocart et de soie, tenus par des portefaix vigoureux. Chez son époux, la mariée était de nouveau habillée, parée et présidait, durant sept jours, aux festivités que donne sa belle-famille en son honneur. Au septième jour, elle faisait la connaissance des lieux, de sa nouvelle résidence où commencera enfin sa vie de femme.Soussane était entre de bonnes mains et c’était le plus important.Comme voulait la coutume, la famille de la mariée se devait de lui faire une visite de courtoisie. L’hadj tenait à s’assurer que Soussane était heureuse et comblée. Il en eût la preuve lorsqu’il la revit. Elle était tout simplement rayonnante.Ce jour là, l’hadj et Si Driss se blottirent dans un coin de la kobba et discutèrent pendant un long moment de divers sujets avant que ce dernier ne face une suggestion à son ami.- Hum, alors dis-moi, si nous pensions un peu à nous maintenant! - Si Driss, tu n’as pas honte, tu ne va pas recommencer!Je vois que tu récidives et tu finiras par le faire un jour ou l’autre.- Et toi, n’en as-tu pas envie? Il te faudrait juste un petit coup de pouce et le tour serait joué! Tu m’avais dit que l’idée t’avais effleuré, t’en souviens-tu?- Chut, on va nous entendre!- Alors, qu’attends-tu pour commencer!- Recommencer, dit-il en soupirant! Le premier essai a falli réussir s’il n’y avait pas ce Si Boubker qui m’a... Il ajouta en soupirant La haoula ouala kouata illa billah!A ces mots, les deux hommes se regardèrent dans les yeux et pouffèrent de rire.Vendredi, 24e épisode: Les bons plans de Shlomo

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