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«Il est temps de repenser le montage du budget»

Par L'Economiste | Edition N°:273 Le 27/03/1997 | Partager

Marché du travail, budget, globalisation... : M. Habib El Malki, secrétaire général du CNJA, analyse la gestion des affaires économiques et sociales.


- L'Economiste: La création d'agences régionales pour l'emploi constitue l'une des principales recommandations de la 6ème session du CNJA. Pourquoi de telles structures?
- M. Habib El Malki: Vous savez que le marché du travail est marqué par la quasi-absence de toute forme d'intermédiation moderne. Il est très difficile de réussir une politique en matière d'emploi sans se doter d'instruments opérationnels de gestion de ce marché. C'est pour cette raison que la création d'agences régionales destinées à mieux identifier, connaître et assurer le suivi des principales variables, offre et demande, constitue un passage obligé.

- Comment fonctionneront ces agences, et avec quels moyens?
- Cela relèvera du gouver-nement et particulièrement du Ministère de l'Emploi.
Ces agences seront gérées selon des normes privées tout en considérant leur service comme étant d'ordre public.

- Vous pensez à une ANPE à la marocaine?
- Je crois que les agences régionales pour l'emploi vont créer une dynamique qui nécessiterait la création d'une agence au niveau national chargée d'établir le code de conduite quant à la manière de gérer le marché du travail.

- Avez-vous réfléchi en amont au code du travail, en particulier sur la flexibilité qui a provoqué un débat très houleux?
- Il faut souligner que le fait que le code du travail fasse l'objet d'un vaste débat national est positif parce que ses enjeux concernent en partie la modernisation des relations professionnelles au sein de l'entreprise.
Ceci étant, nous avons formulé un certain nombre de propositions sur notre manière de voir la philosophie générale du code du travail et particulièrement cette flexibilité qu'il ne faut pas surdramatiser.
De manière générale, il existe deux modèles. Le premier concerne le modèle anglo-saxon qui fait prévaloir la flexibilité externe contraignante. Ce fut le cas en Grande-Bretagne lors du gouvernement Thatcher.
Le second concerne les pays nordiques. Il s'agit de la flexibilité interne négociée, c'est-à-dire que toute décision de licenciement doit se faire sur la base de négociations entre les différents partenaires afin de réduire le coût social.
En tenant compte de la culture marocaine, il y a possibilité de dégager une variante entre ces deux modèles.

- Laquelle?
- Si l'on prend en considération la globalisation et le niveau de développement social, il est fortement recommandé de procéder par la mise en oeuvre de toutes les procédures qui vont dans le sens d'une flexibilité interne négociée.

- Entreprises et syndicats sont-ils suffisamment préparés pour gérer cette flexibilité?
- Il existe une prise de conscience très forte. Les années 90 correspondent à la décennie de la prise de conscience des partenaires économiques et sociaux.
Le problème porte sur le passage de la prise de conscience à l'acte. Pour cette raison, nous avons toujours considéré que l'acte ne doit pas être unilatéral.
Il faut qu'il soit collectif, basé sur la concertation grâce à l'instauration de mécanismes adéquats au sein de l'entreprise, de la branche. Faire fonctionner ces mécanismes correspond à des gains de temps et d'argent et pour l'entreprise et pour l'économie nationale.

- Et le Conseil Consultatif chargé du dialogue social?
- L'une des missions de cet organe est d'encourager de telles initiatives. Pour faciliter sa tâche il est impérieux de mettre en place au sein de l'entreprise ces mécanismes de négociation. C'est une forme importante de la modernisation des relations professionnelles.

Politique économique


- Dans son scénario alternatif 2000-2010, le CNJA prévoit un déficit budgétaire de 5,3%, alors que le ministre des Finances ne jure que par la rigueur?
- Vous savez que la lecture des chiffres et leur importance diffèrent ou varient en fonction des objectifs assignés. Si nous considérons que l'objectif fondamental de toute politique économique consiste à faire de la croissance une réalité vivante de manière permanente, ceci a des implications. Le chiffre de 5% n'est pas un choix arbitraire. Il résulte de deux séries de considérations.
La première, c'est qu'il est temps d'introduire la notion de soutenabilité économique du déficit budgétaire. On entend par soutenabilité économique la capacité d'une économie à absorber sans rupture un déficit générateur de croissance, c'est-à-dire générateur d'emplois.
C'est une lecture économique du déficit qui n'est pas strictement comptable.
La deuxième considération est que l'économie marocaine ne peut plus tolérer un taux de croissance très fluctuant et à un niveau relativement modeste. Une telle situation va conduire à l'appauvris-sement de l'économie nationale, c'est-à-dire à l'appauvrissement des finances publiques et, en fin de parcours, à celui de l'Etat. C'est pour cette raison que nous avons envisagé, sur la base d'une analyse réfléchie, rigoureuse et réaliste, la nécessité de réunir les conditions pour arriver à un taux de croissance de 6,1% dans les cinq années à venir et de 8,4% au-delà de 2010. C'est la réalisation de ces taux qui pourra rendre l'espace économique national plus attractif pour les investisseurs étrangers et qui permettra de satisfaire la demande sociale de plus en plus croissante et de plus en plus exigeante. Il faut rompre le cercle vicieux d'un taux de croissance économique fluctuant et faible.

- Est-ce à dire qu'on est allé trop loin dans la rigueur?
- La rigueur est une nécessité. Mais la rigueur strictement comptable n'est pas souhaitable. J'estime qu'il faut mener un arbitrage dynamique qui privilégierait la dimension croissance économique et sociale.

- Et si M. El Malki était ministre des Finances, sur quoi s'appuierait-il?
- Etre ministre n'a jamais été dans mes préoccupations.
Les travaux que nous avons menés, en tant qu'organe consultatif depuis deux ans sur cette question, en particulier, et en prenant en considération la nouvelle donne créée par la globalisation et les nouvelles contraintes liées à la création de zone de libre-échange à l'horizon 2010, doivent nous inciter à nous remettre en cause. C'est-à-dire remettre en cause la manière de concevoir notre Budget, la manière d'articuler les dépenses de fonctionnement et les dépenses d'investissement, la manière d'arbitrer entre les différents secteurs d'activité économique, social et culturel. Autrement dit, il est temps de repenser le Budget dans sa totalité.

- La globalisation crée déjà des vagues en Europe. On prévoit ici la disparition du tiers du secteur productif une fois le libre-échange instauré. Partagez-vous cette prévision?
- Je reviens à une question de bon sens. Avons-nous une vision de l'économie et de la société marocaines à l'horizon 2010 et au-delà? Avons-nous une idée de ce que nous voulons être pour devenir de véritables partenaires avec le reste du monde? Si nous nous dotons d'une vision stratégique et prospective basée sur une analyse approfondie de nos potentialités, la réponse serait totalement différente. Le problème ne se poserait pas de manière mécanique: mise à niveau ou pas? C'est fortement réducteur.

Propos recueillis par
Alié Dior NDOUR

Ouverture: Attention à l'improvisation!



«Personne ne remet en cause l'ouverture», assure M. Habib El Malki. «La divergence porte sur son degré de maîtrise», précise-t-il. Le secrétaire général du CNJA avance sans sourciller sa position à propos de la manière dont ce dossier est géré.
Il estime qu'une ouverture non maîtrisée ne constitue pas une source de progrès. Et de préciser: «De plus en plus l'ouverture est pratiquée plus pour des considérations d'ordre idéologique qu'économique minutieusement étudiées». De l'avis de M. El Malki, les enjeux de cette démarche sont tellement importants que sa mise en oeuvre nécessite une forte concertation entre les différentes parties, un dosage dans le temps et une préparation qui doit s'étaler sur plusieurs années.
Il souligne sans hésitation qu'il existe de «l'improvisation dans la manière d'aborder l'ouverture», estimant qu'une telle situation risque de provoquer des effets pervers dommageables, notamment en termes d'affaiblissement de la cohésion sociale.
De l'avis de M. El Malki, qui fait remarquer au passage que le libre-échange effectif n'est pratiqué nulle part, «il est bien possible de revoir la copie pour introduire, dans la concertation, les ajustements nécessaires afin de sauvegarder le pouvoir d'achat de certaines couches sociales».


El Malki et la politique: Le choix du terrain



Taquiné sur les raisons de sa discrétion dans le débat politique, M. El Malki, député élu à Boujaad, estime qu'il n'a pas changé de comportement. Il précise qu'il est impliqué dans toutes les activités de sa formation (USFP). M. El Malki considère qu'au Maroc, et de plus en plus, la politique passe par le terrain. Ce qui l'a poussé à séjourner fréquemment dans sa circonscription. En faisant du terrain, «on a tendance à ne plus croire au discours», explique-t-il. Et de souligner qu'il fait partie de cette catégorie qui «considère que la politique de proximité est plus valorisante». En d'autres termes, «le véritable engagement politique passe par l'enracinement».
Evoquant les prochaines échéances électorales, le député de Boujaad invite à enterrer le passé. Toutefois, il considère que les vainqueurs devront «prendre leurs responsabilités». Quant au rôle de la femme dans le nouvel environnement politique, M. El Malki souligne que sa présence dans les instances décisionnelles, le Parlement notamment, ne doit pas être analysée en termes de chiffres, mais de représentativité, de compétence. Il affirme que toutes les conditions sont réunies chez un grand nombre de femmes marocaines. «C'est aux décideurs d'en prendre conscience et passer à l'acte», lance-t-il.

Alié Dior NDOUR




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