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Quel avenir pour le libre-échange en Afrique?

Par Julien Gourdon | Edition N°:6198 Le 14/02/2022 | Partager

Julien Gourdon est économiste, Agence française de développement (AFD)

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a été officiellement lancée le 1er janvier 2021. Cet instrument stratégique vise à soutenir les économies africaines, à favoriser leur développement et à faciliter leur intégration.

S’il est trop tôt pour dresser un bilan de son action, cet article entend examiner les bénéfices potentiels et les défis relatifs à la mise en place de cet accord.

Pourquoi l’agenda «intégration régionale»
a été relancé en 2018

Entre 2000 et 2015, l’Afrique a bénéficié d’une croissance soutenue, portée par une forte vague d’investissements directs étrangers, et marquée par un net recul de la pauvreté.

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En Afrique, le commerce avec le reste du monde reste très orienté sur les ressources naturelles, quand le commerce intra-Afrique repose davantage sur les biens transformés (Ph. AFP)

Cependant, il restait à intensifier une transformation structurelle permettant à la fois d’absorber le surplus de main-d’œuvre agricole, de réduire la dépendance du continent aux ressources naturelles et ainsi de lui garantir une croissance moins vulnérable. La chute des cours des matières premières depuis 2015 et son effet négatif sur la croissance du continent ont réaffirmé cette nécessité.

Plusieurs facteurs sont susceptibles d’accélérer le changement structurel (urbanisation, infrastructures, etc.), dont l’intégration commerciale. En particulier, la nouvelle organisation du commerce international avec la segmentation des processus de production offre, on le pensait, des opportunités intéressantes pour développer un modèle basé sur l’intégration dans les chaînes de valeur.

En effet, les chaînes de valeur mondiales confèrent aux pays la possibilité de s’intégrer dans l’économie globale à un moindre coût en ne produisant que certains composants ou en n’accomplissant que certaines tâches. Cela leur permet de profiter de leurs avantages comparatifs, tout en diversifiant et en sophistiquant leurs paniers d’exportations.
Cependant, en Afrique, le commerce avec le reste du monde reste très orienté sur les ressources naturelles, quand le commerce intra-Afrique repose davantage sur les biens transformés.

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L’émergence du secteur pharmaceutique, apparue nécessaire avec la pandémie Covid-19, dépendra également du progrès sur le chapitre des normes phytosanitaires, mais aussi des accords sur le protocole des droits de propriété intellectuelle (Ph. (AFP)

À quoi ressemble l’intégration commerciale aujourd’hui
en Afrique

Il est primordial de distinguer le commerce intra-africain de celui avec le reste du monde. Les exportations infrarégionales sont en effet plus diversifiées et ont un contenu technologique plus important que les exportations vers le reste du monde. Les ressources naturelles représentent à elles seules 65 % des exportations africaines vers l’extérieur du continent (graphique «Composition des exportations vers le reste du monde»).

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Composition du commerce sur 1995-2018 (intra-africain et avec le reste du monde). Calcul des auteurs à partir de la base World Integrated Trade Solution 2021 (Source: Banque mondiale)

D’après le rapport sur l’investissement mondial, 40 % des investissements directs étrangers en Afrique se font en direction des industries liées aux ressources naturelles, principalement dans le secteur minier. Ce dernier est doté d’une faible valeur ajoutée et est intensif en capital, ce qui a empêché le développement des chaînes de valeur mondiales dans le secteur manufacturier. Cela contraste fortement avec le commerce intra-Afrique qui repose davantage sur les biens manufacturiers (pour plus de la moitié), mais aussi agricoles (pour près de 20 %).

Renforcer l’intégration régionale permettrait de développer

des chaînes de valeur régionales, puis mondiales

Le commerce infrarégional ne représente que 15 % du commerce total en Afrique, contre plus de 60 % sur autres continents. Les communautés économiques régionales existantes présentent un degré d’intégration encore trop faible (Graphique «Commerce intra-Afrique en 2019»), car elles se concentrent principalement sur la baisse des tarifs douaniers sans proposer de réduire les autres obstacles au commerce et sans lier la politique commerciale des pays à leur politique industrielle.

Or il existe donc à présent cette communauté économique continentale (déjà évoquée dans les annexes du traité d’Abuja de 1991 sur l’intégration régionale et relancée par l’Agenda UA 2063) qui pourrait faciliter le commerce intra-africain en permettant une meilleure intégration des économies du continent dans les chaînes de valeur.

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En pourcentage du commerce total. Calcul des auteurs avec les données d’UnctadStat 2019 (CNUCED), Fourni par l’auteur

Regardons d’abord le contenu car s’il est trop tôt pour dresser un bilan, on peut tout de même s’interroger sur la capacité de ce dispositif à soutenir les performances économiques des pays du continent.

On constate que la ZLECAf entend prendre en charge les sujets déterminants pour l’intégration dans les chaînes de valeur, ceux qui n’ont jamais ou rarement été abordés dans les précédents accords régionaux du continent. L’accord propose des protocoles afin que les 54 pays s’entendent sur différentes règles de commerce liées aux normes des produits, des services, de l’e-commerce, des droits de propriété intellectuelle, de la concurrence et de l’investissement. L’objectif étant de ne pas être un simple accord commercial, mais un instrument stratégique pour le développement et l’intégration de l’Afrique.

Les secteurs fréquemment cités comme potentiels bénéficiaires de ce nouveau cadre se situent principalement dans l’industrie, puis dans les services et enfin dans l’agriculture. L’agro-industrie pourrait se développer au niveau régional, en particulier si les pays parviennent à s’accorder sur les normes sanitaires et phytosanitaires.

L’émergence du secteur pharmaceutique, apparue nécessaire avec la pandémie Covid-19, dépendra également du progrès sur le chapitre des normes phytosanitaires, mais aussi des accords sur le protocole des droits de propriété intellectuelle. Le secteur du textile pourrait voir se réaliser sur le continent l’entièreté du cycle de production des vêtements, si les pays s’entendent sur les règles d’origine des biens et sur le protocole régissant les investissements.

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Actuellement, 40 % des investissements directs étrangers en Afrique se font en direction des industries liées aux ressources naturelles, principalement dans le secteur minier (Ph. AFP)

Les attentes sont également importantes dans les cinq secteurs des services inclus dans l’accord et plus particulièrement pour les services aux entreprises, le tourisme, mais aussi les transports. Les résultats dans ces secteurs seront aussi dépendants des progrès sur les annexes de l’accord liées à la libre circulation des personnes et des protocoles d’accord sur l’investissement et le commerce électronique. L’étude de la Banque mondiale indique que la demande de services à des fins d’exportation de biens devrait également progresser et bénéficier de l’instauration de la zone de libre-échange.

                                                              

Les défis de l’intégration régionale et de la ZLECAf

Néanmoins, il faudra relever certains défis afin que la ZLECAf tienne ses promesses de développement économique et parachève cet objectif d’intégration avec des politiques d’accompagnement pour aboutir à une transformation structurelle au bénéfice du plus grand nombre.

■  Trouver des terrains d’entente entre les 54 États membres: L’agenda UA 2063 porte en lui trois objectifs difficilement compatibles pour la mise en place de la ZLECAf. Ces trois objectifs sont une intégration profonde, une large adhésion de pays et une solidarité panafricaine. Cela forme ce que de Melo et al. appelle le «trilemme» de l’intégration régionale en Afrique. Trouver un équilibre entre un accord avec le maximum de membres hétérogènes et avancer en profondeur sur des questions sensibles tout en offrant un traitement plus favorable aux pays le moins avancés sera déterminant.

■ Gérer l’harmonisation avec les accords régionaux existants sur le continent
L’agenda d’intégration régionale ayant été lancé il y a presque trente ans, les pays de l’Union africaine adhèrent à des communautés économiques régionales (CER), qui ont déjà leurs propres règles, et parfois à des organisations (type unions douanières) qui comprennent un niveau d’intégration supérieur à celui de la zone de libre-échange. Il faudra que les CER harmonisent leurs règles de fonctionnement pour être au maximum en cohérence avec celles de la ZLECAf.La mise en place de la ZLECAf créera des gagnants et des perdants au sein de chaque pays et entre les différents États membres. Un mécanisme de compensation est prévu, mais rien n’est encore élaboré. Nul doute que de la mise en place effective de cet accord dépendra la satisfaction des États membres vis-à-vis de ce mécanisme. Le secrétariat de la ZLECAf anticipe déjà de proposer de l’assistance auprès de chaque État membre pour établir des politiques d’accompagnement, afin d’offrir des compensations à ceux qui bénéficieront le moins économiquement de cet accord. Cela sera nécessaire afin d’éviter des blocages des pays signataires.
Surtout, les ambitions suscitées et les aspirations énoncées par la ZLECAf ne peuvent se concrétiser sans une vraie transformation structurelle – inclusive – des économies africaines. Il faudra d’autres réformes et des politiques d’accompagnement en lien avec les Objectifs de développement durable au niveau national et continental (infrastructures, transformation numérique, énergies renouvelables, genre, éducation) afin que la ZLECAf serve effectivement à la transformation structurelle en faveur d’une plus grande productivité, d’une meilleure croissance et de création d’emplois décents, entre autres.

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