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Université Mohammed VI Polytechnique: Dans la cour des grands

Par Ghizlaine BADRI | Edition N°:6123 Le 28/10/2021 | Partager
L'objectif de son écosystème est de libérer les énergies des talents marocains et africains
IA, R&D, recherche miroir ou «sandwich PhD» mené avec la prestigieuse MIT… la recherche s'intensifie
Avec MIT Sandbox et UM6P Venture, de l'idéation de la startup à son financement
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«En plus du partenariat avec le MIT, nous en avons également un autre avec l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) pour nos professeurs et étudiants», précise Hicham El Habti président de l’UM6P (Ph. UM6P)

L’UM6P est reconnue comme une université de recherche dont le but est le développement de l’excellence et de la compétence pour le Maroc et l’Afrique. Elle compte actuellement 300 doctorants, plus de 160 enseignants chercheurs, plusieurs infrastructures de pointe, un data center doté du super calculateur le plus puissant en Afrique, des plateformes d’expérimentation à échelle réelle, un parc technologique et un campus de startups surnommé Startgate. Entretien avec son président, Hicham El Habti. Retour sur les ambitions et projets d'une université qui joue dans la cour des grands.  

- L'Economiste: Quel est l’état d’avancement des différents chantiers, départements et centres de recherches depuis la création de l’Um6P, avez-vous atteint vos objectifs?
- Hicham El Habti:
Nous sommes en train de les atteindre. L’Université Mohammed VI Polytechnique abrite aujourd’hui un large écosystème qui intègre 3 campus, déjà opérationnels en plus d’une annexe à Khouribga. Nous sommes présents dans 4 villes au Maroc, chaque campus s’articulant autour d’une thématique spécifique. A Laâyoune, nous avons un centre de recherche autour de l’Agriculture Biosaline, Rabat abrite la faculté de gouvernance sciences économiques et sociales (FGSES) et le pôle Business & Management et à Benguerir le site est axé sur les sciences et technologies. D’autres projets sont en cours pour compléter cet ensemble global et écosystème axés autour de l’agriculture 4.0, la santé 4.0, du digital, de la chimie, des matériaux, de l’eau etc. Notre ambition est de créer cet écosystème qui va permettre de libérer les énergies des talents marocains et africains, de permettre aux projets de recherche de sortir du laboratoire et émerger sous forme de start-ups incubées par les différents programmes d’accompagnement de Startgate. Ceci s’applique aussi à nos étudiants et à nos collaborateurs puisque toutes nos infrastructures sont mises à la disposition de nos talents.

- Vous avez signé des partenariats au niveau mondial avec les universités les plus prestigieuses, quel est le détail de ces co-développement?
- Dans le business model de l’UM6P, les partenariats sont les «building block» et les points majeurs dans la construction depuis la genèse de l’établissement. Nous avons conclu à ce jour une centaine de partenariats qui s’articulent pour la majorité autour de la recherche scientifique. Nous avons implémenté au sein de l’UM6P le modèle de recherche miroir qu’on appelle également le «sandwich PhD». Dans le cadre de ce modèle, si on prend par exemple le MIT, il y a deux équipes qui travaillent sur le même projet, une est basée à Cambridge et une autre à Benguerir. Les étudiants du MIT viennent faire des stages sur place pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois et nos étudiants se rendent à Cambridge également en moyenne 3 à 4 mois. En 4 ans de partenariats, nous avons réalisé des brevets des publications et formé nos doctorants. Nous avons également un partenariat avec l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) pour nos professeurs et étudiants.

- Concernant les startups, vous avez créé des ponts entre entrepreneurs et bailleurs de fonds, de quoi s’agit-il?
- L’entrepreneuriat fait partie des piliers majeurs de l’UM6P. Notre objectif est de créer toutes les conditions idoines pour que les étudiants, doctorants et chercheurs soient capables d’oser entreprendre et transformer les innovations et les monétiser. Pour nos chercheurs, c’est une étape qui passe par le transfert technologique qui les accompagne à l’industrialisation de leurs brevets. Pour ce faire, nous avons développé des programmes d’accompagnement qui démarrent de la phase d’idéation jusqu’à la phase d’investissement. Ainsi, nos étudiants et chercheurs passent par une étape d’acculturation à l’esprit entrepreneurial. Ensuite, il s’agit de les préparer à pousser la réflexion vers l’innovation, dans le cadre – entre autre - du programme « MIT Sandbox» qui permet un transfert de savoir faire. Ce programme – en partenariat avec MIT - est déployé également par l’UM6P auprès de nos partenaires nationaux, notamment l’Université Cadi Ayyad à Marrakech et l’université Al Akhawayn à Ifrane. Enfin, il y a la phase d’incubation avec des méthodes de coaching, d’accélération et de développement. Nous avons enfin créé un fonds d’investissement « UM6P Venture » qui prend des participations sur les startups qui émergent de l’écosystème, cela permet aux bailleurs de fonds d’investir, nous avons eu par exemple « Jibly » et « Amendy Food » qui émanent de notre écosystème et qui sont arrivés dans le top 3 de certains concours et compétitions au Maroc.

- Vous recrutez au sein de votre écosystème des profils experts dans leurs domaines, comment s’opère cette sélection?
- La recherche est un domaine de réseau, chaque professeur a toujours un réseau car il travaille souvent avec d’autres confrères dans le monde pour des publications ou projets de recherche.
Pour les enseignants chercheurs, nous faisons partie de plusieurs plateformes internationales, notamment ResearchGate, qui est la «Market Place» entre universitaires et chercheurs.
Nous organisons également des événements, récemment nous avons réuni une centaine d’enseignants chercheurs au Canada, en Suisse et d’autres experts des quatre coins du monde. Ce qui fait la force de notre université, c’est la qualité de ce processus qui est transversal, nous avons réussi à attirer des ingénieurs qui s’intéressent à la recherche au Maroc et depuis 3 ans nous avons augmenté considérablement le nombre de ces candidats. Tous ces éléments participent à la réputation de notre réseau. Notre objectif est aussi de leur permettre de se projeter et doter le pays d'une plateforme d’excellence afin de faire grandir ces talents et surtout de les garder.

- Avec des étudiants formés dans des domaines pointus, comment concilier l’offre et la demande sur le marché national et éviter la fuite des cerveaux?
- Au niveau de la formation nous sommes très regardants sur notre curriculum pour répondre aux besoins du marché. Celui-ci est d’ailleurs pensé de manière ‘Top Down’ puisque nos formations initiales sont nées d’abord de nos programmes de recherche, une façon qui nous permet de les orienter vers le futur au vu de répondre plus concrètement aux besoins du marché. Lorsque nous ouvrons une option dans notre école d’ingénieurs, c’est souvent 3 à 4 ans de réflexion pour être sûrs que ce soit la bonne formation à mettre en place et comment cette offre peut s‘exprimer et se « packager » pour pouvoir attirer ces jeunes lauréats. D’une manière générale, nous avons beaucoup d’étudiants qui sont formés autour de la recherche et du développement axés sur l’Afrique. Concernant les 5 promotions de l’Ecole d’ingénieur de l’UM6P, nous savons exactement ce que deviennent nos étudiants après l’obtention de leur diplôme. Il y a un accompagnement de tous les lauréats à travers l’implémentation d’un «Career Center». Les stages en écoles d’ingénieurs sont réalisés généralement à l’étranger, plutôt dans des villes du continent comme à Niamey, à Abidjan, à Dakar, que des villes d’Europe ou d’Amérique.

- Justement concernant l’Afrique, quels sont précisément vos différents chantiers sur les zones anglophones et francophones?
- Si l’on devait citer quelques collaborations, nous accompagnons une dizaine d’universités francophones et anglophones sur le volet digital, à travers l’expertise de nos formateurs et techniciens. En Côte d’Ivoire, nous sommes actuellement en train de créer avec l’institut polytechnique une ferme expérimentale d’une vingtaine d’hectares. C’est une plateforme de démonstration sur les cultures dans ce pays. Au Ghana, nous avons lancé un programme de recherche sur l’agriculture en partenariat avec une université aux Pays-Bas, dans le cadre d’une convention tripartite. Au Sénégal, nous accompagnons l’université Cheikh Anta Diop à Dakar à former ces jeunes chercheuses dans l’Agriculture en partenariat avec l’OCP ainsi que la fondation «Mujeres Por Africa» en Espagne.

- Comment travaillez-vous avec la diaspora pour faire rayonner cette expertise marocaine dans le monde?
- Nous avons des réseaux en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. La diaspora fait partie de notre corps professoral permanent, et intervient également dans nos cours. Afin d’aller à la rencontre de la diaspora, avant la crise sanitaire nous réalisions des road shows sur les 3 continents pour promouvoir la vision de l’UM6P autour de la recherche et la formation. Nous apportons la flexibilité nécessaire pour que les membres de la diaspora retrouvent un cadre propice pour la production intellectuelle, compte tenu de leurs contraintes privées et d’affiliation à d’autres universités internationales. Il peut s’agir d’un détachement, d’une année sabbatique qui se déroule sur notre campus, ainsi que d’autres configurations possibles.

- Vous avez conclu récemment un partenariat avec les universités israéliennes, peut-on imaginer également des partenariats avec les universités palestiniennes?
- Les partenariats que nous engageons, notamment avec les universités israéliennes, suivent une logique d’échange et de transfert de compétence en mode gagnant-gagnant. Nous sommes ouverts ainsi à toute collaboration qui porte sur la recherche et le développement sur des sujets intérêts communs, tels que la santé, l’agriculture, l’intelligence artificielle ou le changement climatique.

Propos recueillis par Ghizlaine BADRI

                                                                            

Ecole 1337, un modèle inspiré
du Network Ecole 42 à Paris

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Selon El Habti, l'objectif final ce cette école est de présenter un nouveau mode d’enseignement et d’apprentissage basé sur le Peer Learning et qui permet à chacun avec un minimum de prérequis de devenir codeur, à condition de réussir les épreuves d’accès. Il y a une épreuve qui se déroule en 4 semaines et qui se nomme «La Piscine», pendant cette période l’étudiant va suivre un parcours très innovant pour évaluer son niveau. Il n’y a pas de professeurs explique le Président de l’UM6P, c’est un travail de groupe et tout se réalise sur ordinateur.
Le Polytechnicien précise que le besoin en codeurs au Maroc est gigantesque, ils représentent l’économie de demain, les jeunes qui suivent cette formation sont recrutés pour certains avant de finir leur formation, il y a une jeunesse qui aspire à ce développement, on ne regarde pas leur background mais on évalue leur volonté et leur endurance, conclut-il.

                                                                            

X, Ponts et Chaussées

Hicham El Habti est le Président de l'Université Mohammed VI Polytechnique. Fort de sa vaste expérience en gestion d’entreprises, et en gestion et administration de l’éducation ainsi que ses capacités de leadership et de direction, Hicham El Habti continue de mener le développement organisationnel, d’assurer la mise en œuvre de la vision stratégique de l'université, promouvoir le déploiement des réformes institutionnelles nécessaires pour réussir ses ambitions, déployer des procédures efficaces, identifier liens et synergies au niveau local et international à travers l’implémentation de collaborations mutuellement profitables. Diplômé de l’Ecole Polytechnique en mathématiques appliquées et en économie, Hicham El Habti est également titulaire d'un master des Ponts et Chaussées. Hicham El Habti a rejoint OCP en janvier 2013 où il a occupé différentes fonctions avant d'être nommé secrétaire général adjoint. Avant de rejoindre OCP, il a dirigé plusieurs entreprises au Maroc et a travaillé dans le Conseil en France.

 

 

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