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Activité des femmes: «Un business case et non une cause sociale!»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:6120 Le 25/10/2021 | Partager
Agir par région, secteur, type d’entreprise…
Tout un écosystème à bâtir!
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Doha Sahraoui, enseignante-chercheuse à l’université de Marrakech, experte en genre et diversité, vice-présidente de l’Institut marocain de l’audit social: «Toutes les actions ne devraient pas être destinées en priorité au centre, en excluant les régions dont certaines enregistrent des taux d’activité féminine jusqu’à six fois inférieurs à la moyenne nationale» (Ph. DS)

- L’Economiste: Le nouveau gouvernement ambitionne de porter l’activité des femmes à 30%, contre 19,9% en 2020. Par quoi faudrait-il commencer à votre avis?

- Doha Sahraoui: Tout d’abord, il faudrait maintenir celles qui sont en activité! Il ne faut surtout pas qu’elles perdent leur emploi ou qu’elles quittent le marché du travail. Cela ne servirait à rien de mettre en place des perfusions si l’hémorragie continue.

- Surtout en cette conjoncture de crise…
- Tout à fait, et dans un pays comme le Maroc où le taux de chômage des femmes augmente de manière proportionnelle beaucoup plus importante que celui des hommes. La gent féminine se retrouve essentiellement dans des activités support considérées comme non stratégiques, il est ainsi possible de s’en séparer assez rapidement. La priorité est donc, avant de penser à augmenter le taux d’activité, de maintenir celles déjà sur le marché, afin d’éviter une nouvelle baisse.

- Certaines catégories devraient-elles être ciblées en priorité?
- Le gouvernement est obligé de segmenter, mais aussi de cibler tout le monde. Toutes les actions ne devraient pas être destinées en priorité au centre, en excluant les régions dont certaines enregistrent des taux d’activité jusqu’à six fois inférieurs à la moyenne nationale. Si les efforts sont concentrés sur l’axe Casablanca-Rabat, la moyenne sera tirée vers le bas par les autres régions. Par ailleurs, dans certaines entreprises, la tâche sera plus ardue que dans d’autres. La féminisation viendrait plus naturellement, par exemple, dans une société de services que dans une structure œuvrant dans le BTP ou le transport routier. L’erreur serait d’estimer qu’il faudrait oublier les entreprises positionnées sur ces secteurs réputés masculins, sachant que dans certaines régions elles sont dominantes.

- Il faudrait donc prendre en compte les régions et les secteurs?
- Exactement. Par ailleurs, il y a aussi ce que l’on appelle le mécanisme des plaques tournantes. Il y a quelques années, certains secteurs ou métiers étaient considérés comme masculins, à l’instar de la finance. Actuellement, la spécialité se féminise de plus en plus, toutefois, sans réelle influence sur le taux moyen d’activité des femmes, car en parallèle, d’autres secteurs perdent en représentativité féminine. Prenez l’exemple du digital, un domaine très masculin au Maroc. L’avantage est qu’il démarre à peine. Si nous y injectons la fibre féminine dès aujourd’hui, nous en récolterons les fruits dans les dix ans à venir. En revanche, si nous l’ignorons, nous perdrons en création de valeur féminine. Nous devons donc appréhender la question du point de vue du secteur, de la région, de la taille des entreprises… Une vision à la fois globale et différenciée est nécessaire.

- Comme actions clés, le nouvel exécutif insiste sur l’offre en crèches et en transport du personnel. Qu’en pensez-vous?
- La vision est axée, entre autres, sur la garde des enfants, ce qui est très bien car il s’agit d’un grand problème et nous avons besoin d’une vision institutionnelle pour cet aspect. Toutefois, quid des entreprises? La problématique est tripartite et tout un écosystème pour favoriser l’activité des femmes doit être bâti. En outre, la stratégie de féminisation ne doit pas être concentrée uniquement sur les femmes, parce que nous sommes face à un business case et non à une cause sociale. Derrière, il y a de la valeur ajoutée et de la performance à gagner.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

                                                                      

Eviter les stigmatisations

Dans ce grand chantier d’inclusion économique des femmes et de renforcement de leur participation au marché du travail, il est impératif d’éviter les «effets de stigmatisation» et les «discours de discorde», selon Doha Sahraoui. «Il faut éviter de culpabiliser les entreprises. Il est également important de ne pas exclure les hommes, puisque l’objectif est la création de valeur pour l’économie et le pays. Autrement, nous retomberons dans les vieux clichés voulant que les femmes prennent la place des hommes sur le marché de l’emploi», insiste-t-elle. Et les clichés ont la peau dure! Surtout dans un contexte où la baisse d’activité est générale. Elle concerne en fait les deux sexes. Si le taux d’activité des femmes s’est vu diminué de plus de 10 points depuis 1999, celui des hommes en a perdu presque 9, pour se situer à 70,4% en 2020. Le taux global est ainsi passé de 54,5 à 44,8%. Moins de la moitié des Marocains en âge de travailler sont actuellement actifs.

 

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