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Towards Equality

Japon: comment s’attaquer aux stéréotypes liés au congé paternité

Par L'Economiste | Edition N°:6046 Le 05/07/2021 | Partager

L’archipel du Japon dispose de l’un des systèmes de congé paternité les plus généreux du monde, mais peu d’hommes en profitent réellement, en raison de stéréotypes sexistes tenaces. Certains gouvernements locaux et certaines entreprises tentent d’inverser la tendance...

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Noboru Hosokawa, un employé de Sekisui House qui travaille au parc de maisons témoins du quartier de Setagaya, à Tokyo, a pris un mois de congé paternité (Ph. Suguru Takizawa)

L’archipel du Japon dispose de l’un des systèmes de congé paternité les plus généreux du monde, mais peu d’hommes en profitent réellement, en raison de stéréotypes sexistes tenaces. Certains gouvernements locaux et certaines entreprises tentent d’inverser la tendance.

LE système de congé parental japonais est considéré comme l’un des plus avantageux au monde. Permettant à la fois aux hommes et aux femmes de rester à la maison jusqu’à ce que leurs enfants atteignent l’âge d’un an, tout en continuant à percevoir 50 à 65% de leur salaire chaque mois, le dispositif est arrivé en tête du classement dans la catégorie des congés payés réservés aux pères, sur les 41 premiers pays offrant de tels avantages, selon une enquête réalisée par l’Unicef en 2019. Ce congé peut également être prolongé jusqu’au deuxième anniversaire de l’enfant. Pourtant, moins de 8% des pères actifs dans le pays en ont profité en 2019 – contre 83% des mères en activité – en raison des stéréotypes qui planent toujours sur ce congé.

Noboru Hosokawa, qui gère à 46 ans un parc de maisons témoins à Tokyo pour une multinationale du BTP, était initialement contre l’idée de prendre un congé paternité, car il craignait que cela suscite la consternation de ses collègues.
«J’avais beaucoup de travail et pensais que c’était impossible de prendre ce congé», confie-t-il. «En tant que manager, je me devais d’améliorer les ventes et croyais à tort qu’un congé paternité nuirait à mon image auprès de mes subordonnés».

Le stéréotype du mari qui ramène l’argent au foyer et de la femme qui assume les charges domestiques et s’occupe des enfants reste prégnant au Japon. Beaucoup d’hommes ne savent pas que prendre le temps de participer pleinement à l’éducation de leurs enfants peut avoir un impact positif sur le taux d’emploi des femmes et contribuer à atteindre l’égalité femmes-hommes – un enjeu pour lequel le Japon se hisse péniblement à la 120e place sur 156 nations, selon le rapport mondial sur l’écart entre les genres de 2020 du Forum économique mondial. D’autres doivent faire face à des supérieurs hiérarchiques qui pensent que la priorité principale des hommes doit être le travail, qui accusent leurs employés d’être gênants lorsqu’ils demandent des congés pour s’occuper de leurs enfants, ou qui les menacent sournoisement de leur retirer d’éventuelles promotions. Près de 70% des quelque 3.000 entreprises interrogées l’été dernier par les Chambres de commerce et d’industrie du Japon et de Tokyo sont toujours «totalement ou plutôt opposées» à toute disposition qui obligerait les employeurs à rendre le congé parental obligatoire chez leurs employés masculins. Mais le gouvernement national et les autorités locales, ainsi que certaines entreprises, tentent d’y remédier.

Il y a deux ans, Hosokawa passait peu de temps avec son fils de 5 ans et sa fille de bientôt 3 ans, en dehors des vacances. Il devait quitter la maison pour partir au travail à 7h30 tous les jours et rentrait souvent après 20h, quand les enfants étaient déjà au lit. Lorsque ses enfants sont nés, il ne savait pas qu’une famille comme la sienne – avec une femme au foyer à temps plein – était éligible au congé parental. Et quand il a fini par l’apprendre, il est resté sur sa faim: aucun autre cadre autour de lui n’ayant pris de congé parental.

Un effort qui vient d’en haut

2018 a constitué un tournant pour lui: son entreprise, Sekisui House Ltd., s’est mise à inciter ses employés ayant des enfants de moins de trois ans à prendre un congé de paternité d’un mois ou plus. Le président de l’entreprise, Yoshihiro Nakai, a lancé une réforme par le haut, qui a entraîné des changements progressifs dans l’attitude de l’entreprise à l’égard du congé paternité. Elle prévoit notamment de payer intégralement le salaire du premier mois de congé pour apaiser les inquiétudes éventuelles des employés quant à la perte de revenus. À l’époque, la fille de Hosokawa allait avoir 3 ans, mais il était toujours réticent à prendre un congé. Il a finalement accepté de participer au programme de congé paternité qu’offrait l’entreprise quand son supérieur et d’autres collègues lui ont promis de reprendre ses fonctions et de soutenir son équipe.

Pendant son congé, Hosokawa a cuisiné, fait la lessive et passé tellement de temps avec ses enfants qu’il a développé un lumbago. La douleur lui a fait réaliser à quel point il avait jusque-là peu contribué aux tâches ménagères et à l’éducation de ses enfants. Aujourd’hui, il est de retour au travail et aide à préparer le congé paternité d’un jeune membre de son équipe. Il conseille à présent à ses collègues plus jeunes «de profiter pleinement de leur temps et de le passer avec leurs enfants pour les voir grandir».

Gifu, une localité favorable aux pères

La préfecture de Gifu, dans le centre du pays, à l’est de Kyoto, a également adopté une approche descendante pour tenter d’augmenter  le taux de congé paternité parmi ses fonctionnaires. La préfecture a aujourd’hui le meilleur ratio du pays, selon une enquête menée par le ministère des Affaires intérieures japonais – mais uniquement dans les services du gouvernement préfectoral directement supervisés par le gouverneur de Gifu.

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Parmi les fonctionnaires de la préfecture de Gifu, les pères dont les femmes sont enceintes doivent obligatoirement présenter un plan de garde pour l’enfant (Ph. Yoshinobu Matsunaga)

Sur les 93 fonctionnaires éligibles au sein de ces services, 48 (soit 51,6%) ont pris leur congé paternité au cours de l’exercice 2019, soit 17,1 points de plus que les 34,5% de l’année précédente. Un chiffre bien au-dessus de la moyenne nationale: 16,8% des fonctionnaires prenant leur congé paternité.

«Une nouvelle ambiance de travail a émergé [à Gifu], où prendre un congé de paternité est désormais considéré comme normal», dit un représentant du bureau chargé de l’autonomisation des femmes et de la diversité du ministère des Affaires intérieures. «Dans certains endroits, et pour certaines raisons, cela restera difficile de se passer du personnel, mais nous espérons que la mise en place des mesures de la préfecture de Gifu aideront les municipalités et entreprises privées de la préfecture à améliorer la situation».

Depuis 2015, le gouvernement préfectoral oblige ses employés pères en devenir à soumettre des plans de garde d’enfants, détaillant les dates d’accouchement prévues et indiquant s’ils prendront un congé paternité. S’ils déclarent qu’ils ne le feront pas, le département des ressources humaines encourage leurs superviseurs à ajuster l’emploi du temps de leurs collaborateurs et pousser ces derniers à libérer du temps pour leurs enfants.

La préfecture de Gifu prévoit aujourd’hui de faire passer son taux de congé paternité à 90%, mais des défis restent à relever. Dans les secteurs qui ne relèvent pas directement de la compétence du gouverneur, Gifu se classe en fait au deuxième rang national, avec un taux de congé paternité de 13% chez les employés éligibles, derrière la  préfecture de Tottori, qui affiche 26%. Ainsi, au sein du département de police de la préfecture, le taux atteint seulement 5%, et celui du conseil préfectoral de l’éducation, 4,9%. Les entreprises privées et les municipalités de Gifu peinent aussi à améliorer leur taux de congé.

Des exemples comme ceux-là montrent que, même s’il semble difficile de briser des stéréotypes de longue date, le Japon évolue lentement mais sûrement  vers une société plus favorable aux familles. D’ici 2025, le gouvernement central espère hisser le taux de congé paternité des fonctionnaires régionaux et des entreprises privées à au moins 30%. Une mesure qui profiterait non seulement aux pères actifs, mais qui aiderait aussi à réduire les inégalités entre les sexes.

Par Kenjiro Takahashi, Natsumi Nakai, Suguru Takizawa, Sawa Okabayashi et Yoshinobu Matsunaga

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Cet article est publié dans le cadre de «Towards Equality», une opération de journalisme collaboratif rassemblant 15 médias d’information du monde entier mettant en lumière les défis et les solutions pour atteindre l’égalité des genres.

                                                                                 

Temps nécessaire pour combler les inégalités: Plus de 100 ans!

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Une nouvelle génération de femmes devra patienter avant d’atteindre la parité femmes-hommes, selon le Rapport annuel 2021 du Forum économique mondial sur les inégalités femmes-hommes dans le monde.

Le temps nécessaire pour combler les inégalités femmes-hommes dans le monde a augmenté d’une génération, passant de 99,5 ans à 135,6 ans.

En poursuivant sa trajectoire actuelle, l’écart femmes-hommes en politique devrait mettre 145,5 ans à se combler, contre 95 ans dans la dernière édition du rapport, soit une augmentation de plus de 50%.

■ L’écart économique femmes-hommes n’a connu qu’une amélioration marginale depuis l’édition 2020 du rapport et devrait prendre encore 267,6 ans pour être comblé. Cette progression lente est due à des tendances opposées; si la proportion de femmes parmi les professionnels qualifiés continue d’augmenter, les disparités de revenus persistent et peu de femmes sont représentées dans les postes dirigeants.

■ En matière d’éducation et de santé, les écarts femmes-hommes sont presque comblés. En matière d’éducation, 37 pays ont déjà atteint la parité femmes-hommes, mais il faudra attendre encore 14,2 ans pour combler entièrement cet écart en raison du ralentissement de la progression. En matière de santé, l’écart femmes-hommes a été comblé à plus de 95%, avec une baisse marginale depuis l’année dernière.

                                                                                 

Quelques indicateurs par région du monde en 2021

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■ L’Islande reste le pays le plus égalitaire au monde, suivie par la Finlande, la Norvège, la Nouvelle-Zélande et la Suède.

■ L’Europe occidentale reste la région la mieux notée et a encore progressé cette année, l’écart global entre les sexes étant désormais comblé à 77,6%.

■ L’Amérique du Nord (76,4%), qui comprend le Canada et les États-Unis, est la région avec la plus grande amélioration cette année, avec une augmentation de près de 3,5%.

■ En Amérique latine et dans les Caraïbes (72,1%), 15 des 25 pays de la région ont amélioré leur score global. Le Belize, le Salvador et le Suriname se distinguent en réduisant leur écart femmes-hommes de plus de 2,3 points de pourcentage en un an. À ce rythme, il faudra 68,9 ans pour combler l’écart dans cette région.

■ L’Europe de l’Est et l’Asie centrale (71,2%) sont à la traîne par rapport à l’Europe occidentale, non seulement en ce qui concerne le pourcentage d’écart comblé, mais aussi le rythme de la progression.

■ L’Asie de l’Est et le Pacifique (68,9%) constituent l’une des trois régions présentant la plus grande amélioration, avec une réduction des écarts femmes-hommes sur trois des quatre indices (économie, éducation, santé) mais une régression concernant la parité en matière de politique.

■ L’Afrique subsaharienne (67,2%) a progressé très lentement, de sorte qu’il faudra 121,7 ans pour combler l’écart femmes-hommes. Plus de la moitié des pays de la région (20 sur 34) ont progressé vers la parité femmes-hommes au cours de l’année, mais seuls la Namibie et le Rwanda ont comblé au moins 80% de leurs écarts.

■ La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord continue d’afficher le plus grand écart femmes-hommes (39,1%) restant à combler. Malgré une légère amélioration cette année (+0,5 point de pourcentage), la progression est lente et il faudra 142,4 ans pour combler l’écart femmes-hommes, en grande partie à cause des inégalités importantes dans le domaine économique, avec seulement 31% des femmes faisant partie de la population active.

Source: Rapport annuel 2021 du Forum économique mondial sur les inégalités femmes-hommes dans le monde

 

 

 

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