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Towards Equality

Comment rendre les musées féministes?

Par Ana Requena Aguilar | Edition N°:6043 Le 30/06/2021 | Partager

Traditionnellement, les musées sont des espaces d’expression culturelle régis par une vision masculine. Mais en Espagne, des associations et des musées prennent des mesures concrètes visant à la fois à rendre visible le travail des artistes féminines et à repenser l’influence de la culture sur l’égalité hommes-femmes...

Traditionnellement, les musées sont des espaces d’expression culturelle régis par une vision masculine. Mais en Espagne, des associations et des musées prennent des mesures concrètes visant à la fois à rendre visible le travail des artistes féminines et à repenser l’influence de la culture sur l’égalité hommes-femmes.

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Au musée Reina Sofia, à Madrid, une salle entière est consacrée aux dessins féministes d’Ida Applebroog (Ph. Javi García Nieto (@jgarciani)

Avez-vous déjà remarqué combien d’œuvres d’artistes masculins et combien d’œuvres d’artistes féminines sont accrochées aux murs des principaux musées et galeries de votre ville? Comment ces œuvres sont décrites dans les cartels d’information qui les accompagnent? Quelles sont les thématiques choisies pour les expositions? Depuis 12 ans, l’association espagnole Mujeres en las ArtesVisuales (MAV, ou Femmes dans les arts visuels) s’efforce d’introduire une perspective de genre dans le monde de l’art, notamment au sein des musées et des galeries.

Les principaux musées du pays possèdent dans leurs collections une large majorité d’œuvres de créateurs masculins, alors que celles produites par des femmes représentent encore une minorité. Il en va de même pour les expositions temporaires, qui abritent principalement des artistes masculins. La preuve: avec 200 ans d’histoire, le musée du Prado à Madrid, l’une des principales institutions culturelles du monde, n’a programmé sa première exposition dédiée à une femme peintre qu’en octobre 2016.

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Au musée Reina Sofia, à Madrid, une salle entière est consacrée aux dessins féministes d’Ida Applebroog (Ph. Javi García Nieto (@jgarciani)

Elle mettait à l’honneur Clara Peeters, peintre flamande et pionnière des natures mortes, un genre méprisé à l’époque précisément parce qu’il était associé aux femmes créatrices.

Mais au-delà du quantitatif, repenser les musées implique de revoir de nombreuses autres variables, telles que «la remise en question de leur fonctionnement interne – la majorité des conseils d’administration des musées sont dominés par des hommes et la prise de décision est, par conséquent, très masculinisée –; la représentation des artistes féminines dans les expositions; l’encouragement de la recherche pour sauver beaucoup plus d’artistes que celles actuellement mises en avant», explique la présidente de la MAV, Lola Diaz.

Ouvrir des voies de dialogue

Depuis sa création, le collectif, composé d’artistes et de professionnels de l’art, dispose d’un observatoire qui a produit plus de 20 rapports et diagnostics de ces institutions, qui ont servi à chiffrer les inégalités dans le monde culturel, à sensibiliser le secteur et à ouvrir des voies de dialogue. Le ministère de la Culture espagnol lui-même a relevé le défi en produisant le premier rapport sur l’application de la loi sur l’égalité, adoptée en 2007, dans le domaine de la culture.

Mabel Tapia, directrice artistique adjointe du musée Reina Sofía, l’un des plus importants musées en Espagne, partage l’avis de Lola Díaz. Depuis des années, le musée cherche à adopter une perspective de genre. Mabel Tapia estime que la dernière décennie, marquée par la montée du féminisme et les questionnements qui découlent à la fois d’initiatives telles que celles de la MAV et d’une grande partie de l’opinion publique, constitue un point d’inflexion. Elle insiste sur le fait que le changement ne peut être uniquement quantitatif, même si augmenter le nombre d’œuvres féminines est sans doute essentiel pour mettre fin à la prédominance masculine dans les espaces artistiques.

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Mabel Tapia est la directrice artistique adjointe du musée Reina Sofía à Madrid (Ph. Javi García Nieto (@jgarciani)

«Les musées ont historiquement eu une manière affirmative et hétéropatriarcale d’opérer et de mettre en avant la culture. Le féminisme vient rompre avec ce point de vue, pour susciter plutôt des questions que des réponses affirmatives, pour émettre des hypothèses sans avoir besoin d’arriver immédiatement à des conclusions universelles. Il est également question d’intégrer d’autres secteurs de la société qui ont souvent été négligés dans les récits artistiques», explique Mabel Tapia.

Au-delà des initiatives individuelles, Mujeres en las Artes Visuales mettra bientôt à disposition des musées et des galeries qui le souhaitent un outil d’autodiagnostic en espagnol et en anglais pour les aider à examiner «leur structure, leur travail interne et leurs activités externes sous l’angle de l’égalité», indique l’association. Et Lola Díaz, sa présidente, de conclure: «Nous devons nous orienter vers des musées et des centres ayant une vision plus anthropologique, moins colonialiste. Une vision qui questionne le passé et le présent, avec de nouvelles lectures et contextualisations des collections. Des musées diversifiés et participatifs, qui représentent l’ensemble de la société».

                                                                     

Transformer «la manière de raconter le récit»

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Cette sculpture d’araignée conçue par Louise Bourgeois est exposée au musée Reina Sofia, à Madrid (Ph. Javi García Nieto (@jgarciani)

Mabel Tapia souligne par exemple la nécessité de transformer «la manière de raconter le récit» des contenus, ainsi que la configuration du musée pour éviter, entre autres, d’avoir le sentiment que les femmes artistes sont toujours «les autres» et que leurs œuvres sont ajoutées comme un complément.
Le Reina Sofía réorganise actuellement sa collection permanente en prenant en compte ces idées. Dans l’une de ses salles, la maison américaine idéale du milieu du XXe siècle contraste avec l’immense Araignée de Louise Bourgeois, qui représente également un foyer, une «mère» que l’artiste a conçue de manière très différente. Présentée dans une autre salle, l’œuvre culminante de l’artiste Ida Applebroog, dont le travail est traversé par le féminisme: une installation avec des dessins qu’elle a réalisés pendant des mois sur les observations quotidiennes de son vagin.

Par Ana Requena Aguilar

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Cet article est publié dans le cadre de «TowardsEquality», une opération de journalisme collaboratif rassemblant 15 médias d’information du monde entier mettant en lumière les défis et les solutions pour atteindre l’égalité des genres.

 

 

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