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Inflation, c’est le grand retour

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:6033 Le 16/06/2021 | Partager
Premier facteur: l’embellie des perspectives pousse vers le haut les anticipations
Hausse des prix des produits de base et des effets de certaines mesures ponctuelles liées à la crise
Un vrai casse-tête des institutions internationales

Les investisseurs ont les yeux tournés vers la réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine qui se tient les 15 et 16 juin. Cette réunion se tient sur fond de nouveaux records sur les marchés boursiers, de chiffres de l’emploi assez solides et d’une inflation à 5%.

Si cette dernière devrait être au cœur de la réunion du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC), il en faudra plus pour la décider à réduire son soutien à l’économie, à commencer par une amélioration plus nette côté emploi.

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A plus long terme, l’évolution de l’inflation dépendra des mesures de politique monétaire et des facteurs structurels qui prévalaient avant la crise.
Note: La zone grisée correspond aux prévisions. Graphique de gauche: indice global des prix à la consommation harmonisé pour les pays de l’Union européenne; déflateur global de la consommation pour les Etats-Unis et indice global des prix à la consommation pour les autres pays. Le sigle BRICS correspond à la moyenne simple des données relatives au Brésil, à la Russie, à I’Inde, à la Chine et à l’Afrique du Sud

Le sujet de l’inflation était évoqué également la semaine dernière lors de la réunion de la BCE. La banque centrale européenne ne croit pas à un dérapage durable des prix: «l’inflation restera en dessous de notre objectif, proche mais inférieur à 2% sur la période de projection jusqu’en 2023», a expliqué la présidente de la BCE, Christine Lagarde.

L’institution a néanmoins revu à la hausse ses anticipations d’inflation, à 1,9% cette année et 1,5% l’année prochaine, plus que les 1,5% et 1,2% annoncés précédemment. Et ce en raison de facteurs temporaires liés à la reprise économique et à la hausse des prix de l’énergie. A l’horizon 2023, la BCE table toujours sur une inflation à 1,4%, comme en mars. Ce qui signifie qu’elle ne voit pas de pressions inflationnistes s’installer durablement après la sortie espérée de la pandémie.

Plusieurs institutions (FMI, OCDE, Banque mondiale…) ont mis en garde contre le risque d’une accélération de l’inflation. Elle devrait progresser temporairement, mais les perspectives à plus long terme demeurent incertaines, avec des risques de révision à la hausse, signale l’OCDE dans ses perspectives économiques (Mai-2021).

Dans la plupart des économies avancées et économies de marché émergentes, l’inflation est repartie à la hausse depuis l’année dernière, conformément à l’augmentation des prix du pétrole et d’autres produits de base, même si elle reste en deçà de ses niveaux pré-pandémie. En outre, l’embellie des perspectives de reprise mondiale soutenue a poussé vers le haut les anticipations d’inflation, en particulier sur les marchés financiers.

A court terme, le taux d’inflation à 12 mois devrait augmenter nettement du fait de la hausse passée des prix des produits de base, en particulier du pétrole, et des effets de certaines mesures ponctuelles liées à la crise, prédit l’équipe de l’OCDE.

Ainsi, l’inflation risque de progresser temporairement lorsque dans certains secteurs durement touchés, le mouvement de repli des prix observé l’an passé s’inversera, une fois les restrictions assouplies. Cela étant, des risques à la hausse existent.

Plusieurs éventuels facteurs négatifs conjugués du côté de l’offre (augmentation des coûts d’exploitation due aux mesures de freinage de la pandémie, pénurie de composants essentiels comme les semi-conducteurs due à des ruptures dans les chaînes de valeur mondiales, volonté de rattraper des pertes de chiffre d’affaires passées ou encore affaiblissement de la concurrence dû à la multiplication du nombre de faillites, par exemple) pourraient également faire monter l’inflation davantage que prévu.

De la même façon, si la consommation privée augmente plus vite que prévu dans nombre d’économies (en raison, par exemple, d’une consommation financée par l’épargne accumulée – voir plus bas, ou d’une relance budgétaire massive, notamment aux Etats-Unis), les tensions sur la demande qui en résultent. Y compris sur les prix des produits de base qui devraient rester constants dans les projections, pourraient porter l’inflation à des niveaux bien supérieurs aux anticipations.

Dans les économies de marché émergentes, les risques à la hausse concernant l’inflation tiennent à de nouvelles dépréciations des taux de change et à un renchérissement des prix dans l’alimentation et l’énergie. Lesquels pourraient entraîner un désancrage des anticipations d’inflation, en particulier dans les pays où la crédibilité de la banque centrale est déjà affaiblie.

                                                                      

Ce que prédit la Banque mondiale

Dans sa dernière édition des Perspectives économiques mondiales (8 juin 2021), la Banque mondiale analyse le rebond de l’inflation mondiale qui a accompagné la reprise de l’activité économique. Sur les cinq dernières récessions mondiales, celle de 2020 a produit le plus faible recul de l’inflation, suivi de la plus forte hausse. Même si l’inflation mondiale continuera probablement d’augmenter jusqu’à la fin de l’année, elle devrait se maintenir dans la fourchette prévue par la plupart des pays qui fixent un objectif en la matière.

Dans les économies émergentes et en développement où l’inflation dépasse les niveaux visés, les pressions sur les prix ne justifient pas nécessairement le recours à des mesures monétaires, sous réserve qu’elles soient temporaires et que les anticipations d’inflation restent stables.

«La hausse de l’inflation risque de compliquer les choix à faire par les économies émergentes et en développement au cours des prochains mois, sachant que certaines d’entre elles continuent de recourir à des mesures expansionnistes pour assurer une reprise durable», indique Ayhan Kose, directeur du Groupe des prévisions de la Banque mondiale. «A moins de s’attaquer aux risques de surendettement, ces économies restent vulnérables aux tensions sur les marchés financiers si les poussées inflationnistes dans les économies avancées accroissent l’aversion des investisseurs pour le risque», dit-il.

La hausse des prix des denrées alimentaires et l’accélération de l’inflation globale pourraient également exacerber les problèmes liés à l’insécurité alimentaire dans les pays à faible revenu. Les dirigeants de ces pays doivent veiller à ce que la hausse des taux d’inflation n’entraîne pas le décrochage des anticipations d’inflation et éviter de recourir à des subventions ou à un contrôle des prix qui risquent de faire monter les cours mondiaux des denrées alimentaires. Des mesures axées sur le renforcement des programmes de protection sociale, l’amélioration de la logistique et la résilience de l’offre locale de nourriture face aux changements climatiques seraient plus utiles.

Fatim-Zahra TOHRY

 

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