×Membres de L'Economiste Qui sommes-nousL'Editorialjustice régions Dossiers Société Culture Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Le Cercle des Experts

Le développement économique et social n’est pas une affaire de modèle! (1re partie)

Par Taha OUDGHIRI | Edition N°:5925 Le 14/01/2021 | Partager

Taha Oudghiri est vice-président de l’AMEEN. Il est conseiller en finances et en management des affaires. Il est également juriste d’affaires. Il est par ailleurs l’auteur de nombreuses publications économiques et financières. Ses supports de publications ont été, entre autres, la Revue française de finances publiques, Le Monde, Le Monde de l’Economie, la CIAR, Cornell International Affairs Review de l’Université Cornell et, à plusieurs reprises, les colonnes de L’Economiste (Ph. TO)

La violence de la crise socioéconomique consécutive à la crise sanitaire - elle-même aggravée par un pilotage à vue par gros temps épidémique -, a fait perdre plusieurs années de développement à plusieurs pays. L’ampleur des reculs est évidemment proportionnelle aux avancées antérieurement enregistrées par chaque pays.

Aujourd’hui, les ambitions de développement ont fait place à des réflexes de survie. L’Etat, remis au goût du jour, même impécunieux, s’est employé activement à apporter ses concours financiers à l’économie, quoi qu’il en coûte avait dit le président Macron, plutôt que de dire: quoi qu’il vous en coûtera!

En effet, les levées de capitaux d’emprunts réalisées par le Maroc sur les marchés financiers domestiques, internationaux et auprès des organismes multilatéraux sauvent quelque peu le présent, mais hypothèquent l’avenir, à moins d’une croissance économique post-Covid durablement exceptionnelle. Cet endettement s’est réalisé dans des conditions peu favorables en ces temps de taux d’intérêt très bas, voire négatifs dans la zone euro.

A titre d’exemple, la France, grâce à la politique menée par la BCE, a levé du capital à un taux négatif de -0,14%, quand le Maroc devait accepter, pour les mêmes maturités, 3% et même 4% pour des maturités plus grandes.

Cet endettement, contracté pour tenir l’économie sous perfusion, a fait office d’amortisseur de la crise en 2020. Il plombera cependant le tissu productif en 2021 et au-delà. Il ralentira aussi les possibilités de développement parce que alloué majoritairement à des dépenses de fonctionnement et non pas à des dépenses d’investissements. Il se traduira enfin par un «durcissement» de la fiscalité, par des augmentations d’impôts sur le capital et sur le travail.

Des risques d’effets désincitatifs et d’évasion de la matière imposable pourront alors se faire jour. Ils impacteront négativement l’économie. Précisément, les augmentations d’impôts n’obéiront pas à la fonction sociale, redistributive de l’impôt, mais plutôt à sa fonction économique de régulation, de rétablissement des équilibres macroéconomiques, donc sans réels effets sur le développement économique et social.

C’est dans cet environnement particulièrement troublé et contraint que le Maroc élabore son nouveau modèle de développement. Ces conditions défavorables ne devraient pas empêcher une réflexion économique et sociale pour l’ouverture de ce chantier, pour l’installation des rampes de lancement et pour la préparation des conditions propres à favoriser le développement. La CSDE, par-delà sa grande qualité, fera certainement ce travail.

A qui incombe la responsabilité du développement?

La réponse à cette interrogation n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît. En effet, par qui l’ambition du développement devrait-elle être portée, ou, dit autrement, à qui incombe la responsabilité du développement ou du sous-développement économique et social? Ces états ne sont pas les faits du hasard! Il y a ici une volonté farouche, une détermination politique, une éthique et une dynamique collective, et il y a là des responsabilités ou des irresponsabilités nombreuses dont les contours sont cependant très volatils.

En effet, gouvernement, partis politiques, communauté financière, intellectuels et autres agents économiques se renvoient les responsabilités du développement, se critiquent mutuellement et ce faisant, se défaussent les uns sur les autres.

bidonville-025.jpg

«La transversalité des nouvelles approches: économiques, politiques, sociologiques, anthropologiques avec un ancrage régional et au-delà mondial, a, certes, contribué à développer et améliorer les connaissances, mais elle a permis, en même temps, une prise de conscience sur l’étendue de l’ignorance et sur la complexité des problèmes qui restent à résoudre pour une élévation substantielle des niveaux de vie ou plus prosaïquement, pour un recul significatif de la pauvreté»  (photo du Douar el Brahma dans la région de Mohammedia) (Ph. Jarfi)

La responsabilité du développement est-elle exclusivement celle du gouvernement et des politiques, toutes les politiques qu’il conduit: éducatives, législatives, socioéconomiques, institutionnelles, culturelles, religieuses et finalement à l’environnement général dont il favorise la formation? La collectivité, ou une partie d’entre elles, peut-elle s’exonérer de toute responsabilité ou manque-t-elle significativement de vigueur entrepreneuriale lorsque les conditions sont remplies? Existe-t-il en son sein un pan important représentant des poches de résistances, réfractaire à la modernité, allant jusqu’à former des forces politiques d’obédience religieuse, activistes, particulièrement agissantes politiquement et socialement et désespérément muettes économiquement? Est-ce aussi, les carences de la théorie économique générale qui considèrent l’économie du développement comme de l’économie appliquée et préconisent les politiques économiques à mener pour favoriser la croissance? Est-ce enfin des préalables démocratiques qui seraient restés insatisfaits et qui expliqueraient les niveaux de développement de plusieurs pays?

Toutes ces voies concourent

interactivement et à des degrés divers, à faire reculer la pauvreté ou à favoriser sa densification. Leur modélisation est particulièrement laborieuse. Les nombreux échecs observés ici et là dans l’élaboration, l’application des modèles de développement ont remis en cause les attributs des économistes du développement. La transversalité des nouvelles approches: économiques, politiques, sociologiques, anthropologiques avec un ancrage régional et au-delà mondial, a, certes, contribué à développer et améliorer les connaissances, mais elle a permis en même temps, une prise de conscience sur l’étendue de l’ignorance et sur la complexité des problèmes qui restent à résoudre pour une élévation substantielle des niveaux de vie ou plus prosaïquement, pour un recul significatif de la pauvreté.

En effet, après avoir adopté et abandonné des modèles opposés de développement économiques, capitalistes et socialistes, mené des politiques et leurs contraires: interventionnistes et libérales, des politiques autocentrées (relâchement budgétaire, protection du tissu industriel et substitution de la production nationale aux importations) donc introversion de l’économie et extraversion de celle-ci que l’on a appelé consensus de Washington (rétablissement de l’équilibre budgétaire, élargissement et assouplissement fiscal, déréglementation des marchés, déprotection par la suppression des conditions des échanges et flexibilisation des changes, dévaluation ou glissement monétaire) après toutes ces expériences infructueuses un certain éclectisme s’est alors installé à la faveur de cet empirisme. Il s’est néanmoins traduit par un lourd tribut payé par des populations restées désespérément pauvres.

C’est alors que les enseignements d’aujourd’hui éclairent davantage sur les politiques qu’il ne faut pas entreprendre plutôt que sur celles qu’il faut mettre en œuvre. Parce qu’il ne s’agit pas d’un exercice à sommes nulles. Ne rien faire, ne pas engager des politiques contre-productives, comme on l’avait fait au Maroc par la politisation de l’enseignement, par la marocanisation, par la reprise des terres agricoles, par la poussée vers la sortie des communautés entreprenantes, marocaines de confession juive et européenne résidente, par la recherche soutenue de la sécurité politique aux dépens du soutien à l’économie et pour finir, par la politique injonctive d’asservissement-assainissement menée tambour battant.

automobile-025.jpg

«La confiance économique se mesure davantage par le taux de réinvestissement des profits que par l’investissement initial qui lui peut s’expliquer par les mauvaises conditions offertes par nos concurrents. Ce qui devrait nous amener à relativiser notre attractivité et à tempérer notre triomphalisme» (Ph. L’Economiste)

La confiance comme force propulsive

Le prix de cette antipolitique de développement se paye peut-être encore aujourd’hui. Voilà pourquoi ne rien faire peut se révéler plus gratifiant, moins destructeur de richesses que ne peuvent l’être les politiques dictées par des calculs politiques à courte vue, par des idéologies partisanes, forcément intransigeantes, par un nationalisme empreint d’une quête identitaire insatiable, ainsi que par la préservation des prébendes.

Ces volte-face politiques et économiques sapent la confiance. On peut constater aujourd’hui au Maroc une plus grande volonté de stabilisation, de réassurance. Il est important d’insister sur la confiance parce qu’elle est le soubassement des amplitudes économiques. Elle agit sur la consommation des ménages et sur les investissements domestiques et étrangers. Le début de confiance que le Maroc inspire à ses opérateurs économiques et aux IDE devrait être consolidé pour qu’on puisse en profiter pleinement et durablement. Les déclarations, les réjouissances exubérantes qu’expriment certains responsables gagneraient parfois à être plus mesurées.

A titre d’exemple, dans le secteur automobile, on peut se satisfaire des investissements étrangers et de la forte densité de main-d’œuvre de cette industrie qui ne robotise pas ses implantations périphériques. On peut aussi se réjouir de l’amélioration du taux d’intégration locale, ce que G. Destanne De Bernis appelait: les industries industrialisantes. La «tertiarisation industrielle» des usines-tournevis a fait place à des industries plus intégrées dans ce secteur de l’automobile.

Plus généralement, la confiance économique se mesure davantage par le taux de réinvestissement des profits que par l’investissement initial qui lui peut s’expliquer par les mauvaises conditions offertes par nos concurrents. Ce qui devrait nous amener à relativiser notre attractivité et à tempérer notre triomphalisme. Nous sommes peut-être seulement moins mauvais. On peut se le dire ne serait-ce que pour nous améliorer.

En effet, l’analyse de la structure financière de ces entreprises étrangères permet de mieux apprécier le premier niveau de confiance à partir de la politique de financement global qu’elles privilégient. A partir de la politique d’effet de levier financier, d’endettement intra et extra groupe, qu’elles conduisent. C’est aussi et surtout, la structure du capital, hors endettement long, de ces firmes qui permet de mesurer définitivement la confiance qu’elles font en leur pays d’accueil. Cette structure du capital laisse très souvent apparaître une obsession du payback, de la contraction du délai de récupération des capitaux investis. Elle se matérialise par une politique de dividendes qui s’apparente à une politique de la terre brûlée, sans même que ces entreprises ne subissent la pression du marché financier.

Plusieurs d’entre elles ne sont pas cotées en Bourse. Leur pay-out, le taux de distribution des bénéfices, est proche et parfois supérieur à 100%. Elles siphonnent mêmes dans leurs réserves qui sont souvent parcimonieusement dotées. On observera que les bénéfices réinvestis, par leurs maisons mères, sont plus importants que les bénéfices distribués. Ils se montent respectivement à 55 contre 45% en moyenne, ce qui atteste de la confiance et contribue au développement. Telles sont les conclusions que l’on peut souvent tirer d’une analyse comparative des politiques de rémunérations du capital (*).

                                                                       

L’ambiguïté économique des investissements étrangers

Les investissements étrangers ne s’accompagnent pas systématiquement de développement économique et social. Les transferts de capitaux propres que nécessitent ces implantations étrangères augmentent les réserves de changes dans un premier temps et les réduisent dans un deuxième par le transfert des dividendes. Reste, il est vrai, les autres dividendes  sociopolitiques  relatifs aux créations d’emplois. En outre, ces firmes étrangères sont encouragées, dans certains pays, par des conventions fiscales internationales qui défiscalisent les distributions de bénéfices lorsque la politique des prix de transfert et les intérêts sur prêts intra-groupe, laissent ces bénéfices se réaliser et des impôts se payer. Lorsque la défiscalisation des profits distribués n’est pas acceptée dans ces conventions, les bénéfices ne sont pas, ou peu, réalisés. En effet, ces conventions fiscales sont établies dans un rapport de forces asymétrique ou ces entreprises se font accompagner par leurs Etats pour négocier et faire accepter des clauses, débonnaires, empreintes de grands abus de positions dominantes. Des politiques particulièrement dommageables pour le développement économique et social. En revanche, on peut observer, dans les maisons mères de ces entreprises, des politiques de dividendes autrement plus portées sur l’avenir.

--------------------------------------------------------------

(*) Oudghiri Taha, «Marchés financiers: La tyrannie des cours boursiers», L’Economiste du 11 février 2011

 

         Deuxième partie dans notre édition du 15 janvier

   Quelles voies pourraient être salutaires pour le développement   

Chère lectrice, cher lecteur,

L'article auquel vous tentez d'accéder est réservé à la communauté des grands lecteurs de L'Economiste. Nous vous invitons à vous connecter à l'aide de vos identifiants pour le consulter.
Si vous n'avez pas encore de compte, vous pouvez souscrire à L'Abonnement afin d'accéder à l'intégralité de notre contenu et de profiter de nombreux autres avantages.

Mot de passe oublié?
CAPTCHA
This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
ABONNEZ-VOUS
  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc