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Economie

Maroc/Israël: Comment l'investissement peut consolider l'accord politique - Entretien exclusif avec Amir Peretz, ministre israélien de l’économie

Par Dr Mohamed BENABID | Edition N°:5923 Le 12/01/2021 | Partager
«Le Maroc et Israël pourraient créer des sociétés mixtes actives en Palestine, Bahreïn et aux Emirats Arabes Unis»
Un ALE, objectif majeur pour Israël
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Amir Peretz: «la pièce maîtresse qu'il nous faudra réaliser est la structure d'investissements communs avec des sociétés américaines» (Ph. Privée)

L’accord de normalisation entre le Maroc et Israël nourrit beaucoup d’espoir pour les opportunités d’affaires. Dans cet entretien exclusif à L’Economiste, Amir Peretz, ministre israélien de l’économie identifie d’ores et déjà plusieurs chantiers majeurs pour transformer l’essai. D’un côté le Maroc, son hub géographique, sa stabilité politique et ses secteurs porteurs sera un facteur déterminant dans l’attractivité de l’investissement israélien. De l'autre Israël et son expertise dans les filières pointues  (cybernétique,  l'intelligence artificielle ou les Fintechs) mais aussi dans l’eau et l’agriculture notamment. Dans un premier temps, il ss’agira de déployer les cadres et mécanismes institutionnels de coopération. Ce à quoi la partie israélienne s’attelle déjà.

- L'Economiste: Quel est l'agenda pour les premiers deals entre le Maroc et Israël et comment comptez-vous relever ces défis à l'avenir?
- Amir Peretz:
J'ai initié une réunion de travail avec mon collègue israélien le ministre du Commerce en y associant les directions générales des deux ministères. Ensemble nous avons passé en revue les sujets et le potentiel  afférent considérable  liant nos deux ministères. En foi de quoi, nous préparerons un accord dans le cadre  économico - commercial de coopération entre nos deux ministères, que nous évaluerons sous une quinzaine de jours. Il est clair que les domaines que nous retiendrons présentent des aspects dans lesquels les deux pays, le Maroc et Israël, ont des avantages relatifs à potentiel de complémentarité.  Je suis certain que dès à présent il y a une concertation entre les dirigeants des secteurs des affaires  marocains et israéliens. Très prochainement, j'espère venir au Maroc avec une délégation d'hommes d'affaires israéliens qui pourront rencontrer leurs homologues marocains et enclencher une activité vaste et rapide. Le gouvernement israélien facilitera la conclusion rapide des accords agréés en mettant à disposition tous les moyens nécessaires.

- Du point de vue de l'investisseur israélien, où se trouvent les opportunités au Maroc?
- L'emplacement géographique du Maroc pourra rapprocher l'industrie israélienne des marchés continentaux voisins, permettant ainsi une grande économie des moyens de transports et facilitera l'approche de ces marchés. Cela constituera un argument important pour les sociétés internationales souhaitant créer des investissements, en partenariat avec les acteurs marocains davantage porteurs dans certains domaines comme les matières premières et la main-d'œuvre professionnelle. Le côté israélien pourrait apporter l'additif technologique et les méthodes de gestion avancées. De surcroît, le Maroc et Israël pourraient créer des sociétés mixtes actives en Palestine, Bahreïn et aux Émirats Arabes Unis. Cependant, la pièce maîtresse qu'il nous faudra réaliser est la structure d'investissements communs avec des sociétés américaines. Cette structure devra être ancrée dans les législations américaine, marocaine et israélienne. L'un des objectifs pourrait être une coopération avec les USA en vue de renforcer l'industrie textile marocaine.

- En matière d'IDE, comment les investisseurs israéliens se comportent-ils comparativement aux  autres investisseurs?
- Les investisseurs israéliens qui arriveront au Maroc sont porteurs d'une grande expérience dans les investissements à travers le monde. L'un de leurs avantages est l'appui dont ils bénéficient auprès des Fonds d'investissement, y compris de Fonds d'investissement institutionnels, comme les banques et les compagnies d'assurance. Par ailleurs, Israël s'illustre en puissance technologique, en «start up nation»  dans le domaine de la cybernétique, de l'intelligence artificielle, l'agriculture, l'eau, autant de domaines à valoriser avec l'industrie marocaine permettant ainsi d'augmenter les exportations vers des pays tiers.

- Quel est le message clé que vous utilisez pour promouvoir les investissements en Israël? Pourquoi les investisseurs marocains préféreraient-ils Israël à d'autres destinations?
- Israël abrite plus de 500 corporations multinationales qui ont créé ici leurs centres de recherche et de développement. Il  jouit de l'un des plus grands investissements per capita au monde, équivalent à 8,3 milliards de dollars en 2019, provenant essentiellement d'investisseurs étrangers. Israël a investi substantiellement dans la cybernétique et d'autres secteurs de pointe,  comme l'intelligence artificielle, la technologie alimentaire (Foodtech), la technologie financière (Fintech).

- Il y a eu une prolifération d'accords de libre-échange avec le Maroc au cours de la dernière décennie. Envisagez-vous ce type d'approches?
- Un accord de libre-échange est un objectif majeur et nous chargerons une équipe spéciale de travailler intensément  et rapidement à la préparation d'une mouture d'accord à soumettre à l'appréciation des deux gouvernements- marocain et israélien. En conclusion, je me considère engagé dans la consolidation des relations bilatérales dans tous les domaines, y compris le domaine politique afin de consolider nos rapports bilatéraux, ainsi qu'avec des pays tiers. J'envisage de consolider les liens économiques entre Israël et le Maroc et de promouvoir l'activité dans les domaines que j'ai évoqués ci- dessus. Je suis également convaincu que les volumes touristiques entre les deux pays augmenteront significativement. J'attends le jour de l'arrivée de touristes marocains en Israël.

- Quid des frictions concurrentielles entre nos économies?
- Les économies israélienne et marocaine ne sont pas dans un rapport concurrentiel, mais plutôt de complémentarité. Le Maroc pourrait bénéficier de l'immense expérience israélienne dans les secteurs de technologies de l'eau et de l'agriculture. Des coopérations fondées sur des technologies innovantes dans le secteur automobile pourraient également être établies. Israël a beaucoup à apprendre de la puissance industrielle automobile marocaine, ainsi que de la capacité du Maroc, situé dans un carrefour d'échanges stratégique, à servir de pont entre les régions. Des milliers d'hommes d'affaires israéliens envisagent de visiter le Maroc et d'y créer des partenariats avec leurs homologues marocains. Ainsi pourrions nous mettre en place une plateforme d'échanges tripartite: Israël- Maroc- Palestine, mais aussi une structure d'échanges entre les USA - Israël et le Maroc. L'important est de mettre à profit la puissance structurelle triangulaire émergente entre Israël, les États-Unis et le Maroc.

Propos recueillis par Mohamed BENABID

De Boujaâd à la Knesset

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(Ph. AFP)

Né au Maroc dans la ville de Boujaâd en 1952 et immigré en Israël alors qu'il n'avait que 4 ans, Amir Peretz est ministre de l'Économie et de l'Industrie de l'État d'Israël depuis mai 2020, et membre de la vingt et unième Knesset (Parlement israélien) à la tête du parti travailliste. Elu à la Knesset pour la première fois en 1988, Peretz a été chef de l'opposition (2005-2006) et a dirigé le parti travailliste à deux reprises (2005-2006 et depuis 2019). Au fil des ans, il a été vice-premier ministre et ministre de la Défense (2006-2007) et ministre de la Protection de l'environnement (2013-2014). De 1995 à 2005, il a été président de la Histadrut, le Syndicat général des travailleurs, mandat qui lui a permis d'être actif sur les questions sociales, d'emploi ou de protection des populations défavorisées et les travailleurs non protégés, y compris les handicapés et les sourds.  En tant que ministre de la Protection de l'environnement, Peretz a promu, entre autres, la «loi sur les sacs en plastique», qui a réduit de 80% la pollution plastique en Israël.

                                                                              

Mon émotion, ma fierté

Peretz est catégorique sur les gains escomptés à l'issue de l'accord de normalisation entre les deux pays. Dans son argumentaire, le ministre  tient non sans émotion à réitérer sa marocanité. «C’est en ma qualité de Marocain de naissance et actuellement de ministre  membre du gouvernement israélien, que je souhaiterais exprimer mon émotion et ma fierté au sujet de l'accord de normalisation entre Israël et le Maroc». Un grand regret pour lui, le fait que ses parents, qui pendant des années lui ont raconté les bonnes relations entre les religions au Maroc n'aient pas pu assister à ce moment. Peretz reconnaît s'être rendu en visite, avec les membres de sa famille, de nombreuses fois au Maroc et fortement consolidé leurs liens. «Il y a trois mois de cela, malheureusement, notre famille  de Casablanca fut victime d'une grande tragédie où trois de ses membres périrent des suites du covid-19. Il s'agit d'une famille bien connue au Maroc. Le père, Émile-Yamine, avait assuré la formation de générations entières à différents métiers  dans son école professionnelle, son épouse, Simone, compagne de toujours et mère de ses enfants, son fils Ari, homme d'affaires dont la réussite s'exerçait dans plusieurs domaines et principalement dans le domaine de l'eau, ont été emportés  l'un après l'autre par la pandémie».  Le ministre  saisit cette occasion pour remercier les médecins traitants marocains qui auront tout fait, en partenariat avec certains de leurs confrères israéliens, pour tenter de les sauver.

                                                                              

Le rôle de la communauté juive: Confessions

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(Ph. Bziouat)

Quand je suis revenu, en tant que ministre  au Maroc, mon souvenir le plus marquant  fut ma visite à la place Jamaâ El Fna à Marrakech. Les marchands de la place lançaient des bonbons sur moi et me lançaient «le voici, notre ministre». Cet accueil m'a ramené aux discussions avec mon père, que sa mémoire soit bénie, qui servit de président de la communauté juive de Boujaâd.

Il avait entretenu d’excellentes relations de voisinage à Boujaâd ainsi que la protection que nos voisins prodiguaient à nos familles contre toute incitation provenant d'éléments étrangers de passage dans la cité. Lors de mes visites au Maroc, cela s'entend, je me suis rendu au centre communautaire de Casablanca pour y rencontrer la communauté juive, apprécier son épanouissement culturel au sein de la société nationale marocaine, m'entretenir avec son leadership, notamment son Secrétaire général, Serge Berdugo, par ailleurs Ambassadeur itinérant de Sa Majesté le Roi Mohammed VI , ainsi qu'avec André Azoulay , Conseiller de Sa Majesté.

Ce fut l'occasion d'apprécier les liens privilégiés et forts avec la monarchie et la bienveillante attention du Monarque, désireux d'assurer la participation du judaïsme local dans les échelons importants du gouvernement marocain. Je souhaiterais, en cette occasion, remercier Sa Majesté pour la protection qu'il étend sur ses ressortissants juifs, les mettant sur le même pied d'égalité que ses ressortissants musulmans, et lui rendre grâce pour sa décision, d'une noblesse humanitaire exemplaire, de faire restaurer les nombreux cimetières juifs du Royaume.

C'est un acte, parmi de nombreux autres, visant la valorisation de lieux saints juifs, la restauration de synagogues et quartiers juifs, dont la puissante portée symbolique témoigne de la noblesse de la vision du souverain et de la diligence des départements gouvernementaux du Royaume.

Ainsi s'incarne dans la pratique quotidienne de l'Être collectif marocain, sur l'initiative inspirée par Sa Majesté, l'inscription dans la Constitution de la culture hébraïque comme affluent de l'identité nationale marocaine.

J'ai la certitude que ces relations qualitatives se sont imposées en force motrice dans la décision de juifs marocains d'Israël de se rendre au Maroc pour des périples de ressourcement et de mise en œuvre d'initiatives nombreuses de partenariats. Je souhaiterais également rendre hommage à SM Hassan II, que Dieu l'entoure de sa grâce et sa miséricorde divines en son vaste paradis, pour sa décision d'ouvrir des Bureaux de Liaison entre le Maroc et Israël juste après les accords d'Oslo.

Ces relations officielles furent suspendues à cause des aléas des négociations israélo- palestiniennes et j'espère que la reprise de la normalisation pourra contribuer à la reprise des négociations avec les Palestiniens. Par ailleurs, je n'ai nul doute que la communauté juive du Maroc sera un facteur significatif dans l'amplification du volume d'échanges économiques entre le Maroc et Israël.

 

 

 

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