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Culture

Chaïbia, l’artiste bénie des dieux

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5918 Le 04/01/2021 | Partager
Un hommage rendu à l’artiste par la Fondation CDG
Une artiste autodidacte, analphabète qui a marqué son époque
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Artiste charismatique et enjouée, Chaïbia ne se départira jamais de la spontanéité qui fera sa marque de fabrique (Ph. DR)

C’est un hommage plus que mérité, nécessaire, que rend la Fondation CDG à Chaïbia en proposant, jusqu’au 15 mars, une exposition «Chaïbia, la magicienne des arts» dans sa galerie Espace expression CDG, à Rabat. Une réparation, presque, rendue par le commissaire de l’exposition Hicham Daoudi, à celle qui aura bouleversé les codes artistiques de son époque. Celle  qui fascinera par son art les grands de ce monde.

En France, au Japon, aux États-Unis, en Angleterre, en Italie, dans les plus illustres musées du monde, avant d’être reconnue dans son propre pays, et de faire partie du patrimoine culturel marocain, comme le précise Abdeljalil Lahjomri, le secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc: «Il était une fois Chaïbia qui mit en échec les grands de la peinture marocaine, qui la qualifiaient “d’exotique”. Elle, qui disait qu’elle aurait pu (si ce n’est déjà fait) figurer dans un dictionnaire universel des arts entre Chagall et Dada.

Elle, qui a fait biffer du vocabulaire artistique le mot “naïf”, et déjouer, par la spontanéité créative de son cœur les canons des plus exigeants enseignements académiques». Magicienne, Chaïbia l’était certainement, elle dont le don quasi médiumnique (elle aurait entendu dans un rêve une voix lui ordonner de prendre les couleurs et de peindre) a transformé une vie à la destinée toute tracée en un destin fabuleux.

Née à Chtouka en 1929, mariée à l’âge de 13 ans à un sexagénaire, veuve à 15 ans, un an après la naissance de son fils en 1945, Chaïbia se retrouve seule à Casablanca, livrée à elle-même.  Elle travaille comme domestique la journée pour élever son fils Hossein Talal auquel elle se consacre entièrement. Ce dernier, après des études de ferronnerie, empruntera très jeune la voie artistique, en se consacrant au dessin et à la peinture. Chaïbia, pour sa part, n’aura pour loisir que de se réfugier dans son imaginaire habité par les plaines verdoyantes de son Doukkala natal.

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«Les tisseuses de Chtouka» une des œuvres majeures de Chaïbia, peinte en 1987 aura été adjugée à quelque 2,1 millions de DH, lors d’une vente de la CMOOA en juin dernier (Ph. DR)

Des rêves peuplés d’étendues verdoyantes, de la fraîcheur de la pluie, de l’odeur du foin mouillé, de la mer toute proche, des fleurs, surtout les coquelicots, qui attiseront, plus tard son amour des couleurs chatoyantes et son sens inné de leur complémentarité. C’est vers l’âge de 25 ans que, répondant à cette injonction de peindre, Chaïbia commencera à esquisser ses personnages intemporels. C’est lors d’une visite que les artistes Ahmed Cherkaoui et André Elbaz, accompagnés du conservateur et critique d’art Pierre Gaudibet, rendront à son fils déjà peintre reconnu, que Chaïbia osera montrer ses premiers dessins.

La sentence du célèbre critique d’art ne se fera pas attendre, il s’adressera à Hossein Talal: «Ta mère est arrivée à réaliser spontanément cet art brut que Bissière a mis tant d’années à atteindre. Mais attention: il ne s’agit peut-être que d’un hasard, un heureux accident. Laisse-la continuer à peindre selon son humeur. Mais je t’interdis de la guider ou d’essayer de l’influencer. Si dans trois mois, elle produit toujours, avec la même spontanéité, elle sera un très grand peintre». Ainsi fut-il, nous raconte le critique d’art Jamal Boushaba dans le beau livre, accompagnant l’exposition.

Nul n’est prophète en son pays

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Chaïbia en compagnie de son fils l’artiste peintre Hossein Talal. Ce dernier n’hésitera pas à mettre en berne sa propre carrière pour assurer la promotion de l’œuvre de sa mère  (Ph. Archives galerie Alif Ba)

Pierre Gaudibert, convaincu par sa détermination et son talent, séduit par la spontanéité de son geste, l’invite à participer en 1966 au Salon des Surindépendants au musée d’art moderne de la ville de Paris. Dès lors, Chaïbia prend son travail très au sérieux et s’y consacre entièrement. «Elle s’est aperçue que peindre était une ascèse et qu’il fallait beaucoup travailler, et elle s’y est mise sans rechigner comme une courageuse femme qu’elle est», témoigne Zakya Daoud qui l’a connue dès ses débuts.

Mais nul n’est prophète en son pays! Pendant que le monde s’extasie devant le talent de Chaïbia Talal, certains artistes marocains la tiennent à l’écart considérant sa production comme relevant d’un «art naïf», abhorré par l’élite marocaine de l’époque car n’étant que relent d’une vision encouragée par le colonialisme au détriment d’un art réfléchi. Ailleurs les critiques sont unanimes. Il ne s’agit point d’art naïf, et s’il fallait absolument le cataloguer ce serait plutôt du côté de l’«art brut» qu’il fallait ranger son expression artistique.

C’est-à-dire un idéal plastique tel que préconisé par le mouvement européen Cobra en 1945, à savoir un art dégagé de toute influence savante, culturelle et historique. D’ailleurs Chaïbia ne tardera pas à rejoindre les ténors du groupe.  C’est lors d’une exposition consacrée à l’artiste à la galerie parisienne L’Œil de Bœuf, en 1972, qu’elle rencontre Chaï Alechinsky et se lie d’amitié avec Corneille, l’artiste néerlandais, cofondateur du groupe Cobra avec qui elle expose.

Elle participe également à la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) dès 1981 et est invitée à exposer en Europe, en Amérique du Nord et dans le monde arabe, pour se voir enfin reconnue chez elle, appréciée de tous et admirée par des intellectuels d’envergure tels qu’Abdelkebir Khatibi, Fatema Mernissi ou encore Zakya Daoud.

A.Bo

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