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La monnaie est magique: Les crédits font les dépôts

Par Abdellah BELMADANI | Edition N°:5908 Le 18/12/2020 | Partager

Abdellah Belmadani est docteur en Monnaie-Finance et ancien directeur à la Banque centrale (BAM). Il a également occupé les fonctions de directeur général du Système interbancaire marocain de télécompensation (SIMT) et enseigne dans le supérieur. Il est l’auteur de «Monnaie et systèmes de paiement. Mutations, enjeux et risques» paru chez L’Harmattan 2019

Depuis toujours la monnaie n’a cessé de susciter des controverses sur sa nature, des inquiétudes sur l’évolution de ses formes, des questionnements sur la pertinence de la politique monétaire face aux crises. Quoi qu’il en soit, elle demeure une unité de compte et un moyen de paiement fluidifiant les échanges de biens et de services et un instrument de financement de la croissance. Mais de quoi est composée la masse monétaire et comment expliquer son évolution?

Pour appréhender le stock de monnaie en circulation on se réfère aux agrégats monétaires constitués de M1 composé des billets et pièces + les dépôts à vue non rémunérés, de M2 correspondant à M1 + les comptes sur carnets, et de M3 regroupant M2 + les dépôts à terme + les actifs financiers.

Au Maroc, la masse monétaire M3 s’établit à 1.445 milliards de dirhams à fin septembre 2020. La part des billets et pièces (monnaie fiduciaire) représente 21%. Le reste, soit 79%, est constitué majoritairement de dépôts bancaires, c’est-à-dire la monnaie inscrite en compte et qui s’échange entre les agents économiques à travers divers moyens de paiement: chèques, lettres de change, virements, prélèvements, cartes bancaires... Alors, peut-on affirmer que les dépôts représentent l’épargne collectée par les banques et à partir desquels les crédits sont distribués?

Qui crée la monnaie et comment?

Bank Al-Maghrib (BAM), comme toute banque centrale, a le monopole d’émission de la monnaie fiduciaire, laquelle est créée lorsque BAM émet de nouveaux billets additionnels par rapport au stock existant. Quand il y a renouvellement des billets non valides, il n’y a pas de création.

Par ailleurs, si BAM souscrit à des titres publics elle injecte de la monnaie, en créditant le compte du Trésor, lequel procède à des règlements dans l’économie, ce qui se traduit par une hausse des dépôts à vue ou des billets en circulation. Cependant, les statuts de BAM n’autorisent pas l’achat direct des bons du trésor. De même, quand elle achète des devises aux banques et aux particuliers, elle les convertit en monnaie nationale, affectant la hausse du volume en circulation.

Mais, force est de constater que la masse monétaire ne s’explique pas par la valeur des billets émis, dont la part demeure relativement faible (20,5%), mais principalement par la monnaie scripturale (80%) représentée des dépôts gérés par le système bancaire.

Les manuels d’économie nous enseignaient que la banque privée est un intermédiaire financier qui s’interpose entre des agents ayant un excédent de liquidités (l’épargne) et des agents manifestant un besoin de ressources. Sa fonction consiste à collecter les dépôts au préalable et à accorder des crédits moyennant une marge d’intermédiation.

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Bank Al-Maghrib (BAM), comme toute banque centrale, a le monopole d’émission de la monnaie fiduciaire, laquelle est créée lorsque BAM émet de nouveaux billets additionnels par rapport au stock existant (Ph. Bziouat)

Autrement dit, les prêts seraient conditionnés par l’existence d’une épargne préétablie. Or, la réalité se présente autrement; la banque a la capacité de créer de la monnaie lors de l’octroi d’un crédit à un agent économique sans disposer nécessairement de ressources préexistantes. Elle impute ainsi le prêt par une simple écriture comptable dans le compte du client, en échange d’une reconnaissance de dette. On dit alors que la monnaie est créée ex nihilo (de rien), juste «à la pointe des stylos des banquiers» lorsqu’ils approuvent les prêts.

D’autre part, la création de monnaie s’effectue quand la banque achète un titre financier émis par une entreprise ou l’Etat, ou acquiert un immeuble et qu’elle crédite le compte du cédant sans disposer des ressources préalables.

Ce processus est sans doute le tour de passe-passe le plus étonnant jamais inventé. Il en découle que ce sont les crédits accordés  par les banques qui créent majoritairement les dépôts et affectent le volume de la masse monétaire.

Certains réfutent cette assertion, défendant la thèse que les dépôts sont à l’origine des prêts. Or, la masse monétaire croît beaucoup plus vite que le PIB qui devrait générer l’épargne. La croissance de l’agrégat M3 s’est accélérée de 7,6% en glissement annuel, alors que les comptes à terme qui représentent réellement l’épargne se sont repliés de 11,4%. Cette hausse de M3 est surtout attribuée à l’accroissement des créances sur l’Administration Centrale de 23,7%, et à la progression des crédits bancaires aux entreprises de 7,6% et aux ménages de 2,5%, ce qui constitue une forme de création monétaire. Ces statistiques confirment que les crédits bancaires sont à l’origine du volume du stock de monnaie, même dans le cas d’une baisse de l’épargne.

Toutefois, cette faculté extraordinaire de création monétaire par les banques ne peut se faire indéfiniment, elle subit des limites qui atténuent l’évolution du stock de monnaie.

                                                                             

Un pouvoir de création limité

LA quantité de monnaie que les banques peuvent créer est affectée par une série de facteurs restrictifs qui réduisent leur liquidité dans leur compte tenu à la banque centrale.

En effet, en accordant des crédits qui se traduisent par des dépôts inscrits sur les comptes des clients, des fuites se produisent, en ce sens que les fonds prêtés peuvent être pour partie:

- transformés en billets lors des retraits par les clients; or les banques ne peuvent pas émettre de billets, elles doivent s’en procurer auprès de la banque centrale;
- convertis en devises demandées par les clients que les banques ne peuvent pas émettre; elles doivent les acheter de la banque centrale;
- versés au Trésor public lors du paiement d’impôts par les clients par le débit des comptes bancaires à la banque centrale;
- transférés à d’autres banques lors des règlements de moyens de paiement interbancaires.

De surcroît, leur pouvoir de création monétaire est réduit par des règles de politique monétaire lorsque la banque centrale fixe un ratio de réserves bancaires bloquées auprès d’elle. Au Maroc, le taux de la réserve était de 2% avant d’être totalement supprimé en juin 2020 pour accroître les capacités de financement bancaire avec la crise sanitaire.

Par ailleurs, cette faculté est limitée par l’institution de règles prudentielles par la banque centrale pour atténuer l’exposition des banques aux risques, en fixant un ratio de fonds propres proportionnel aux crédits accordés. En vue d’élargir la capacité de financement des banques, BAM a assoupli en mars les exigences règlementaires. Dans tous ces cas de figure, les banques doivent constamment détenir de la liquidité dans leur compte à la banque centrale pour faire face aux fuites précitées.

Enfin, il y a lieu de relever que la marge d’intérêt dégagée de la création monétaire couvre substantiellement la rémunération des comptes d’épargne. A titre d’illustration, les dépôts à terme et les comptes d’épargne rémunérés représentent 33,7% du total des dépôts en septembre, alors que les crédits par décaissement (CT, MT, LT) assortis de taux d’intérêt débiteurs s’établissent à 92%, ce qui explique la hausse soutenue du produit net bancaire (PNB).

 

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