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Le Cercle des Experts

L’avenir du Maghreb dans une mondialisation régionalisée(1) (Troisième Partie)

Par Pr. Driss GUERRAOUI | Edition N°:5905 Le 15/12/2020 | Partager

Ici en conférence pour les étudiants de l’Ecole supérieure de journalisme et de communication (appartenant à L’Economiste). Driss Guerraoui est professeur à l’Université Mohammed V-Agdal de Rabat. Il a été conseiller auprès de trois Premiers ministres, El Youssoufi, Jettou et El Fassi, avant d’être nommé Secrétaire général du CESE,  puis président du Conseil de la concurrence. Le Pr. Guerraoui a publié une dizaine de livres liés à ses recherches universitaires.  Il a constitué à travers l’Université Ouverte de Dakhla, dont il est fondateur et président, un réseau africain et international de chercheurs et d’experts de haut plan sur les questions d’intelligence territoriale et économique (Ph. Fadwa Alnasser)

Au regard, de toutes ces réalités paradoxales, le coût du non-Maghreb dans la mondialisation régionalisée actuelle est exorbitant. Il dépasserait de loin les 3% du PIB des cinq pays de la région réunie, comme semble l’évaluer les experts. Le décalage entre les réalités et les ambitions de l’intégration.

Ce décalage s’explique par le fait que les acteurs clés de la région, c’est-à-dire ceux qui font et défont les décisions majeures dans la région, et hormis quelques exceptions de pays et d’acteurs, n’ont pas confiance en la construction maghrébine, n’ont pas de visibilité au regard de cette construction, ne fondent aucun espoir sur ce projet, et n’entreprennent pas d’actions de mobilisation des forces vives de la région autour de l’idéal maghrébin, le tout dans un contexte de désengagement des partis politiques, des centrales syndicales, des intellectuels et des organisations non gouvernementales issues des sociétés civiles vis-à-vis de l’intégration maghrébine.

Cet état de fait s’opère alors que nous assistons à un déficit de connaissance des nouvelles réalités de la région et des transformations qui marque les économies et les sociétés maghrébines, un intérêt discontinue des universitaires et chercheurs pour le Maghreb et une certaine indigence des centres de recherches maghrébins dédiés à la problématique de l’intégration maghrébine.

A tout cela s’ajoutent deux faits importants:

- Des Etats et des sociétés maghrébines qui ne réunissent pas les conditions objectives de l’intégration, notamment l’absence d’une volonté politique commune, d’une vision partagée de l’intégration, d’une génération d’élites visionnaires, des genres de développement non homogènes, d’un choc fondateur axé sur la concorde et la paix régionales et d’un noyau dur pouvant servir de locomotive et de ciment de l’entente à l’image du couple franco-allemand pour l’Union européenne, et qui aurait et devrait être le couple maroco-algérien.

- Le deuxième fait réside dans la prédominance chez certains dirigeants de la région d’une conception des rapports entre les Etats aux antipodes d’une ambition commune d’unité et d’une volonté partagée d’une construction d’un Maghreb solidaire. Ces rapports sont bâtis soit sur la peur du voisin, soit sur les intérêts immédiats, soit sur le réalisme politique et le pragmatisme dicté par la proximité géographique, soit sur l’ingérence ouverte ou dissimulée dans les affaires intérieures des pays voisins portée par la permanence de velléité d’hégémonie hérité d’une période, et qui devrait être révolue au vu des enjeux et des défis régionaux colossaux qui guettent le Maghreb en termes de développement et de sécurité sur un fond de fragilités et des vulnérabilités communes.

Par ailleurs, l’ensemble des pays du Maghreb fait face à de nombreuses fragilités et de vulnérabilités qui portent en elles de réelles conditions de déstabilisation de toute la région. Il s’agit des menaces terroristes, de la montée de la radicalisation religieuse, des tentations régionalistes, de la croissance des inégalités sociales, territoriales et de genre, de l’instabilité de la sécurité régionale, de la résurgence des conflits ethniques, des tensions liées à la création artificielle de situations de guerres, de la dégradation des écosystèmes naturels du fait de la dilapidation du patrimoine génétique végétale et animale, de la perte de la biodiversité, et de la surexploitation des ressources hydriques, agricoles, halieutiques, forestières, minières et énergétiques, de la fracture numérique, de l’apparition de formes atypiques de migrations forcées, de l’accroissement de l’économie du crime et de la dépendance alimentaire.

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«Hormis le cas du Maroc, qui jouit d’une stabilité politique réelle,  ces fragilités et ces vulnérabilités sont aggravées dans les autres pays du Maghreb par des situations institutionnelles différenciées. Le développement institutionnel dans les 5 pays du Maghreb dénote, en effet, de dynamiques politiques très contrastées. Il y a une Algérie en situation d’incertitudes institutionnelles sur un fond de crise économique profonde, d’aggravation du malaise social impulsant un état permanent de pré-explosion et une évolution difficile, et de plus en plus contestée en matière de respect des droits de l’Homme et des libertés individuelles et collectives»

                                                                                    

Des situations institutionnelles différenciées

Hormis le cas du Maroc, qui jouit d’une stabilité politique réelle,  ces fragilités et ces vulnérabilités sont aggravées dans les autres pays du Maghreb par des situations institutionnelles différenciées.

Le développement institutionnel dans les 5 pays du Maghreb dénote, en effet, de dynamiques politiques très contrastées. Il y a une Algérie en situation d’incertitudes institutionnelles sur un fond de crise économique profonde, d’aggravation du malaise social impulsant un état permanent de pré-explosion et une évolution difficile, et de plus en plus contestée en matière de respect des droits de l’Homme et des libertés individuelles et collectives. Une Tunisie qui peine à réussir sa transition institutionnelle dans un contexte de difficultés économiques et financières aiguës, de défis sociaux cruciaux et de désespoir en l’avenir par une frange importante de la société. Une Mauritanie à la recherche d’une normalité institutionnelle, mais en proie avec des menaces de toute nature.

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La Libye sans Etat, à la recherche de perspectives institutionnelles, reste otage de convoitises de diverses origines et où prolifèrent des trafics de tout genre (Ph. AFP)

Une Libye sans Etat, à la recherche de perspectives institutionnelles, mais qui reste otage de convoitises de diverses origines et où prolifèrent des trafics de tout genre.
Enfin, le Maroc, dont le trait le plus marquant réside dans la légitimité politique d’une monarchie populaire, et dans la centralité de l’institution du Roi au sein d’un système social national lui conférant un pouvoir à la fois temporel et spirituel, porté par un Etat multiséculaire enraciné dans l’histoire d’une Nation unie. C’est cette donne institutionnelle fondamentale qui a permis au Maroc de réussir une synthèse maîtrisée et un équilibre intelligent entre démocratie, modernité et religion. Face à ces réalités paradoxales et à ces défis complexes, quelles perspectives s’offrent au Maghreb actuel en vue de gagner la bataille de la construction d’une intégration régionale future en phase avec les impératifs d’une mondialisation de plus en plus régionalisée? A cet égard, tout porte à croire que la clé de ces perspectives réside dans l’émergence au sein de la région d’une nouvelle culture politique.

Cette nouvelle culture politique, cependant, doit partir du postulat selon lequel, dans le contexte de la géo-économie et de la géopolitique mondiale actuelle, aucun pays du Maghreb ne pourra s’en sortir seul. Elle doit, également, être portée par une conviction généralisée des classes dirigeantes et des élites que seuls unis dans une grande zone Afrique-Europe-Monde Arabe à bâtir que les 5 pays du Maghreb pourront accroître leur pouvoir de négociation sur la scène internationale, mieux défendre leurs intérêts stratégiques, assurer une défense et une sécurité communes, mutualiser leurs avantages comparatifs sur le plan économique, lutter collectivement contre les nouvelles menaces qui guettent la région entière en matière de radicalisme, de terrorisme, de migrations sauvages et de crime organisé, et relever ensemble les défis de la transition climatique, énergétique et numérique.

Mais pour réaliser ces objectifs stratégiques, le Maghreb a besoin d’une nouvelle génération d’élites politiques plus visionnaires et plus soucieuses des intérêts de leurs peuples, capables de faire des différents et des conflits actuels des  facteurs d’union et de solidarité, et transformer les inégalités d’aujourd’hui en matière de développement en inégalités productives et les défis du présent en opportunités pour l’avenir. Ce sont ces conditions qui redonneront de l’espoir aux populations du Maghreb, qui créeront un contexte régional de confiance favorable à la mobilisation générale des acteurs et forces vives de la région autour de l’idéal maghrébin. Elles pourraient permettre, aussi, de servir de leviers politiques et culturels pour réaliser des raccourcis indispensables pour rattraper le temps perdu en matière d’intégration régionale.

Ce sont ces conditions qui sauront, enfin, enraciner dans les sociétés maghrébines la culture de la concorde, du bon voisinage, du codéveloppement, et de la solidarité, valeurs indispensables pour construire un nouveau Maghreb unie et fort où règnent la paix, la sécurité et la prospérité partagée. Aussi, pour toutes ces raisons réunies,  et au regard de tout ce qui précède, il devient de la plus grande importance de revisiter l’accord initial instituant l’Union du Maghreb Arabe.

Une telle démarche  devrait  tracer pour la région une nouvelle ambition  en matière d’intégration,  en phase avec les impératifs et les défis du monde du XXIe siècle. Il ne s’agit plus d’un choix,  mais d’une nécessité impérieuse,  si le Maghreb, en tant qu’ensemble régional,  ne veut pas rester en dehors de l’Histoire. Dans cette perspective, et pour paraphraser l’éminent penseur tunisien Hicham Djait, si le retour au Maghreb du passé est impossible, les futurs de la région sont multiples.

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(1) Le présent texte est un extrait de la  Conférence annuelle prononcée par l’auteur à l’Académie des Sciences du Portugal le jeudi 26 novembre 2020.

 

 

 

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