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Culture

Dans un atelier d’artiste: Sanae Arraqas, un regard de l’intérieur

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5900 Le 08/12/2020 | Partager
Première d’une série de visites d’ateliers
Un espace réduit pour contempler le monde
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L’artiste passe allégrement de la peinture à l’installation, à la sculpture… En témoignent ses travaux récents, sur les compilations de tables d’écoliers qui évoquent son univers d’enseignante (Ph. DR)

Dans cette série d’articles nous vous proposons de faire une immersion dans des univers d’artistes. Peintres sculpteurs, musiciens, comédiens de théâtre… nous irons dans ces ateliers qui s’imprègnent de leur présence jusqu’à en devenir le reflet. Là où se développe le processus de création qui nous révèle une part de l’intimité du créateur.

Entre confinement, restriction, couvre-feu… la crise actuelle a instauré de nouvelles règles bouleversant nos modes de vie. Une situation qui a interpellé beaucoup d’artistes les poussant à se réinventer entre cette obligation de repli sur soi et l’ouverture sur un ailleurs imaginé.

L’artiste Sanae Arraqas n’échappe pas à la règle. Sa série «carnet d’un confiné», dont une partie est exposée à la galerie Abla Ababou à Rabat, dans le cadre de l’exposition Carte blanche à Fouad Bellamine, explore des intérieurs de vie ordinaires (salon, cuisine, coin de chambre…), devenue, à l’image d’une prison, symbole des restrictions de nos libertés.

Cependant, si l’idée est nouvelle pour nombre d’artistes, elle paraît presque naturelle chez Sanae Arraqas, tant son travail a toujours eu pour cadre des espaces bien définis. De son séjour parisien à sa résidence d’artiste à Tokyo en passant par ses escapades à Abidjan ou à Johannesburg, l’artiste porte toujours son regard sur des lieux clos. Dans «The yellow line», l’artiste nous restitue son expérience passée dans les aéroports.

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«07h02», 2020, huile sur toile, 160/200cm
L’artiste fait partie de cette nouvelle génération qui affiche sans complexe son intérêt pour la nouvelle figuration (Ph. DR)

De Bangkok à Casablanca, Arraqas s’intéresse particulièrement à cette injonction qui nous est faite de suivre les lignes et panneaux dessinés pour guider, mais aussi pour diriger ou arrêter. Un travail sur la mobilité, mais qui évoque toujours ce processus continu de délimitation, qu’on retrouve également dans son travail autour du métro parisien ou encore dans celui autour des frontières, «Lhodoud», comme autant de nouvelles formes d’aliénation dans l’espace public.

C’est dans son atelier que l’artiste nous accueille à Casablanca, un espace réduit, ouvert sur le monde à l’image de son travail. «Cet espace, aussi petit soit-il, je l’appelle l’Atelier Caracas parce qu’il représente pour moi une fenêtre sur le monde tout en constituant une bulle créative qui me permet de me concentrer, de faire des recherches…», nous explique-t-elle.

Un atelier à partir duquel l’artiste interroge le monde et son rapport à l’espace sous le prisme de l’aliénation sociale autour de phénomènes tels que le travail, l'école, l'argent, la consommation ou même une architecture que le monde moderne nous impose… Comme autant de contraintes empêchant le déploiement de notre potentiel.

Petit mais cosy et convivial, Arraqas n’hésite pas à faire de son atelier un espace ouvert, de partage, de rencontres et même d’exposition. Aurait-elle pu envisager une carrière artistique sans son atelier? «Pendant longtemps, j’ai pensé que non. Au début ,je n’avais pas les moyens d’avoir un atelier et je me disais qu’il était impossible pour moi de créer sans un espace dédié.

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Comme beaucoup d’artistes, Sanae Arraqas a travaillé sur le confinement en explorant des intérieurs de vie ordinaires devenu, à l’image d’une prison, symbole des restrictions de nos libertés (Ph. DR)

Ce n’est que quelques mois avant cette acquisition, que je me suis forcée à le faire et j’ai travaillé à partir de ma chambre sur des petits formats de 20x20. Donc oui, c’est possible, mais l’avantage de l’atelier c’est qu’il m’a permis de travailler sur différentes formes, d’expérimenter les grands formats (200x160), différents médiums et différents matériaux. C’est le cas de la peinture à l’huile qui est une de mes techniques préférées, mais que je ne peux pas travailler chez moi à cause des odeurs et du temps de séchage».

Lauréate en 2013 de l’Institut national des beaux-arts de Tétouan, Sanae Arraqas fait partie de cette génération d’artistes qui affichent sans complexe leur intérêt pour la nouvelle figuration. Faisant fi d’une certaine abstraction hégémonique depuis les années 60, ces jeunes artistes, à l’instar de Sanae Arraqas, Mariam Abouzid Souali, Yassine Balbzioui, Anuar Khalifi et bien d’autres, n’hésitent pas à dépasser la simple représentation en bousculant le rapport à l’ordinaire.

Volontiers subversifs, parfois taquins, souvent faussement candides, ses artistes échappent à toute catégorisation et se jouent également des médiums passant allégrement de la peinture à la performance, à l’installation sonore ou visuelle à la sculpture… En témoignent les travaux récents de Sanae, sur les compilations de tables d’écoliers qui évoquent son univers d’enseignante.

                                                                                

Artiste multidisciplinaire et voyageuse

Née à Rabat en 1989, Sanae Arraqas vit et travaille à Casablanca. Lauréate en 2013 de l’Institut national des beaux-arts de Tétouan, elle est aujourd’hui enseignante au lycée technique de Casablanca. Une fois diplômée et enrichie par l’influence des peintres du Nord et de la maîtrise de plusieurs techniques et médias (peinture, photographie, gravure et sculpture), Sanae Arraqas cherche d’abord à prendre position, avec sa sensibilité et ses outils, sur les problématiques sociales la touchant au quotidien. Artiste multidisciplinaire, elle a enrichi, au cours de ses voyages, son approche d’une dimension multiculturelle et multidisciplinaire de manière personnelle pour aller vers une expression universelle propre à toute démarche artistique.
Son intérêt pour la complexité des rapports humains se décline à travers ses travaux dans des séries comme celle de son rapport à l’espace à travers l’expérience du métro parisien, qui évoluent et se renforcent au fil du temps. Durant ses deux années d’enseignement, le sujet même de l’apprentissage et du rapport à l’école s’est frayé une voie dans sa réflexion. Ce thème s’intègre dans sa recherche et sa production artistique.

Amine BOUSHABA

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