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Reclassification internationale du cannabis: Quelles implications pour le Maroc

Par Khalid TINASTI | Edition N°:5898 Le 04/12/2020 | Partager

Secrétaire général de la Global Commission on Drug Policy et chercheur invité au Global Studies Institute, Université de Genève (Ph.KT)

Mercredi 2 décembre, cinquante-trois pays – membres de la Commission des stupéfiants des Nations unies – voteront pour re-classifier (et non déclassifier) le cannabis dans les tableaux de contrôle internationaux. Le Maroc est l'un de ceux qui votent, même si sa position officielle n’est pas connue. Il s’agit de voter, sur la base de recommandations scientifiques, pour une meilleure utilisation de la plante dans les préparations médicales et de ces ingrédients non psychoactifs dans des filières industrielles (chanvre, cannabidiols).  Ce système ultra-technique de mise en place de tableaux selon la dangerosité des substances – et dont il a déjà été question dans ces colonnes –, définie les ripostes légales à ces drogues: ce sont les tableaux qui déterminent les processus d’import, d’export et de production pour le système médical; l’attitude des forces de l’ordre et de la justice vis-à-vis d’une substance; ainsi que celle des législateurs nationaux qui durcissent ou allègent les contrôles. Ce système peut être vulgarisé ainsi: une substance comme la morphine, classée dans le tableau I, doit faire l’objet d’une demande d’import motivée de la part de notre pays, qui quantifie nos besoins selon la démographie, les besoins hospitaliers et l’âge de notre population. Cette demande doit être approuvée par l’Organe international de contrôle des stupéfiants basé à Vienne, avant que notre pays puisse en commander à un pays producteur.

Lourdeur administrative

Vu la lourdeur administrative et son impact direct sur le manque d’antidouleurs légitimes dans le système sanitaire du pays, la question qui se pose toutefois est non celle de savoir si ce système de classification protège du détournement de ces substances vers le marché illégal, mais si sa base de classification idéologique et non scientifique est ce qui le rend inefficace. Et c’est là que le cannabis joue un rôle disruptif.
Le cannabis est une substance qui a été classée avec la coca et l’opium, dès 1935, dans le tableau I, celui des substances les plus dangereuses. En 1961, il a été ajouté au tableau IV, celui qui ne reconnaît aucune valeur thérapeutique aux substances. En 2020, des pays dans chaque continent (Australie, Thaïlande, Allemagne, Afrique du Sud et Brésil, pour ne citer que ceux-ci) ont déployé des programmes légaux de cannabis médical, en contradiction avec la loi internationale. Ceux-ci vont du traitement de l’épilepsie à la sclérose, avec la substance en huile, en galénique ou en plante, et avec divers taux d’ingrédients actifs.  C’est pour mettre fin à cette incohérence dans le champ médical uniquement, qui concerne la substance illégale la plus consommée dans le monde et dont le statut national change dans de plus en plus de juridictions, passant de l’illégalité à la légalité, que ce vote à l’ONU a lieu. Il s’agit ici, et c’est important de le répéter, de revoir le statut du cannabis, dans une discussion technique, afin d’harmoniser et faciliter les programmes médicaux. Les pays et les groupes de pression opposés à toute réforme ont réussi à faire croire au public et à la population générale que ce vote serait celui de la libéralisation récréative du cannabis. Selon eux, ce serait la fin de la prohibition mondiale du cannabis. En réalité, il s’agit de changements mineurs qui n’affectent en aucun cas la souveraineté des états à les outrepasser, et qui concernent des cadres nationaux stricts donc sans impacts sur les pays voisins. Ces changements concernent principalement, pour les changements toujours en course pour le vote et non rejetés par les gouvernements attachés à la prohibition: i) la sortie du cannabis du tableau IV afin de développer la recherche sur les usages médicaux, et ii) sortir le CBD (chanvre avec 0.2% de THC) du champ de contrôle des conventions sur les drogues, afin de développer une industrie légale avec les produits cannabiques non stupéfiants.

                                                                                 

Filières médicales et industrielles

Pour le Maroc, ce vote et son résultat ont deux interprétations possibles. Sur le fond de la question de la classification du cannabis, ces changements, qu’ils soient acceptés ou repoussés à plus tard, ne changent absolument rien. Le Maroc peut avancer comme beaucoup d’autres pays (de la France au Ghana ou au Liban) dans le développement des filières médicales et industrielles. Sur la forme, toutefois, le vote du Maroc serait porteur de beaucoup de messages. Il y a peu de doutes que le Maroc votera comme l’UE, la Suisse et l’Afrique du Sud, laissant derrière son camp «naturel» des anti-cannabis primaires (Russie, Pakistan, Algérie et Iran). Il saura montrer qu’il est du camp du pragmatisme et de l’avenir, et qu’il a le désir de dépasser l’idéologie afin d’aborder ses problématiques internes sérieusement. Une position réaliste et pragmatique du Maroc au niveau multilatéral – qui plus est sur le cannabis, sujet d’attaque favori des adversaires géopolitiques du pays – serait une mauvaise nouvelle pour beaucoup de monde: les groupes criminels de tous bords et ceux qui bénéficient légalement et illégalement de leurs activités. Il serait une excellente nouvelle pour tout autant de monde: les cultivateurs du nord, les patients potentiels et les malades en attente de thérapies efficaces, la filière pharmaceutique nationale, les institutions légales du pays, la police, les services pénitentiaires et la justice, ainsi que plusieurs industries fortes dans le pays, et qui y trouveront de nouveaux débouchés commerciaux (textile, construction, bien-être et cosmétiques).

 

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