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Les carburants au Maroc: Chronique d’un système dénoncé

Par Omar ELFETOUAKI | Edition N°:5892 Le 26/11/2020 | Partager

Lauréat de l’ISCAE, Omar Elfetouaki est un ancien responsable au sein du ministère de l’Energie et des Mines. Il est actuellement consultant dans le domaine de l’énergie

Depuis que le secteur pétrolier existe, les marges d'exploitation des sociétés de distribution et les prix de vente au public avaient été l’apanage de l’Etat; et la quasi-totalité des besoins du marché national en carburant étaient assurés par le raffinage national.
Durant de longues années passées sous la tutelle de l'Etat, les distributeurs rêvaient de pouvoir un jour établir eux-mêmes leurs structures de prix, définir librement leurs marges d’exploitation et être soulagés définitivement du fardeau financier de la Caisse de Compensation. Ils rêvaient également d’être libérés du «dictat» des raffineries, espérant un jour pouvoir importer directement leur besoin à partir du marché pétrolier international.
Ce rêve devenait progressivement réalité: les secteurs de la distribution et du raffinage, ayant subi le tropisme de la mondialisation, furent privatisés respectivement en 1993 et en 1997. En août 2015, la Samir suspendit ses livraisons et au 1er décembre de la même année la libéralisation des prix de vente au public fut décrétée.
L'Etat croyait naïvement avoir réglé définitivement le problème des prix de vente au public, laissant les deux  acteurs antagonistes face-à-face: le distributeur et le consommateur.
Forts de cette décision, les distributeurs importent et élaborent leurs structures de prix.
Ici il y a lieu de rappeler que depuis l’arrêt de la Samir, les prix de vente des carburants avait cessé d’être indexés sur les cours du baril de pétrole pour être indexés sur les cotations du platt’s  des produits pétroliers raffinés, sur le marché pétrolier international de Rotterdam.
Il faut reconnaître à ce niveau que la dérégulation des prix de vente au public des carburants a été décidée au moment où le prix du baril de pétrole était au niveau le plus bas soit moins de 50 dollars le baril. Ce prix n'entame sa tendance évolutive qu’au début de l'année 2018, pour passer de 30 dollars au début de l’année 2017, à 80 dollars au mois de mai 2018. Le transport maritime peinait aussi à devenir rentable. La répercussion de l’augmentation du prix du brut sur les cotations internationales des produits pétroliers raffinés oblige les distributeurs eux aussi à procéder à des augmentations importantes des prix de vente au public dont la part de la marge d'exploitation a été probablement largement revalorisée.    
Suite à ces augmentations, la nouvelle structure des prix de vente au public des produits pétroliers fut contestée par les consommateurs.  
Ces derniers avaient observé contre les stations Afriquia, le leader du marché des hydrocarbures au Maroc, un boycott qui avait fait sérieusement frémir toute la profession et mis à nu la fragilité de notre système de fixation des prix.
Il s’ensuit, qu'à travers la presse et les réseaux  sociaux, le secteur des produits pétroliers n’a jamais été aussi médiatisé ni fait l’objet d’un vrai débat national sans précédent. Dans la foulée, le parlement décida de mener une enquête auprès des distributeurs. Le rapport parlementaire, dont les résultats étaient mitigés, avait créé une très vive polémique sur les bénéfices indûment réalisés par les sociétés de distribution durant les deux années de la libéralisation des prix. L'enquête n'avait abouti ni à arrêter le boycott ni à réviser les prix contestés.

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Depuis l’arrêt de la Samir, les prix de vente des carburants avaient cessé d’être indexés sur les cours du baril de pétrole pour être indexés sur les cotations du platt’s  des produits pétroliers raffinés, sur le marché pétrolier international de Rotterdam (Ph. L’Economiste)

Conscient de l’ampleur du problème, le gouvernement décida enfin d’intervenir et entama de vaines négociations avec les distributeurs pour essayer d’élaborer une nouvelle structure de prix.
Ce dernier visait un plafonnement des marges des distributeurs. Dans la foulée, le Conseil de la Concurrence désavoua clairement la proposition du gouvernement.  
Aux yeux du consommateur, les responsables semblent démissionner de leur rôle de contrôleur et le pouvoir du marché surclasse celui de la tutelle.
A travers les réseaux sociaux, les consommateurs commencent alors à soupçonner l’existence d’une probable complicité entre les distributeurs pour l’établissement de leurs structures de prix.
Adam Smith avait raison d'écrire dans son ouvrage «la richesse des nations»: «Il est rare que  des gens du même métier se trouvent réunis; fût-ce pour quelque partie de plaisir ou pour se distraire, sans que la conversation finisse  par quelque conspiration contre le public ou pour faire hausser les prix».

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Encourager la création de sociétés de stockage indépendantes pourrait permettre aux petits distributeurs de pouvoir importer leurs besoins. Ces actions seront à même de raviver la concurrence entre les opérateurs du secteur (Ph.  DR)

Quoi qu'il en soit, le chef de gouvernement a finalement chargé le Conseil de la Concurrence de diligenter une enquête pour s'assurer de la conformité avec la loi sur la concurrence de certaines pratiques commerciales des opérateurs du marché pétrolier. Les résultats de l'enquête publiés par le Conseil de la Concurrence confirment l'existence d’une entente entre les distributeurs et  les accusent de pratiques anticoncurrentielles «entente sur le niveau des prix de vente au public et le partage d'informations sensibles.»
Les signes avant-coureurs de cette situation étaient-ils prévisibles? La réponse est «Oui».
Le secteur pétrolier avait connu deux affaires qui avaient contribué à atténuer la compétition entre les distributeurs et  à aboutir à des comportements monopolistiques: l'absorption de la Somepi en 2005 et l'arrêt  de la raffinerie Samir. Seules quatre sociétés de distribution importent 75 à 80% des besoins du marché. La majorité des distributeurs quitte le monopole de la raffinerie et tombe dans celui des grands distributeurs. La lucidité commande d’admettre que l'organisation actuelle du secteur pétrolier ne permet pas de juguler facilement le pouvoir du marché. C'est pour cette raison qu'il devient impératif de concrétiser la location des capacités de stockage de la Samir aux distributeurs et d'entamer sérieusement le processus  devant aboutir à la réouverture de la Samir. En même temps, comme nous l'avions déjà suggéré dans différentes tribunes, il est recommandé d'encourager la création de sociétés de stockage indépendantes qui permettront aux petits distributeurs de pouvoir importer leurs besoins. Ces actions seront à même de raviver la concurrence entre les opérateurs du secteur. Car celui qui dispose de son obligation de stockage et importe directement ses besoins, peut prétendre établir librement sa structure de prix en dehors de toute entente avec ses concurrents.

                                                                         

Mettre les mots sur certaines réalités

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Au terme de son enquête, le Conseil de la Concurrence a décidé d’infliger aux distributeurs une sanction d’ordre pécuniaire. Cette manière d’agir n’est pas une solution pérenne. Les sociétés peuvent récidiver à l’occasion d’une nouvelle augmentation des cotations internationales et la valeur de cette sanction n’est autre qu’un manque à gagner pour le consommateur. Il n’est pas moins évident qu’une étude doit être réalisée par un organisme d’audit indépendant dont la tâche serait de mettre les mots sur certaines réalités: les contrats d’achat des produits pétroliers sont-ils bien négociés? Les marges  sont-elles surestimées? Les carburants sont-ils excessivement taxés? À la lumière des résultats de cette étude, seule une action commune et synergique des distributeurs et de l’Etat est susceptible d’aboutir à un accord sur une structure des prix qui doit garantir les intérêts de l’État, sauvegarder le pouvoir d’achat du consommateur, et assurer une marge confortable aux sociétés de distribution.

 

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