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Opinions & Débats

Boujemaâ Lamali: passions de terres et de feux

Par Philippe Alléau | Edition N°:5891 Le 25/11/2020 | Partager

Résidant au Maroc depuis 1995, Philippe Alléau est actuellement associé-fondateur de 2 bureaux d’études dans les domaines Energie-Eau-Climat et Assistance à la mise en oeuvre de projets industriels. Il a participé à plusieurs séminaires sur l’oeuvre de Lamali dont il est le petit fils.

Boujemaâ Lamali reste largement une énigme pour beaucoup, même si certains ont voulu le copier, s’en inspirer et d’autres le positionner dans le paysage très étroit de la céramique d’art.

Il est d’abord une énigme pour sa propre famille, tellement l’homme était secret, travailleur acharné, peu disert, sans concession pour lui-même et donc pour les autres. Focalisé par une œuvre multiforme, dont il se repaissait, tranquillement installé dans son salon, les yeux perdus au milieu de plats, coupelles, vases…, les pupilles excitées par les éclats lumineux des lustres irisés par les rayons solaires.

La céramique est un art excessivement complexe (mêlant, entre autres, gestuelle millimétrée et chimie), car il nécessite un long process, allant de la préparation de l’argile (celle de Safi nécessitait un pénible travail de pétrissage) à la décoration, en passant par le tournage, l’engobe…, puis la cuisson au four, à l’époque traditionnel au bois, sans repères, pour un résultat aléatoire.

Aujourd’hui, la technologie a limité de beaucoup l’incertitude des résultats, mais elle ne permet plus de réaliser des pièces en reflets métalliques polychromes. Bien sûr, Lamali a, dans une première période de son œuvre, réalisé des pièces issues des motifs géométriques d’anciens maallems fassis, installés à Safi, vraisemblablement au XIXe siècle.

Également, il a reproduit les décorations berbères, celles des tapis Zaïans sur ses vases, mais ce qui est le plus marquant dans son œuvre, c’est la maîtrise retrouvée d’une technique ancienne, celle des céramiques lustrées.

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Grand vase, pièce de 1,50 m, en forme d’amphore, tout en décor persan (Ph. PA)

Lamali a réinventé une technique datant de l’époque fatimide, dans l’espace territorial de l’ancienne Mésopotamie, considérée comme le berceau de toutes les cultures qui se sont répandues autour du bassin méditerranéen.

Citation d’un texte de l’Institut du Monde Arabe, au sujet des pièces lustrées: «Par sa technique spectaculaire et la grâce de ses décors, la céramique fatimide demeure l’une des plus belles de l’Histoire. Inventée en Iraq au IXe siècle, la céramique lustrée, née d’une technique très complexe (une double cuisson avec raréfaction d’oxygène et fixation des oxydes métalliques) et longtemps gardée secrète, permettait de donner aux pièces cet éclat métallisé, ces reflets profonds qui nous fascinent encore.»

Lamali a vécu dans un monde traversé par de grands bouleversements, 2 Guerres mondiales particulièrement barbares, les camps d’extermination nazis, la haine institutionnalisée. Il a bâti une œuvre qui a emprunté largement à la croisée de plusieurs cultures: arabo-musulmane, judéo-chrétienne, hispano-mauresque, orientale.

Une façon pour cet homme d’une grande culture artistique de revendiquer son ouverture à un art sans frontières, sans préjugés, guidé par sa quête incessante de créativité. Son exigence de fidélité le vouait à une passion, celle de faire de Safi un petit Sèvres nord-africain.

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Plat figuratif d’oiseaux, en reflets métalliques dont on peut apprécier les nuances polychromes (Ph. PA)

Fidélité à l’art traditionnel qu’il a voulu rénover et non pas trahir. Fidélité à une région dont il voulait l’excellence dans l’art de la céramique. Il avait mis en place un système d’assurance maladie et une caisse de retraite pour les artisans potiers, qu’il alimentait lui-même. Il avait compris que le développement de la céramique ne pouvait se faire qu’avec l’ensemble des artisans, la mise en réseau de compétences et de solidarités.

Pour le bien de tous et des familles qui en vivaient. Longtemps, il a milité pour que l’Etat subventionne une véritable école de formation des potiers, afin que des compétences émergent et permettent au secteur de se développer et de perdurer.

                                                                           

Une vision en héritage

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Lamali se distinguait surtout par la finesse de son trait. Ici, une représentation stylisée de personnages de l’époque pharaonique, en décoration lustrée (Ph. PA)

Lamali avait une réelle vision pour cet art et revendiquait que « Safi ne néglige pas le privilège d’être le berceau de la réalisation de la technique des reflets métalliques qui, au Moyen Age, rendirent célèbres les ateliers de Perse, de Mésopotamie, de Sicile et d’Espagne ».
Lamali, issu de la Kabylie, nationalisé français, marié à une Parisienne, Marocain de cœur car il souhaitait le meilleur pour Safi et le Maroc sur la scène artistique internationale, ne reçut pas de son vivant la consécration à laquelle il pouvait légitimement prétendre. Mais l’essentiel de cette féconde période artistique de Safi a vu des hommes partager un savoir-faire pour le meilleur et pour le pire, tout en apportant à cet art millénaire un langage nouveau, dont Lamali fut la genèse créatrice.

 

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